Les experts de la finance Pierre Payeur et Léonie St-Pierre-Dionne, entourés de Maude Lagadec-Gaulin, Christian Martineau, Jonathan Roger, Philippe Beaulieu, Mathieu Turcotte, Nicolas Bernier, Véronique Tremblay et Philippe Therrien, réunis dans les locaux du journal Le Soleil.

Épargne: réponses d'experts!

Afin de mieux comprendre la situation des jeunes et leurs interrogations par rapport à l'épargne, Le Soleil a invité des travailleurs âgés de 20 à 35 ans à participer à une table ronde en compagnie de deux experts de la finance qui ont bien voulu se prêter au jeu. Voici les principales interrogations et leurs réponses.
Les invités du Soleil
Les experts
Léonie St-Pierre-Dionne :
planificatrice financière, représentante en épargne collective, déléguée par l'Institut québécois de planification financière
Pierre Payeur : conseiller principal en gestion du patrimoine et assurances de personnes chez Desjardins
Les participants
Maude Lagadec-Gaulin : 28 ans, sur le marché du travail depuis cinq, six ans. But : achat d'une première propriété ainsi que retraite
Philippe Beaulieu : 28 ans But : acquérir plus de connaissances sur l'épargne, achat d'une maison à moyen terme
Jonathan Roger : travaille à l'Université Laval depuis trois ans. But : comprendre comment ça marche l'investissement, commencer à épargner en vue de l'achat d'une maison et de la retraite
Christian Martineau : 33 ans, briqueteur, père d'une petite fille de neuf mois. But : en savoir plus sur l'épargne-études
Mathieu Turcotte : 27 ans, comédien, animateur, musicien et compositeur (travailleur autonome à contrat), travaille aussi dans un café.But : d'abord comprendre les différentes options d'épargne, «débroussailler» pour mieux s'organiser
Philippe Therrien : 26 ans, comptable. But : rembourser son RAP, stratégies pour faire fructifier son argent afin de prendre sa retraite plus tôt
Nicolas Bernier : 30 ans, traducteur, sur le marché du travail depuis deux ans. But : mieux comprendre les notions d'épargne, être plus indépendant par rapport à sa conjointe (Véronique Tremblay) avec qui il vient d'acheter une maison
Véronique Tremblay : technologue en imagerie médicale depuis 10 ans, a commencé à épargner dès la fin de ses études. But : a amené son conjoint (Nicolas Bernier) pour qu'il en apprenne un peu plus sur les options d'épargne
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Q Philippe Therrien : Est-ce que je suis mieux d'investir dans un REER avant un CELI?
R Mme St-Pierre Dionne : Ça dépend vraiment de votre situation et de vos objectifs. Si votre but premier est la retraite, alors on se tourne vers le REER, mais si c'est plutôt un projet quelconque, un voyage, une auto, le CELI serait l'outil idéal.
Mais encore là, il y a d'autres facteurs. La fiscalité peut avoir un rôle important et la flexibilité aussi. L'avantage d'un REER, c'est qu'il soit déductible d'impôt et pour le CELI, les gains sont non imposables.
R M. Payeur : Il ne faut pas oublier que le REER peut servir à l'accession à la propriété (RAP) lors de l'achat d'une première maison. Tu peux alors utiliser l'argent mis de côté dans ton REER comme mise de fonds.
Il est bien important de démêler comme notion de base que le REER et le CELI sont des régimes et non un type de placement. Ce sont des régimes fiscaux. Ce dans quoi tu vas investir dépendra de ton projet financier. Si ton projet est l'achat d'une maison dans trois ans, tu n'investiras pas dans des affaires trop volatiles, car tu auras besoin de ton argent. Si ton investissement est pour la retraite et que tu as 28 ans, alors tu peux choisir de prendre plus de risques dans tes placements.
Un étudiant qui a un revenu inférieur à 20 000 $ par année, mais qui a le potentiel dans deux ou trois ans d'avoir un revenu plus élevé, a avantage à retarder sa cotisation à un REER jusqu'au moment où il va payer plus d'impôts.
Q Philippe Beaulieu : Une personne qui commence à épargner doit-elle investir plus au début de sa carrière ou plus vieux lorsqu'elle a moins de dépense?
R Mme St-Pierre Dionne : Plus l'argent est là longtemps, plus tu vas faire de l'intérêt et plus tu vas faire de l'intérêt sur l'intérêt. Ça dépend de quand tu souhaites prendre ta retraite et si tu as un fonds de pension. L'idéal est d'aller voir un conseiller. Certains ont besoin de 30 000 $ par année pour vivre à la retraite, mais si toi tu veux 50 000 $, ce n'est pas la même chose. Chaque cas est unique. Personnellement, je pense que le plus tôt est le mieux. Une bonne stratégie d'épargne est de mettre un montant à la semaine, de le faire prélever sur ta paie, même si c'est juste 25 $.
R M. Payeur : Faire un bon vieux budget est une bonne façon pour savoir combien on peut épargner. Si tu n'as pas trop de projets à court terme, je te conseille de mettre de l'argent de côté le plus tôt possible.
Q Christian Martineau : Où investir pour les études de mon enfant?
R Mme St-Pierre Dionne : D'abord, il faut savoir qu'il y a trois types de régimes épargne-études : collectif, familial et individuel. Collectif, comme les Fonds Universitas, signifie que tout le monde cotise dans un fond et ensuite l'argent est séparé, parfois il y a des restrictions au niveau des retraits. L'avantage d'un REEE (Régime enregistré d'épargne-études) est que le gouvernement vous donne des subventions. Si vous déposez 1000 $, le gouvernement va vous donner 30 % (fédéral et provincial), donc 300 $. Pour le régime familial et le régime individuel, ce sont comme un REER, un placement, sauf que l'argent va pour l'enfant. Pour le régime familial, l'avantage premier est que l'argent est mis en commun. Si l'enfant ne fait pas d'études postsecondaires, l'argent peut alors être transféré vers un autre enfant. Pour le régime individuel, l'épargne est seulement pour un enfant.
R M. Payeur : Il y a deux types de subventions, l'une dépend du revenu familial; elle varie en fonction du salaire du couple. Si jamais ton enfant ne fait pas des études postsecondaires, il y a quand même une possibilité de transférer l'épargne dans des REER.
Q Jean-Michel Genois Gagnon : Lorsqu'une personne d'un couple est propriétaire et que l'autre ne l'a jamais été (mais ils demeurent ensemble), la personne qui n'a jamais été propriétaire peut-elle utiliser le RAP lors de l'achat d'une autre maison (une première maison pour elle)?
R M. Payeur : La réponse est non. Allons-y plus en détail : pour ce qui est du RAP, un couple est composé de deux personnes mariées ou conjoints de fait depuis au moins un an. Dans le cas d'un couple, l'un contamine l'autre. Donc, si un des deux n'est pas admissible, l'autre ne l'est pas non plus. Donc, pour que l'un ou l'autre soit admissible au RAP, les deux conjoints ne doivent pas avoir été propriétaires de leur résidence principale dans l'année en cours et au cours des quatre années précédentes.
Q Véronique Tremblay/Nicolas Bernier : Est-ce que vous conseillez le REER conjoint?
R Mme St-Pierre Dionne : L'avantage d'un REER conjoint est que la personne qui cotise pour l'autre va avoir directement le déductible sur son rapport d'impôt. Par contre, lorsque l'autre personne va décaisser, c'est elle qui va être imposée. C'est avantageux dans l'optique où il y a une grosse différence entre les deux revenus. Il faut faire attention, car si vous n'êtes pas marié et que vous vous séparez, même si vous avez payé ses REER, elle les conservera.
Q Raphaëlle Plante : Dans le cas d'un couple non marié, aller chercher une convention d'union de fait serait-elle une bonne stratégie pour se protéger?
R Mme St-Pierre Dionne : Le problème qui se pose est que lorsqu'on n'est pas marié, le conjoint de fait n'a droit à rien. Si on ne possède pas de testament, le conjoint n'aura rien. C'est sûr qu'une convention, ça aide, car tu peux décider des modalités que tu désires. Lorsqu'on est marié, les REER entrent dans le patrimoine familial et lors d'une séparation, tout est divisé en deux. Lorsqu'on est conjoint de fait, rien de ça n'est séparé.
R M. Payeur : Les testaments ne sont pas juste pour les vieux. À partir du moment qu'on a un enfant, je crois qu'il faut penser à la protection. Protéger ce que vous allez laisser aux enfants...
Q Maude Lagadec-Gaulin : Quelles sont les erreurs à éviter pour ne pas être trop endetté lors de l'achat d'une maison?
R M. Payeur : Le gouvernement du Canada qui régit les normes de prêt était inquiet il y a quelques années du niveau d'endettement des Canadiens. Il a réduit le nombre d'années maximum pour payer ta dette. On a déjà été à 40 ans, aujourd'hui, ce sont des prêts de 25 ans si tu donnes 5 % de la mise de fonds pour ta maison. Si tu donnes 20 % de mise de fonds, alors tu pourras mettre ton prêt sur 30 ans. Lorsque tu achètes ta première propriété, ce n'est pas méchant de voir loin pour ton prêt. Premièrement, car tu auras d'autres dépenses. Si tu as de l'argent de côté plus tard, rien ne t'empêche de la mettre sur ton prêt. Il faut se donner de l'air pour respirer au départ.
Q Mathieu Turcotte : Lorsqu'on est instable financièrement, comme travailleur autonome, qu'est-ce que cela change dans l'épargne?
R Mme St-Pierre Dionne : Il faut faire attention, car souvent tu ne paies pas d'impôt directement sur tes contrats, mais plutôt à la fin de l'année. Il est important de mettre de l'argent de côté pour ton impôt surtout pour les premières années. Je conseille pour le travailleur autonome de mettre de l'épargne dans son CELI pour pouvoir piger plus facilement lorsque le besoin se fait sentir. Lorsque la situation d'un travailleur autonome est plus stable, alors là, tu peux penser au REER.
Q  Jonathan Roger : Lorsqu'on a un régime de retraite, devrait-on quand même prendre un REER?
R Mme St-Pierre Dionne : Quand tu as un fonds de pension, c'est un gros coup de pouce, mais ce n'est pas mauvais d'avoir aussi des REER. Le fonds de pension ne sera pas toujours un gros montant. Pour savoir combien épargner pour la retraite, il faut voir un conseiller et faire l'exercice. Cela varie pour chaque cas, l'âge que vous voulez prendre votre retraite et combien vous pensez avoir de besoin. Le conseiller vous dira alors le pourcentage nécessaire à épargner par année. Avec la collaboration de Raphaëlle Plante