La soprano Elena Xanthoudakis a livré hier une performance prenante et intelligente. Marc Hervieux, en arrière-plan, a quant à lui gardé le meilleur pour la fin.

Étonnante Lucia

La nouvelle production de Lucia di Lammermoor de Donizetti, dont c'était la première samedi soir à la salle Louis-Fréchette, est à inscrire parmi les bons coups de l'Opéra de Québec.
La soprano Elena Xanthoudakis vivait son baptême du rôle-titre.
Personnages de l'opéra <i>Lucia di Lammermoor, </i>mis en scène par Robert Marien<i></i>
La soprano Elena Xanthoudakis, qui vivait son baptême du rôle-titre, en a livré une incarnation prenante et intelligente. Passant habilement de la naïveté à la folie, la chanteuse nous a ébloui et touché tout à la fois, par son jeu sincère et sa brillante voix de soprano léger. Même si, au départ, elle semblait plutôt craintive dans ses aigus, il n'en était rien dans l'épuisante scène de la folie, qu'elle a livrée avec justesse. Seule réserve, elle a plusieurs fois crié des suraigus en se jetant par terre. L'effet est bon, mais il ne faut pas en abuser.
La mise en scène de Robert Marien, qui a accompli une habile direction d'acteur, était plutôt conventionnelle et exploitait avec goût certaines idées comme la présence d'une danseuse incarnant un fantôme qui vient hanter Lucia à certains moments cruciaux. Le troisième acte comportait toutefois une incongruité qui semble avoir échappé au metteur en scène. En effet, Lucia était présente parmi les convives de la noce environ 30 secondes avant que Raimondo annonce qu'elle a tué Arturo. Comment a-t-elle pu enfiler la robe nuptiale, charcuter son nouveau mari et piquer une jasette au chapelain en un si court laps de temps? Mystère.
À l'instar des dernières productions de l'Opéra, le dispositif scénique était plutôt sobre. Devant un fond de scène où l'on projetait tantôt des arbres, tantôt une immense pleine lune, des escaliers gris constituaient l'essence du décor et quelques panneaux descendaient par moments et nous transportaient en un tournemain d'une forêt brumeuse à une vaste salle de château. Les magnifiques costumes des solistes et des choeurs créaient un heureux contraste sur le fond gris volontairement terne des panneaux. Seul bémol, le costume d'Arturo, qui faisait ressembler celui-ci à une chauve-souris obèse.
Excellent Étienne Dupuis
Même si aucun des autres chanteurs n'avait l'envergure d'Elena Xanthoudakis, il faut souligner la performance excellente du baryton Étienne Dupuis dans le rôle du frère sans coeur de Lucia, dont il rendait très bien la froideur, avec sa voix chaleureuse, aux aigus veloutés et au médium bien nourri. Ayant comme la soprano le physique du rôle, sa voix se mariait à merveille avec la sienne.
Pour ce qui est de Marc Hervieux, on l'aime ou on ne l'aime pas. Il décrochait souvent de son rôle, mais gardait, comme dans Cavalleria Rusticana l'an passé, le meilleur pour la fin, dramatiquement parlant. Sauf que la voix est serrée, les aigus courts, avec une fâcheuse tendance à faire des coups de glotte à l'envi et à émettre de l'air en arrêtant de chanter. Toutefois, le raffinement musical qu'il a mis dans la scène finale l'honore. On voit qu'il a eu le temps de faire mûrir ce passage exigeant. Il faudrait toutefois qu'il apprenne à ménager sa voix, car il la pousse trop souvent à la limite de ses capacités, ce qui l'a obligé à chanter un passage à l'octave inférieure.
Pour ce qui est des rôles secondaires, on retiendra particulièrement le raffinement et le noble chant de la basse Alexander Savtchenko dans le rôle de Raimondo.
Le ténor Benoît Boutet chantait un peu du nez, mais son excitation sur scène devenait presque attachante. Le ténor Thomas Macleay et la mezzo-soprano Geneviève Lévesque, dans les rôles d'Arturo et d'Alisa, s'en sont tirés honorablement. Les choeurs étaient parfaits comme toujours, et l'orchestre, dirigé par l'Italien Giuseppe Grazioli, était chauffé à blanc. Ce dernier a fait preuve d'une direction élégante musicalement et efficace dramatiquement, mais ne laissait pas respirer les chanteurs et adoptait parfois des tempos trop allants, comme dans le sextuor du deuxième acte, où il a outrepassé le Larghetto imposé par le compositeur. On ne peut cependant pas l'accuser de manquer de direction.