Fidèle à lui-même, Truffaz s'est distingué par son approche subtile et mélodique.

Erik Truffaz et Sophie Hunger: généreux programme double

Costaud programme double, hier, au Cabaret du Capitole, alors que la chanteuse Sophie Hunger et le trompettiste Erik Truffaz se succédaient sur les planches. Si les deux propositions étaient différentes, elles avaient en commun une signature forte et, surtout, la grande qualité des interprétations offertes.
Quiconque a déjà vu le Erik Truffaz Quartet à l'oeuvre le sait : c'est une machine fascinante, qui investit plusieurs territoires avec une aisance désarmante. Arrivant avec son 10e album pour le label Blue Note en poche, El Tiempo de la Revolución, le longiforme trompettiste a fait la part belle au nouveau matériel.
En ouverture, la pièce-titre a surtout servi d'échauffement aux quatre hommes, après quoi on est pleinement entré dans le vif du sujet. Durant la funky Mr K., Truffaz avait des allures de guitariste, usant de sa pédale wah-wah pour tirer de savoureux effets, tandis qu'aux claviers, Benoît Corboz a servi là un solo électrisant.
Truffaz aime bien se décrire comme un organisateur d'espace. Même s'il est leader, il a le don de ne jamais étouffer le travail de ses comparses. On l'a bien senti dans l'enivrante African Myst, qui a pris l'allure d'un long crescendo, où toute l'équipe, complétée du dynamique batteur Marc Erbetta et du bassiste Marcello Giuliani, peignait une toile sonore avec des couleurs pastel qui sont graduellement devenues vives.
Fidèle à lui-même, Truffaz s'est distingué par son approche subtile et mélodique. Il ne lui est nullement nécessaire de souffler à pleins poumons pour exprimer ses sentiments - ce qui ne veut pas dire que, derrière lui, la machine ne groove pas, ne rocke pas ou ne s'aventure pas en territoire blues, comme dans In Between. Une très solide performance, donc, qui s'est soldée, en rappel, par deux titres avec Sophie Hunger au micro.
Sophie Hunger
Hunger, qui offrait son tour de chant en début de soirée, est un visage familier pour certains : elle a déjà chanté Dylan au Festival d'été et ouvert pour Madeleine Peyroux. Elle a confié qu'il s'agissait seulement de la deuxième représentation de sa tournée.
Ça ne paraissait guère. Sa troupe était en pleine maîtrise du répertoire et comme chacun était multi-instrumentiste, Hunger pouvait pleinement donner corps à son matériel, comportant des détours souvent imprévisibles. Plusieurs compositions du récent The Danger of Light étaient au programme, dont une redoutable Rererevolution, avec d'heureux contrastes. La foule a été littéralement conquise.