PHOTO, EDOUARD PLANTE-FRECHETTELA PRESSESUJET : Photo d'une pancarte électorale de Pauline Marois.-30-REF # : 661278

Enfin sur la ligne de départ!

On pourra toujours critiquer Pauline Marois d'avoir violé l'esprit de la loi sur les élections à dates fixes, il reste que le déclenchement des élections arrive à un bon moment pour faire nos choix. Le gouvernement a eu le temps de prendre de l'expérience, d'élaborer ses politiques et de déposer un budget. Le ministre Nicolas Marceau aurait été plus transparent s'il avait déposé les crédits budgétaires, mais son refus devient un argument pour les partis d'opposition.
Le déclenchement des élections un an après l'élection de Philippe Couillard à la tête du Parti libéral du Québec (PLQ) lui a laissé le temps nécessaire pour se familiariser avec le Parti, les dossiers politiques, les enjeux régionaux, et de recruter de nouveaux candidats. C'est un plus dans l'exercice démocratique.
Le moment choisi a également donné plus de temps à la Coalition avenir Québec (CAQ) pour plancher sur son principal objectif, soit le retour au déficit zéro et la baisse du fardeau fiscal. Le sérieux mis dans la préparation des propositions de la CAQ fait qu'elles auront leur place dans le débat électoral. C'est également un plus.
Le scénario d'élections en novembre, envisagé l'automne dernier, aurait pris les deux partis d'opposition de court. Tout le monde sera maintenant en mesure de lutter à armes égales, à tout le moins au chapitre des idées et des engagements électoraux.
Charbonneau
La décision de la commission Charbonneau de suspendre ses travaux pendant la campagne électorale nous prive d'informations précieuses sur le financement des partis politiques et l'octroi des contrats gouvernementaux. C'est dommage, mais c'était prévisible. Il aurait été difficile pour la commission de gérer le choix de ses témoins et de ses dossiers dans un tel contexte. En campagne électorale, le risque était réel de voir des témoignages polluer ou fausser l'exercice démocratique. La commission a opté pour la prudence. De toute manière, on en sait déjà beaucoup sur les entorses passées aux règles touchant le financement des partis politiques. De plus, les perquisitions toutes récentes de l'Unité permanente anticorruption donnent à penser que les enquêtes policières sur le sujet ne sont pas suffisamment avancées.
Marois joue de prudence
L'image projetée mercredi par la position dictée aux ministres pendant la déclaration de Pauline Marois est révélatrice : de gauche à droite, Véronique Hivon (soins de fin de vie), Nicolas Marceau (finances), Élaine Zakaïb (emplois), Martine Ouellet (ressources naturelles) et Bernard Drainville (laïcité). Contrairement à Jean Charest, qui demandait «les deux mains sur le volant» pour passer à travers la crise appréhendée, Pauline Marois veut démontrer que les choses vont bien, que son équipe a bien travaillé, mais surtout qu'elle a un plan pour faire progresser le Québec. D'où sa décision de déclencher des élections et de demander un mandat majoritaire. Fait révélateur : Mme Marois a refusé de donner une conférence de presse. Les péquistes ne veulent surtout pas se laisser distraire ou se faire piéger par des questions difficiles.
Couillard laisse tomber les gants
J'ai écrit récemment que Pauline Marois était «en feu», tellement elle défendait ses dossiers. Mercredi, c'est de Philippe Couillard dont on aurait pu dire la même chose. Les journalistes n'en revenaient pas de la transformation. Combatif, passionné, agressif au besoin, lorsqu'il a dit par exemple : «Contrairement à ce que Mme Marois a fait, moi, je vais répondre à vos questions.» Ce n'était plus le Philippe Couillard des derniers mois. «Je n'ai pas eu besoin de monter le volume du micro», m'a lancé une préposée à l'enregistrement des points de presse de l'Assemblée nationale. Le chef libéral est en deuxième place dans les sondages, mais ce qu'on a vu mercredi laisse entrevoir des échanges costauds, surtout pendant le débat des chefs.
Legault démontre sa résilience
Mauvais début de semaine pour François Legault à cause de la défection de Gaétan Barrette et du départ de sa députée Hélène Daneault pour des raisons de santé. Mais le chef de la CAQ a démontré sa résilience. Il a eu totalement raison, mercredi, de dire que son principal adversaire est «la résignation» des Québécois, qui en sont venus à croire qu'il est impossible de reprendre le contrôle des finances publiques et de diminuer le fardeau fiscal des contribuables. «Come on, soyons un peu orgueilleux! C'est ça le message», a-t-il déclaré. La CAQ tire de l'arrière dans les sondages, mais il est prématuré d'annoncer sa disparition.
David cherche la souveraineté
La meilleure citation de Françoise David : «On a remplacé la souveraineté par l'identité.» Pauline Marois n'a pas dit un mot sur la souveraineté, a noté la députée de Québec solidaire. Mme David est un peu la conscience des souverainistes à l'Assemblée nationale. Elle n'aura pas le même temps d'antenne que les autres, mais ses interventions passent rarement inaperçues. Sera-t-elle du débat des chefs? C'est à souhaiter.