Personnage typique des films des frères Coen, Llewyn Davis (remarquable Oscar Isaac) est un musicien folk qui erre dans Greenwich Village et joue dans des cafés devant des spectateurs indifférents.

Être Llewyn Davis: en avant la musique!

Un film des frères Coen est toujours une expérience en soi. Ne serait-ce que parce qu'on ne sait jamais où ils vont sortir. Le duo se fait un malin plaisir à explorer les genres, les tons et les thèmes, mais avec une signature caractérisée par son humour absurde et noir ainsi que son utilisation judicieuse de la musique. C'est encore le cas avec Être Llewyn Davis, un savoureux long métrage qui jette un éclairage révélateur sur une période méconnue de la musique folk.
Comme souvent chez les Coen, le Llewyn Davis du titre est un perdant magnifique de première, obscur musicien folk de New York, en 1961. Les frères n'ont pas caché s'être inspirés du purisme de Dave Van Ronk pour créer leur musicien solitaire et malchanceux. Ni d'ailleurs de quantité de troubadours de l'époque.
Mais Llewyn Davis demeure un personnage typique des Coen : beaucoup de talent, mais peu de succès. Dans sa version interprétée par Oscar Isaac, il joue dans les cafés du coin devant une foule indifférente et squatte chez tous ceux qui sont assez faibles ou compatissants pour lui offrir le gîte.
Il rend de petits services en échange, comme prendre soin d'un gros chat orange - qui prend la poudre d'escampette. Llewyn Davis passera alors le plus clair de son temps à le poursuivre tout en voguant de déconvenue en déconvenue jusqu'à Chicago, où il rate son audition avec le producteur Bud Grossman (F. Murray Abraham), inspiré par le légendaire imprésario Albert Gross­man. Ce segment est un prétexte à un road-movie déjanté avec un poète beat laconique (Garret Hedlund) et un désagréable musicien jazz junkie (le très bon John Goodman).
C'est d'ailleurs, comme d'habitude, l'intérêt et la force d'un Coen, même un peu mineur : le soin apporté à la galerie de personnages excentriques. Ils ont une personnalité définie (certains diraient archétypale) en seulement quelques scènes, souvent totalement hilarante, mais avec des blessures sérieuses. C'est, bien entendu, le cas de Llewyn Davis. Outre son intégrité et son talent, il souffre de sérieuses carences: impulsivité, insensibilité à ceux qui l'entourent et peu de détermination.
Mais il serait facile d'arguer que le vrai personnage principal de ce nouvel opus, Grand Prix du Jury à Cannes, est la musique. Le folk des cafés enfumés et bruyants, d'une authenticité vibrante qui fait le charme premier du film. Et que le personnage secondaire est Greenwich Village, recréé avec soin sous la lentille des Coen.
Reste que malgré tout leur talent de metteurs en scène - à la précision maniaque -, Être Llewyn Davis ne pourrait être cette mélancolique comédie dramatique sur la compromission artistique sans Oscar Isaac dans le rôle-titre. Il livre une performance remarquable, tant dans le jeu de son personnage lunatique que dans l'interprétation des chansons.
Jamais à court de causticité et d'ironie, les Coen bouclent la boucle avec un jeune chanteur frisé qui offre une chanson à un public attentif, au grand dam de Llewyn Davis - on vous laisse deviner qui. Cette chronique tendre d'une époque révolue est certainement l'un de leurs films les plus accessibles, tout en étant sans compromission. Du grand art.
Au générique
Cote : ***1/2
Titre : Être Llewyn Davis
Genre : comédie dramatique
Réalisateurs : Joel et Ethan Coen
Acteurs : Oscar Isaac, Carey Mulligan et Justin Timberlake
Salles : Beauport et Clap (v.f. et v.o.a.)
Classement : général
Durée : 1h45
On aime : la convaincante performance d'Oscar Isaac, l'humour noir, le chat roux
On n'aime pas : -