Philippe Minier, qui est atteint de la dystrophie musculaire de Duchenne, est toujours dans l'attente d'une place dans un CHSLD où trois de ses amis habitent, au grand désarroi de ses parents Luc et Guylaine.

Et puis, quoi de neuf?

Je commence à avoir mes habitudes. Ça fait deux fois que je vous fais ça, de m'arrêter un peu, de regarder en arrière et de vous dire ce qu'il y a de neuf dans mes vieilles histoires. Quand j'entre dans la vie de quelqu'un et que j'en ressors, la vie continue après. Une fois de temps en temps, je me dis, tiens, je vais prendre de leurs nouvelles. C'est aujourd'hui que ça se passe.
Philippe, 22 ans, attend toujours
Philippe Minier est atteint de la dystrophie musculaire de Duchenne, comme trois de ses chums qui ont la même maladie, qui habitent dans un même CHSLD. Philippe veut aller les rejoindre, ce n'est pas simple. Son nom est quelque part sur une liste et, apparemment, il a plus de chances de gagner à la Poule aux oeufs d'or. La travailleuse sociale assignée à son dossier a été embauchée ailleurs. Il en aura une nouvelle en février, elle repartira de zéro.
La mère de Philippe a parlé au responsable à l'agence de santé, il lui a dit, je le cite, «de ne pas rêver en couleurs». Elle et son mari veulent juste rêver, tout court. Ils ne dorment pas beaucoup la nuit, Philippe se réveille souvent, il a mal, il faut le déplacer dans son lit. Remarquez, ces temps-ci, ça va un peu mieux, le médecin a ajusté sa médication, la douleur le réveille moins souvent. Et il réveille moins ses parents, Guylaine et Luc, qui «récupèrent» un peu.
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Un beau Noël pour Lucie et ses gars
Lucie Fortier m'avait écrit avant Noël pour me dire qu'un de ses enfants avait été accepté à une fête de Noël, puis exclu quelques jours avant le jour J. Le diable est dans les détails, ici, il est dans la notion d'autonomie. Son fils est autiste, a tendance à se sauver, mais s'habille, mange et va aux toilettes tout seul. Pour la maman, il est autonome. Pour l'organisme, il ne l'est pas. Les enfants choisis doivent être autonomes, ils ne peuvent pas être accompagnés, même pas par leurs parents. L'organisation n'a pas voulu prendre de risques, ni faire d'exception, ils ont rayé le garçon de la liste de 300 invités.
Vous avez été nombreux à être touchés par l'histoire de Lucie. Une dame a payé un habit d'hiver au garçon, vu que le petit frère, qui a participé à la fête, y a reçu un chèque-cadeau pour s'en acheter un. Une autre dame a offert de les accompagner au cinéma IMAX, une autre a envoyé à Lucie de l'argent dans une enveloppe, une autre 50 $ pour que j'achète un chèque-cadeau. J'ai demandé à Lucie pour quel magasin elle le voulait. «Super C.»
Un monsieur de Stoneham a offert ça: «un bel après-midi de plein air durant les Fêtes ou en janvier. Je leur offre d'aller les chercher et de les amener dans mon quartier, en pleine forêt, à Stoneham. J'ai un quatre-roues à chenilles, un traîneau à skis en arrière dans lequel je tire les enfants lorsqu'on fait une virée dans les sentiers. Il y a une belle côte pour glisser, des «cabanes dans le bois» pour jouer, le tout sécuritaire. Un bon feu de foyer, chocolat chaud, les joues rouges. Mon petit garçon de huit ans pourrait être là et j'irais les ramener à la maison s'ils n'ont pas de voiture.»
Je ne sais pas si Lucie et ses gars sont allés, je pense qu'elle trouvait ça trop beau pour être vrai.
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Mes vieux lecteurs ont de la mémoire
J'ai écrit, en parlant de ces lecteurs qui m'écrivent sur du vrai papier, que le timbre pour une lettre coûtait 10 ¢ en 1920. J'ai pris l'info sur le site du Musée canadien de l'histoire, j'y ai lu ça : «Le tarif de recommandation des lettres et autres pièces de courrier postées au Canada est fixé à 10 ¢ la lettre, en vigueur le 15 juillet.» Formulé comme ça, je n'ai pas pigé que c'était le prix pour le courrier recommandé.
Mes vieux lecteurs m'ont rappelé à l'ordre, gentiment. Comme cette femme. «Il y a 50 ans, les lettres de mes amoureux portaient un timbre de 0,04 $ et de 0,05 $. Dommage que je ne sache pas utiliser le fax, car je vous ferais parvenir l'enveloppe.» Une lectrice m'a envoyé l'image d'une carte postale envoyée le 16 septembre 1947 à sa mère, «alors collégienne à l'École Normale de L'Islet». Vous voyez, madame, le prix du timbre? Quatre sous.
Je suis retournée sur le site de la Banque du Canada, où j'avais calculé le prix du timbre avec l'inflation. Je voulais savoir si Postes Canada, en l'augmentant à 1 $, était raisonnable. Si 10 ¢ en 1920 valent aujourd'hui 1,09 $, 4 ¢ en 1947 valent 45 ¢ maintenant.
Voilà qui change tout.
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Toujours ni «VUS», ni connu
Le conducteur - ou la conductrice - du VUS de couleur foncée qui a percuté à mort Étienne Gourde le 8 novembre au petit matin court toujours. Le gars s'apprêtait à fêter ses 28 ans, devait avoir plein de projets pour les Fêtes. Il n'a pas fêté, sa famille non plus d'ailleurs. Ils ont pleuré. La personne qui est au volant du VUS, elle, a pu fêter. Je ne sais pas comment elle fait pour garder un secret comme ça.
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<p>Stéphanie Vincent pendant son périple à vélo</p>
Les deux mains sur le guidon
Stéphanie Vincent a 22 ans, est partie à vélo de Vancouver en octobre - 2012 -, elle est rendue en Argentine, en direction de Bariloche. Elle s'est arrêtée trois semaines près de Mendoza pour cultiver des tomates, plutôt pour arracher des mauvaises herbes. Elle a passé Noël avec la famille de la blonde du proprio, Johnny, originaire du Zimbabwe. Il y a été soldat à 17 ans, patron dans une compagnie d'électricité, pilote d'hélico avant de devenir fermier en Argentine. Elle n'oubliera jamais ce Noël-là.
Le 24 octobre, elle a écrit ça, ça faisait un an jour pour jour qu'elle était partie. Si vous voulez tout lire, ça se dévore comme un roman, crazygirlonabike.wordpress.com.
«Alors, est-ce que ça en valait le coup?»
«[...] J'ai appris à apprécier ce que je possède, vraiment, tout en sachant que la seule richesse qui ne peut pas m'être enlevée est celle que j'ai dans la tête. J'ai appris à faire confiance à la vie, aux inconnus, oui, ceux-là mêmes à qui on nous a pourtant appris à ne pas parler. J'ai appris qu'il n'y a pas que le make it happen, mais aussi let it happen. Je me suis donné la chance de posséder des denrées rares en ce monde : du temps, du silence, de l'espace. J'ai vécu la pleine liberté mais j'ai aussi pesé son poids, parce qu'il est parfois lourd d'assumer que l'on mène seul la barque de son existence. Alors, oui.»