Couru de nuit et sous une forte chaleur, le Grand Prix de Singapour force les pilotes à modifier leur routine. Par ailleurs, ce GP n'est pas assuré de se tenir en 2018. Liberty Media, le propriétaire de la F1, est en négociations à ce sujet avec les organisateurs.

F1: ça va chauffer à Singapour!

Confrontés habituellement à des conditions extrêmes lors du GP de Singapour, qui associe chaleur, humidité et pollution, les pilotes de F1 seront encore plus éprouvés cette année en raison de la puissance accrue de leurs monoplaces et se sont donc préparés en conséquence.
«Les moteurs 2017 dégagent plus de chaleur qu'avant, ce qui soumet les pilotes à rude épreuve, car seulement 40 % de l'énergie que les moteurs produisent est utilisée, le reste s'échappant autour du cockpit», explique Greg Whyte, professeur en sciences de l'exercice physique à l'université de Liverpool.
«Ce qui assure une bonne régulation de la température interne, c'est le fait que la transpiration s'évapore sur la peau nue. Or, c'est impossible quand vous êtes engoncé dans une combinaison qui compte trois épaisseurs de tissu ignifugé, avec des gants et un casque, et à Singapour, c'est pire qu'ailleurs», souligne l'ancien vice-champion du monde de pentathlon moderne, qui a débuté en F1 en tant que conseiller à la préparation physique chez Benetton en 1998.
«À cause de la hauteur des immeubles du centre-ville et de l'absence de longues lignes droites, la chaleur n'a nulle part où aller et s'accumule», confirme Daniel Ricciardo.
Il est vrai que les caractéristiques du tracé urbain de Marina Bay en font l'un des plus exigeants, avec ses 23 virages sur un tracé de cinq kilomètres, et l'un des plus longs, avec 61 tours de piste à réaliser. La durée de la course, disputée en soirée (20h, heure de Singapour; 8h, heure du Québec) flirte avec la limite des deux heures. À Monza il y a deux semaines, Lewis Hamilton a triomphé en 75 minutes.
«C'est torride et très humide. Dès le tour de chauffe, ma bouteille d'eau fraîche a la température d'une tasse de thé, mais c'est le défi le plus physique de l'année et j'adore ça!» avoue Ricciardo. «C'est la seule course de la saison où j'ouvre ma visière pour essayer de faire rentrer de l'air frais, ce que je regrette immédiatement parce qu'il fait encore plus chaud dehors», ajoute l'Australien de Red Bull.
Au bord de l'évanouissement
Suivant une hygiène de vie très rigoureuse, les pilotes ont été contraints cette saison de renforcer leur entraînement afin de supporter des forces allant jusqu'à 6G. Heureusement l'étape de Singapour n'est pas la plus exigeante sur le plan des pressions latérales exercées au niveau du cou, les plus redoutables.
Reste que la température dépasse les 30 degrés et que l'humidité ne descend généralement pas en dessous de 85 %. «En course, les pilotes perdent environ quatre litres d'eau et doivent théoriquement ingérer six litres de fluide énergétique pour récupérer ce déficit, ce qui est impossible en raison des limites de poids embarqué», assure Greg Whyte. Résultat, ils finissent sévèrement déshydratés, parfois au bord de l'évanouissement.
«Singapour est pour moi la course la plus exigeante physiquement de la saison, les fortes températures nous poussent dans nos limites», résume Max Verstappen (Red Bull). «Je me prépare dix jours avant de prendre l'avion afin de m'habituer à suer pour être capable de gérer la chaleur. Je passe le maximum de temps possible dans le sauna avec mon vélo d'entraînement», détaille le Néerlandais.
«Même en s'acclimatant au mieux, cela reste difficile au final», souligne toutefois l'Allemand Nico Hülkenberg (Renault).
Horaires décalés
Quand la température du corps dépasse 38 degrés, le pilote est davantage enclin à commettre des erreurs, déjà plus susceptibles de se produire lors d'une course disputée de nuit. «Même si c'est bien éclairé, c'est comme regarder la télé sans haute définition, il y a moins de précision», juge Felipe Massa (Williams).
Dernière difficulté, Singapour se singularise aussi par les horaires décalés volontairement maintenus par les écuries, qui font tout pour résister à l'adaptation et rester à l'heure européenne. Leur planification est donc décalée de six heures: pilotes, mécaniciens et ingénieurs se couchent au petit matin et se lèvent à la mi-journée.
Vers une refonte des pénalités
Déplorant la situation ubuesque observée au récent GP d'Italie, où neuf pilotes ont été sanctionnés d'un total cumulé de 150 places sur la grille pour des infractions techniques, Chase Carey a indiqué qu'il était favorable à une refonte du système de pénalités.
«On a clairement atteint un stade où il ne fonctionne pas comme nous l'aimerions, quand, comme à Monza, la moitié ou presque de la grille a reçu une pénalité que personne ne peut vraiment comprendre», estime le patron de la F1. «Ces pénalités pour des moteurs ou des boîtes de vitesses sont complètement injustes pour les pilotes», abonde le Finlandais Mika Häkkinen, champion du monde en 1998 et 1999.
Parmi les équipes qui ont fait le choix de changer un maximum d'éléments en Italie figure Red Bull, qui s'est fixé pour objectif de gagner plusieurs courses d'ici fin novembre.