Érick D'Orion présentera Solo de musique concrète pour six pianos sans pianiste tout au long du FIMAV, au Théâtre Parminou.

Érick D'Orion, le recycleur de pianos

À bien des égards, le 26e Festival de musique actuelle de Victoriaville (FIMAV), qui s'ouvre aujour­d'hui, sera celui d'Érick D'Orion. L'artiste de Québec, découvert au sein de Morceaux_de_machines, y proposera une installation sonore où six pianos s'activeront sans pianistes, en plus d'offrir une performance en trio.
Présentée tout au long du FIMAV, au Théâtre Parminou, Solo de musique concrète pour six pianos sans pianiste est une oeuvre qui a voyagé. D'Orion l'a en effet transportée à divers endroits au Québec et outre-mer. Chaque fois, l'installation s'est quelque peu métamorphosée, que ce soit en raison du décor, de la mise en scène ou même des pianos auxquels le créateur avait recours. L'idée de base, en revanche, est demeurée intacte : recycler des pianos destinés à disparaître.
«Il y a quatre ans, j'ai acheté six superbes pianos - dont le plus vieux, qui date de 1896 - et je les ai fait revivre, explique D'Orion. [...] J'ai mis des moteurs, comme les moteurs de trains miniatures sur axe, auxquels j'ai ajouté un poids pour les désaxer, ce qui fait vibrer la caisse de résonance.»
Les instruments ainsi remodelés affichent donc une parenté avec les vieux pianos mécaniques, à la différence près qu'il n'y a pas de marteaux qui touchent les cordes. Ils réagissent plutôt aux fréquences que leur relaie un ordinateur, en s'appuyant sur un collage musical fait d'extraits qui vont de Ligeti à Sun Ra.
«Il y a aussi un important côté "mise en scène" à cette installation, souligne D'Orion. Il y a une atmosphère dramatique avec l'éclairage, la façon de présenter les pianos et le fait que j'en ai de différentes époques. Et puis les gens ont développé un fétichisme par rapport au piano...»
En trio
Vendredi (14h, Colisée des Bois-Francs), D'Orion coiffera son chapeau de bruitiste pour nous plonger dans un environnement tout autre en compagnie d'Alexis Bellavance, artiste en arts visuels et médiatiques, et de Nicolas Bernier, qui est électroacousticien. Les trois hommes, membres du collectif Perte de signal, empruntent pour l'occasion la bannière «Bold». D'Orion prédit que leur performance en art audio sera faite de contrastes, pouvant passer d'une intensité voisine du death metal à des segments contemplatifs.
«Ce projet-là est propice aux espaces d'écoute, explique-t-il. On ne se sent pas obligés d'être hyperactifs; on a une super dynamique...»
Au fil de leurs collaborations, les gars ont développé une complicité ainsi que des approches pour structurer leurs performances. Par exemple, ils ont déjà marqué les transitions sonores d'un spectacle en pressant chacun sur la détente d'un fusil à pétard. Au FIMAV, leur stratégie sera tout autre, mais derrière l'improvisation, ils respecteront assurément un scénario qui prévoit des moments en solo et des passages en duo.
«On a une stratégie de travail, acquiesce D'Orion. On sait comment ça commence; on sait comment ça finit.»