Lucien Bédard en compagnie de son chien Thunder, qui a été aspergé de poivre de Cayenne lors de l'intervention des policiers. À noter que le chien souffrait déjà d'un problème à un oeil.

Erreur de répartition: des secours à la bonne rue, mais à la mauvaise ville

Une erreur de répartition d'appel d'urgence pour une personne en détresse a conduit ambulanciers et policiers samedi soir à une résidence de la rue Bertrand du secteur Beauport, à 68 kilomètres de la bonne adresse dans Portneuf.
Toute une surprise attendait Lucien et Mariette Bédard quand ils sont revenus de leur soirée de danse au Club social de l'âge d'or de Giffard le 4 janvier. «On est arrivés à 00h30, les lumières allumées, une auto de police dans l'entrée, la maison salie à la grandeur», lance madame sur un ton encore quelque peu découragé.
À 23h43, la Coopérative des techniciens ambulanciers du Québec recevait un appel du Centre de communication santé des capitales pour assister une dame en détresse psychologique. Destination: rue Bertrand à Beauport.
Les paramédicaux sont arrivés accompagnés d'une autopatrouille. Seuls deux chiens se font entendre lorsque les agents appuient sur la sonnette. Comme l'appel concerne une personne en détresse, pas question de quitter les lieux.
Les policiers se faufilent dans le garage. Ils réussissent ensuite à ouvrir une porte secondaire pour tomber face à face avec Mini, un bichon, mais surtout Thunder, un labrador d'environ 40 kilos qui, sans être méchant, n'apprécie visiblement pas la présence d'intrus sur son territoire.
«C'est vraiment un chien de garde. Tu n'entres pas comme tu veux ici, surtout si nous ne sommes pas là», raconte M. Bédard.
Les policiers n'ont pris aucune chance et ont aspergé les bêtes de poivre de Cayenne avant de les forcer à sortir dans la cour arrière de la résidence. «Ils ont ensuite fait le tour de la maison pour s'assurer s'il y avait bien une personne en détresse», explique Nancy Roussel de la police de Québec. En vain.
Ce n'est qu'une vingtaine de minutes plus tard que les policiers et les ambulanciers obtenaient la confirmation qu'ils étaient au mauvais endroit. Trop tard, le mal, bien qu'involontaire, était fait.
«Mini, le chien de mon garçon que nous gardions pour la semaine, s'est enfui par une brèche dans la clôture. Je n'ai pas dormi de la nuit. Je me disais qu'il allait mourir de froid», relate Mme Bédard.
Les policiers ont fait venir le maître chien pour tenter de retracer le bichon, sans succès. Heureusement, un bon Samaritain l'a retrouvé et l'a amené à la SPA où le couple Bédard a pu le récupérer le lendemain en bonne santé.
Enquête interne
Mais comment expliquer que les secours se soient rendus dans la bonne rue, mais dans la mauvaise ville? «L'appel est entré pour une intervention sur la rue Bertrand, sans le nom de la ville, rapporte Johanne King, directrice générale du Centre de communication santé, selon les premières informations qui lui ont été fournies. L'ordinateur offre alors le choix entre les rues Bertrand à Québec, à Saint-Raymond et à Notre-Dame-de-Portneuf. Pourquoi s'est-il porté sur Québec? Comment cette erreur s'est introduite? C'est notre enquête interne qui nous le dira», poursuit-elle.
Au départ, la dame en détresse a communiqué avec le 8-1-1, la ligne provinciale Info-Santé. La personne qui a traité l'appel l'a ensuite référée aux services d'urgence pour une intervention immédiate. Mercredi, il était impossible de savoir comment l'appel initial avait été traité.
La malheureuse a finalement obtenu un transport ambulancier avec une vingtaine de minutes de retard. «C'est des choses inhabituelles, rassure Mme King. Ça arrive tellement peu souvent qu'on ne tient pas de statistiques sur ce genre d'incident.» Le centre reçoit 125 000 appels par an.
Chez les Bédard, une fois le ménage fait, il ne reste que quelques mauvais souvenirs de la mésaventure. «Si on avait été ici... songe la dame. On en rit presque maintenant», conclut-elle.