Carl Yergeau, analyste en planification financière avancée chez Industrielle Alliance

Épargne: le casse-tête du travailleur autonome

En 2012, on dénombrait 544 000 travailleurs autonomes au Québec, ce qui représentait 8,2 % de la population active (6 637 400). Pour ces citoyens à leur propre compte, épargner pour la retraite s'avère parfois un vrai casse-tête et exige une stratégie bien différente que celle utilisée par un employé rémunéré puisqu'ils sont seuls artisans de leurs finances pour leurs vieux jours.
Souvent laissés à eux-mêmes, les travailleurs indépendants doivent gérer leur portefeuille d'une main de maître pour parvenir à atteindre l'autonomie financière au moment de la retraite. La sécurité d'emploi est une notion abstraite pour eux. Aucune organisation ne les protège financièrement advenant un accident ou une maladie. Leur seul filet de sécurité est souvent une assurance privée à leurs frais.
Contrairement à un salarié, le revenu d'un travailleur autonome varie par période, souvent en fonction des contrats, souligne Carl Yergeau, analyste en planification financière avancée chez Industrielle Alliance. «Tout d'abord, c'est une question de gestion de liquidité. L'intérêt premier d'un travailleur indépendant est de se constituer un bon fonds de roulement, un fonds d'urgence pour compenser le fait qu'il peut s'écouler un certain laps de temps entre deux contrats.»
Année après année, le travailleur autonome doit trouver les moyens de financer sa retraite sans compter sur un régime de pension d'employeur ou un REER collectif. S'il souhaite se constituer un capital-retraite convenable, il doit contribuer à son REER ou à un CELI et économiser le plus possible. Il recevra des revenus des sources gouvernementales comme la pension de la Sécurité de vieillesse (SV) du gouvernement fédéral à partir de 65 ans (67 ans après 2023) et la rente de retraite du Régime des rentes du Québec (RRQ), offerte dès 60 ans, mais elle fera alors l'objet d'une réduction pour chaque mois d'anticipation avant l'âge normal de retraite qui est de 65 ans.
«En tête de liste pour le travailleur autonome, l'outil le plus intéressant pour épargner est le CELI. Il n'y aura pas de déduction fiscale et donc, l'avantage est qu'on ne sera pas imposé sur les revenus de placements réalisés tels que les intérêts, les dividendes et le gain en capital», explique M. Yergeau. «Le fonds d'urgence ou le fonds de roulement, va être dans le CELI. Au fil du temps, lorsqu'on accumulera des excédents significatifs, on commencera à établir la stratégie de cotisations au REER. Et finalement, pour les travailleurs autonomes constitués en société par actions, le régime de retraite individuel [RRI] permet de cotiser davantage qu'à l'aide du REER.»
Deux types
Il existe deux types de travailleurs autonomes, ceux qui travaillent seuls sans aide rémunérée (consultant, pigiste, artiste) et ceux avec aide rémunérée qui sont généralement des propriétaires de petites entreprises, notamment des restaurants.
Selon Statistique Canada, en 2009, les 2,7 millions de travailleurs autonomes représentaient 16 % de la population active. Parmi eux, les deux tiers travaillaient sans aide rémunérée. Au Québec, on dénombrait 466 900 travailleurs autonomes en 2001 et 564 600 en 2009.
Entre octobre 2008 et 2009, le travail autonome est passé au Canada de 2,66 millions à 2,77 millions de personnes, un gain net de 115 100 personnes (4,3 %). Cette hausse du travail autonome est survenue dans le contexte d'une perte de près d'un demi-million d'emplois rémunérés (- 476 300).
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La stabilité avant tout
Lorsque vient le temps d'épargner, les travailleurs autonomes sont souvent plus conservateurs. Évoluant dans un milieu de travail déjà à risque, «ils préfèrent la stabilité dans leur placement quand vient le temps d'épargner», souligne Carl Yergeau, analyste en planification financière avancée chez Industrielle Alliance. Contrairement à un salarié qui peut oser un risque plus élevé puisqu'il y a un travail et un salaire garanti, le travailleur indépendant, lui, ne peut pas courir trop de risques. «Quand on vit avec un risque d'affaires, on veut avoir un certain équilibre de vie, pour pouvoir compter sur une certaine sécurité avec ce qu'on a accumulé au gré de nos contrats antérieurs», conclut le planificateur financier.