Il n'y a pas eu d'effet Pierre Karl Péladeau mesurable à Québec depuis son entrée en politique, selon un sondage mené par Léger Marketing pour le FM93.

Entre les boomers et les X

L'entrée en scène de Pierre Karl Péladeau n'a pas eu d'effet sur les humeurs électorales à Québec. Du moins pas encore.
Un sondage régional mené par Léger Marketing pour le FM93 après l'annonce de PKP suggère que les appuis au Parti québécois n'ont pas bougé par rapport aux sondages précédents.
Celui-ci montre cependant que le glissement des votes de la CAQ vers le Parti libéral s'est amplifié. La CAQ n'obtient plus que 19 % des intentions de vote dans la région de Québec, contre 32 % pour le PQ et 39 % pour le Parti libéral qui prend l'avance pour la première fois depuis des lustres.
La candidature de M. Péladeau a-t-elle accéléré l'érosion du vote de la CAQ? C'est possible, mais le sondage ne permet pas de mesurer cette hypothèse.
On avait cependant déjà noté un déclin de la CAQ et une remontée des libéraux avant l'arrivée de M. Péladeau et même avant la campagne.
Par sa profession de foi souverainiste, le poing dressé devant les caméras, l'ex-patron de Québecor a bousculé l'agenda du PQ et contribué à polariser le débat.
Ce fut providentiel pour les libéraux qui s'évertuaient déjà à essayer d'imposer le thème de la question nationale comme repoussoir au PQ.
Un débat préréférendaire avant l'heure ne laisse pas beaucoup d'espace pour la CAQ. Cela a pu amplifier la tendance.
Autrement, pas d'effet PKP mesurable à Québec comme il n'y a pas d'effet Labeaume, malgré sa liste d'épicerie. Les enjeux locaux ne pèsent pas lourd dans une campagne provinciale. C'est la même chose au fédéral.
M. Péladeau est un candidat d'envergure nationale, cela ne fait pas de doute. Mais l'effet qu'espérait le PQ à Québec tient à des considérations régionales : les affinités de M. Péladeau avec un discours local plutôt antisyndical qui circule à la radio et à l'hôtel de ville; son rôle à l'amphithéâtre et pour le retour des Nordiques; ses engagements dans la communauté locale (éducation, culture, oeuvres caritatives, etc.).
Tout cela ne semble avoir eu aucun effet sur les intentions de vote. Enfin, rien de mesurable encore.
Un détail a attiré mon attention. Peut-être n'est-ce qu'une anomalie statistique, mais c'est peut-être aussi un signe des temps.
Pour la première fois depuis que je regarde des sondages, le Parti québécois domine dans la tranche d'âge des 65 ans et plus : 51 % d'appuis contre 38 % au Parti libéral et 11 % pour la CAQ.
Jusqu'à maintenant, l'âge d'or était, il me semble, une chasse gardée des libéraux. L'arrivée des boomers pourrait changer la donne.
Je ne sais pas ce que cela signifie pour la suite, mais on a parfois évoqué la moyenne d'âge élevée à Québec pour expliquer sa tiédeur face au PQ et à l'option souverainiste.
On découvre dans ce sondage du FM93 que l'âge d'or pourrait devenir un atout pour le PQ.
Son problème est que les générations derrière n'ont pas suivi. Le PQ glisse deuxième (33 %) dans la tranche d'âge des 55 à 
64 ans et dans celle des 44 à 
54 ans (32 % contre 48 % au PLQ).
C'est ensuite que ça se gâte vraiment pour le PQ avec la cohorte des 35 à 44 ans où il traîne très loin (15 %) derrière la CAQ (35 %) et les libéraux (40 %).
On est ici au royaume de la génération X et c'est dans ce groupe d'âge que la CAQ, en perte de vitesse partout ailleurs, maintient ses meilleurs résultats (35 %).
Les plus jeunes sont dans l'ordre chez les libéraux, les péquistes et à la CAQ. C'est aussi dans la tranche des 18-34 ans que Québec solidaire obtient ses meilleurs appuis (12 % à 16 %).
Outre les écarts intergénérations, le sondage montre des différences hommes-femmes significatives.
Les hommes (23 %) appuient davantage la CAQ que les femmes (15 %). C'est le contraire à Québec solidaire (femmes 11 %; hommes 4 %).
Je ne suis pas sûr de vouloir oser une explication sociologique, sans envenimer une campagne qui l'est déjà beaucoup.