Installées sur toute la hauteur des murs, les oeuvres de Tania-Girard Savoie créent une installation immersive dans laquelle on peut se perdre longtemps.

Expositions chez Méduse: espaces flottants

C'est la rentrée d'hiver et Méduse s'éveille avec des expositions qui puisent à la sérigraphie poétique, à la photographie documentaire, aux installations en trompe-l'oeil. Chez Engramme, VUet l'OEil de Poisson, on explore différentes espèces d'espaces, physiques et humains.
Justement, à la pointe de la coopérative artistique de la côte d'Abraham, Tania Girard-Savoie présente un solo baptisé Variété de lieux, de mondes et d'espaces possibles. L'artiste de Québec, dont quelques oeuvres se trouvent chez Michel Guimont, a développé une pratique qui marie peinture, sérigraphie et dessin, et où les taches et les motifs graphiques deviennent des pochoirs variés.
«L'idée est d'utiliser la répétition, la superposition, pour construire des flottements», indique l'artiste, qui travaille avec une dizaine de soies à la fois lorsqu'elle compose une oeuvre. Elle y peint directement ou y retire de la couleur pour créer des transparences, ce qui crée une multitude d'effets vaporeux et de formes nettes, où les teintes fluo sont très présentes.
Installées sur toute la hauteur des murs et même au sol, ces oeuvres à tirage unique créent une installation immersive dans laquelle on peut se perdre longtemps, en suivant les multitudes de lignes et en sautant d'une masse de couleur à l'autre.
Jusqu'au 16 février au 510, côte d'Abraham
Espèce en danger
Pour sa série Snowbirds, le Mont­réalais Mika Goodfriend s'est rendu à Pompano Beach en Floride, au Breezy Hill RV Resort, où une volée de Québécois âgés migrent chaque hiver. «J'y ai rencontré des millionnaires, qui avaient opté pour ce mode de vie pour le climat, mais aussi pour l'esprit de communauté très marqué de cet endroit», indique le photographe, dont les grands-parents, qu'il a peu connus, étaient justement des Snowbirds, une race qui tend à disparaître parce que les générations plus jeunes ont d'autres aspirations que ce rêve américain un peu kitsch - dont ils n'auraient pour la plupart pas les moyens - pour la fin de leurs jours.
Décorations de Noël de plastique, faux aquariums lumineux, photos de finissants de petits-enfants et autres souvenirs et trouvailles de marchés aux puces ornent les maisons de ces aînés bronzés et confortables. «Si la décoration était intéressante, c'était un bon indicateur que les gens qui habitaient là l'étaient aussi», commente Goodfriend, qui a posé un regard assez chaleureux, bien que rigoureux, sur les Snowbirds.
«Pour mes projets, je cherche à comprendre mes origines québécoises, mais aussi à trouver des endroits où les gens sont sereins, où ils sentent qu'ils sont en parfaite harmonie avec le lieu», explique le photographe, qui a grandi dans la communauté juive de Montréal.
Aussi à VU, Sur la terre comme au ciel d'André Barrette et de Tristan Fortin-Le Breton offre un complément pertinent à ce regard anthropologique. Barrette, notamment, a photographié des bannières publicitaires tirées par un avion qui survole les plages de la côte est américaine, et le récit troué qui se construit au fil des phrases promotionnelles est plutôt intéressant.
Jusqu'au 9 février au 550, côte d'Abraham
<p>Les oeuvres de Robert Taite sont le fruit de trois mois de résidence à l'OEil de Poisson. </p>
Constructions mixtes
À l'OEil de Poisson, Always Some­where Else de Robert Taite est le fruit de trois mois de résidence. Investissant la grande galerie comme s'il s'agissait d'un canevas blanc, l'artiste de Winnipeg a créé une multitude de petites installations jouant avec des principes formels de la peinture et de la sculpture. Les toiles deviennent volumes, les cadres ramollissent, le ruban adhésif (clin d'oeil à la peinture géométrique) est intégré comme un élément pictural... Des formes organiques et abstraites, sortes de cellules dodues, se lovent dans les tableaux-objets. Certaines expérimentations sont mieux réussies que d'autres, mais l'ensemble crée surtout un singulier labyrinthe de curiosités.
Dans l'entrée vidéo et la petite galerie, My Tyrant, My Protest, My Myth d'Osvaldo Ramirez Castillo comprend des dessins à la forte puissance dramatique, ponctués d'icônes de la culture populaire. Ces mythologies personnelles foisonnantes sont nées des souvenirs de l'artiste de la guerre civile au Salvador.
Jusqu'au 9 février au 580, côte d'Abraham