Daniel Nolin, conseiller financier et représentant en épargne collective chez Desjardins

Épargner... pour qui, pour quoi?

Les Canadiens sont plus endettés que jamais : ils doivent en moyenne 1,64$ pour chaque dollar de revenu disponible gagné en un an, selon Statistique Canada. L'année 2014 annonce plusieurs hausses de tarifs dans plusieurs secteurs et des taux d'intérêt encore bas. Devant ce portrait plutôt sombre, songer à épargner peut paraître un idéal difficile à atteindre. Le Soleil a fait le tour de la question avec plusieurs experts, et vous présente à compter d'aujourd'hui une série d'articles pour vous aider à épargner pour votre sécurité financière. Prochain rendez-vous : le samedi 1er février
«Les gens sont plus cigales que fourmis.» Cette analogie avec les personnages de la fable de Lafontaine s'applique bien aux Québécois lorsqu'il est question d'épargne, estime Carl Yergeau, analyste en planification financière avancée chez Industrielle Alliance.
Avec l'augmentation du coût de la vie et de l'endettement, le revenu disponible des ménages s'amoindrit. «Si le pouvoir d'achat diminue, le pouvoir d'épargner diminue également», note M. Yergeau. Le planificateur financier souligne toutefois que, malgré tout, «presque» tout le monde peut épargner. Le bémol s'applique aux gens qui sont en «mode survie», qui n'arrivent pas à combler leurs besoins de base.
Avant toute chose, il faut amorcer une bonne réflexion par rapport à son mode de vie, à ses habitudes de consommation, suggère M. Yergeau. «Il y a beaucoup de travail de base à faire, il faut se prendre en main par rapport à ses habitudes d'achat», signale-t-il, ce qui permettra de dégager une marge de manoeuvre en vue d'épargner.
Pour motiver les gens à épargner, encore faut-il que ceux-ci aient un objectif à atteindre. Qu'il s'agisse de constituer un fonds d'urgence, de planifier un voyage, de prévoir l'achat d'une maison ou d'économiser en vue de la retraite, déterminer le but à atteindre est à la base des stratégies qui seront élaborées pour y parvenir.
Mais avec les taux d'intérêt qui sont très bas à l'heure actuelle, n'est-il pas plus tentant de procrastiner un peu et d'attendre que ceux-ci remontent pour bénéficier de taux plus avantageux? «Les faibles taux d'intérêt, ce n'est pas très vendeur puisqu'ils sont moindres que l'inflation», reconnaît M. Yergeau. L'analyste chez Industrielle Alliance conseille alors de se tourner vers des régimes fiscaux «qui permettent l'accumulation d'argent en franchise d'impôt», tels que le Régime enregistré d'épargne-retraite (REER), le Régime enregistré d'épargne-études (REEE) et le Compte d'épargne libre d'impôt (CELI).
Le REER, un incontournable
Que ce soit pour épargner en vue de la retraite, de l'achat d'une première propriété ou encore pour effectuer un retour aux études, le REER demeure un incontournable pour une majorité de travailleurs. «Le REER est constitué pour une personne qui a un taux d'imposition qui justifie de diminuer son revenu imposable pour diminuer ses impôts à payer, voire les annuler», explique Daniel Nolin, conseiller en finances personnelles à la Caisse Desjardins du Centre-Ville de Québec et représentant en épargne collective.
«Les placements inscrits dans les REER, on va les faire profiter à l'abri de l'impôt pour que stratégiquement, au moment de les retirer, on va avoir un taux d'imposition à la retraite en principe plus bas que lorsqu'on était sur le marché du travail», expose M. Nolin.
Avis aux jeunes travailleurs : plus les gens cotisent tôt à leur REER, plus ils font profiter leurs placements à l'abri de l'impôt et augmentent leur portefeuille en prévision de la retraite. Une personne qui s'y prend tôt aura donc ultimement moins d'argent à mettre de côté qu'une personne qui commence à cotiser sur le tard pour arriver au même résultat. Bien sûr, le montant à prévoir dépend des projets que chacun souhaite réaliser à la retraite, du coût de la vie qu'il ou elle aura, rappelle M. Nolin.
En vertu du Régime d'accès à la propriété (RAP), il est possible de cotiser au REER, puis de retirer un montant sans pénalité (maximum de 25 000 $) pour l'achat d'une première résidence, dans la mesure où au moins 90 jours séparent la cotisation du retrait. Il faudra prévoir le remboursement du RAP, à raison de 1/15e par année pendant 15 ans. Le premier remboursement débute dans la deuxième année suivant l'année où le retrait a été effectué.
Il est également possible de retirer des fonds de son REER sans pénalité pour financer sa formation ou ses études à temps plein, en vertu du Régime d'encouragement à l'éducation permanente (REEP). Comme pour le RAP, le montant retiré doit avoir été cotisé dans le REER au moins 90 jours avant. Le retrait peut s'élever à 10 000 $ par an, pour un maximum de 20 000 $ en quatre ans. Le remboursement du REEP s'échelonne sur 10 ans.
Des textes spécifiques au REEE et au CELI seront présentés dans nos prochains cahiers sur l'épargne. Restez à l'affût!
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Petit lexique
REER : Régime enregistré d'épargne-retraite
RAP : Régime d'accès à la propriété
REEP : Régime d'encouragement à l'éducation permanente
CELI : Compte d'épargne libre d'impôt
RVER : Régime volontaire d'épargne-retraite
REEE : Régime enregistré d'épargne-études
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Déductions ou crédits d'impôt?
Les déductions fiscales sont des montants soustraits du revenu imposable avant le calcul de l'impôt. Leurs effets varient donc selon le niveau de revenus du contribuable.
Les crédits d'impôt sont calculés séparément en ensuite soustraits de l'impôt à payer. Plusieurs crédits sont non remboursables, c'est-à-dire que dès que l'impôt tombe à zéro, le décompte s'arrête. D'autres crédits, généralement destinés à soulager les ménages à faibles revenus, sont remboursables.