Le sculpteur Jean-Pierre Morin compte 40 ans de carrière et une trentaine d'oeuvres d'art public au Canada.

Façade de l'hippodrome en oeuvre d'art: «Du mépris pour l'art»

Le sculpteur Jean-Pierre Morin et l'avocat et collectionneur d'art Marc Bellemare dénoncent l'idée de l'administration Labeaume de proposer que la façade de l'hippodrome restaurée pour le futur amphithéâtre soit admissible à la politique gouvernementale du 1 % sur l'intégration des arts à l'architecture.
«Ça démontre bien le mépris que l'administration Labeaume a pour les arts. Si c'est pas du mépris, c'est de la méconnaissance, ça ne se fait pas, c'est impensable!» lance Jean-Pierre Morin.
Ce dernier a joint Le Soleil mardi pour réagir à un article dans lequel le bras droit de Régis Labeaume, François Picard, affirmait que la Ville de Québec a discuté avec le gouvernement de la possibilité que le 1 % du coût de construction octroyé à une oeuvre d'art par cette politique instaurée en 1961 soit applicable à la reconstruction de la façade de l'hippodrome, qui coûtera 3 millions $. «C'est dans l'idée d'essayer de réduire les coûts», disait M. Picard. Aucun projet n'a encore été déposé au ministère de la Culture.
Mais cette simple évocation fait bondir Jean-Pierre Morin, qui compte 40 ans de carrière et une trentaine d'oeuvres d'art public à Québec, Montréal et Toronto. On lui doit notamment la sculpture d'aluminium Trombe devant le Musée national des beaux-arts de Québec.
«Juste le fait d'avoir pensé agir de la sorte, c'est incroyable!» déplore-t-il.
D'autant plus, selon M. Morin, que le maire Labeaume a souvent dit saluer l'art public dans d'autres villes.
«C'est malhabile, surtout pour un maire qui veut faire de Québec une grande ville et avoir des oeuvres d'art comme à Chicago, je trouve que c'est mal parti.»
Il faut dire que Jean-Pierre Morin connaît bien les coulisses du 1 % pour avoir aussi siégé à des comités de sélection.
Il n'est pas rare, dit-il, de voir des représentants du propriétaire tenter d'influencer l'usage du 1 % calculé sur les coûts de construction.
«Essayer de détourner l'argent pour demander de faire une clôture, on a vu ça, illustre-t-il. On sent parfois que les propriétaires aimeraient avoir cet argent pour acheter des tables pour le personnel, par exemple. C'est assez fréquent, mais là, c'est un peu gros.»
L'artiste faisait aussi partie du comité qui avait choisi en 2010 la sculpture de Jean-Robert Drouillard représentant un adolescent à tête de renard pour orner un parc de Vanier. L'administration Labeaume avait par la suite refusé l'oeuvre sélectionnée. Une façon de faire que des artistes avaient perçu à l'époque comme de l'ingérence du politique, voire de la censure.
Appui de Bellemare
La sortie de Jean-Pierre Morin est appuyée par l'ancien ministre libéral et candidat défait à la mairie de Québec en 2005, Marc Bellemare.
Le célèbre avocat est aussi un grand collectionneur d'art contemporain et il a fondé en 2004 Le Club des collectionneurs.
«Le 1 %, c'est pour une oeuvre faite par un artiste. Ça prend une oeuvre d'art originale, de recherche ou d'expression. C'est clair que la proposition de la Ville n'est pas recevable», tranche-t-il.
Selon M. Bellemare, au lieu de tenir un discours «d'austérité» par rapport aux coûts de l'amphithéâtre, l'administration Labeaume devrait profiter de l'occasion pour surprendre. «Surtout si on veut aussi faire de l'amphithéâtre une maison de la culture qui accueillera toutes sortes de spectacles, il faut aussi penser aux arts visuels. Il ne faut pas faire de concession là-dessus», poursuit l'avocat.
«J'espère que le gouvernement n'acceptera pas d'aller dans cette démarche qui n'est certainement pas conforme à la loi. Ça m'apparaîtrait odieux», lance-t-il.
Questionné sur cette proposition de la Ville hier, Régis Labeaume a réitéré la volonté de son administration et l'appui de la population pour conserver la façade. Quant à savoir si Québec voudrait «faire passer» sa reconstruction pour une oeuvre d'art, le maire n'a pas précisé sa pensée.
«Ça dépend ce qu'on va faire. Vous êtes plus vite que nous autres!» a-t-il lancé à l'auteure de ces lignes.