À une pierre d'être enterrée, l'équipe de Jean-Michel Ménard a trouvé le moyen de remporter un cinquième titre provincial consécutif, dimanche, à l'Aréna de  Lévis.

Encore une remontée signée Ménard!

On les croyait morts, mercredi soir. À une pierre d'être enterrés. Mais l'équipe de Jean-Michel Ménard a ressuscité, durant ces championnats québécois de curling tenus à l'Aréna de Lévis, et a fini par gagner un cinquième titre provincial consécutif, dimanche.
Ménard, de Gatineau, Martin Crête, Éric Sylvain, deux gars de Lévis, et Philippe Ménard, de Montréal, le frère de l'autre, ont remporté la finale masculine québécoise 9-6, dimanche après-midi. Ils obtiennent ainsi leur billet pour le championnat canadien, le prestigieux Brier, présenté du 4 au 12 mars à Saint John's, Terre-Neuve.
«Je ne pensais jamais gagner cinq titres provinciaux dans ma carrière, alors encore moins cinq de suite», a commenté le skip victorieux. «Surtout dans les conditions de cette semaine. On était pratiquement éliminés dans la ronde préliminaire. Puis on a eu un bris d'égalité, qu'on a gagné, et à partir de là, on s'est mis à bien jouer. En plus, la chance était rendue de notre côté.»
Après un tournoi à la ronde de 3-3, Ménard a évité l'élimination grâce à une sortie ouverte ratée dans un match entre deux autres équipes, ce qui forçait un bris d'égalité. À partir de là, Ménard et ses coéquipiers ont collé sept victoires d'affilée, dominant l'adversaire 54-26 au pointage. Encore dimanche, ils tiraient de l'arrière 5-3 à mi-match.
«J'étais prêt à retourner à la maison, ma valise était faite! Mais les dieux du curling sont plus forts que moi, ils décident ce qu'ils veulent et il ne faut pas essayer de trop comprendre. Quand tout va bien, tu continues à foncer et tu espères», a constaté Ménard, qui a résidé à Sainte-Foy de 1993 à 1998.
Perdant de la finale, le skip de Trois-Rivières Martin Ferland faisait équipe avec trois gars de la place, François Roberge, Maxime Elmaleh et Jean Gagnon. Ils s'étaient réunis pour un rare passage des provinciaux dans la région. N'avaient pas joué dans l'élite l'an dernier. Et pourraient ne pas rejouer l'an prochain.
«On se débrouille encore, mais on est un peu vieux», sourit Ferland, indiquant que ses équipiers et lui ont 46, 46, 47 et 48 ans, contre 41 ce jeudi pour Ménard.
Roberge, Elmaleh et Gagnon, comme cinquième, ont gagné le Brier avec Ménard et Sylvain en 2006, demeurant à ce jour la seule équipe francophone couronnée sur la scène canadienne du curling d'élite.
Défaite émotive
Marie-France Larouche (à gauche) a subi une défaite émotive, dimanche.
Au tableau féminin, la Montréalaise Ève Bélisle a eu le dessus sur la favorite locale Marie-France Larouche, 7-4. Bélisle, Lauren Mann, Patricia Hill et Brittany O'Rourke, deux joueuses de Montréal et deux de Gatineau, représenteront donc le Québec au championnat canadien, le Tournoi des Coeurs, du 18 au 26 février, à St. Catharines, en Ontario. Troisième expérience du genre pour Bélisle.
Larouche, elle, y est allée sept fois, dont l'an passé. Mais accorder trois points dès le deuxième bout de la finale a rendu la tâche trop ardue.
«On n'a pas joué aussi bien qu'on aimerait, c'est décevant», a ensuite commenté une Larouche très déçue. «Mais il faut se pardonner. Si on n'est pas capables de s'entraîner cinq fois par semaine et de jouer cinq ou six tournois, on sait que notre niveau sera en dessous de ce qu'on voudrait. Est-ce que ça vaut la peine de se réinvestir chaque année? C'est à ça qu'il faudra répondre dans les prochains mois», a conclu cette enseignante et maman de deux enfants, sa médaille d'argent faisant d'ailleurs beaucoup plus le bonheur de fiston que le sien.
Jouer contre des pros
Après une semaine à rivaliser avec les meilleurs curleurs au Québec, souvent des amis ou même d'anciens coéquipiers, les gagnants passent à un tout autre niveau. D'aucuns estiment que le championnat canadien s'avère le tournoi le plus difficile à remporter sur la planète curling, même davantage que le Mondial.
«Il y a des équipes dans l'Ouest qui font ça à temps plein, ils ont un avantage sur nous», estime Jean-Michel Ménard, capitaine de la formation championne québécoise pour une cinquième année de suite. Ménard en sera à son 10e Brier et Éric Sylvain, deuxième joueur de l'équipe, une 11e participation. Alors l'effet d'intimidation, très peu devant les Brad Jacobs, Kevin Koe et Brad Gushue de ce monde.
N'empêche que Ménard, bientôt 41 ans, est gestionnaire en ressources humaines au ministère canadien des Affaires autochtones, à Gatineau. Et les occasions de s'entraîner en compagnie de ses deux coéquipiers de Lévis et de son frère, basé à Montréal, ne seront pas si nombreuses au cours des six prochaines semaines.
Semaine de princesses
Ève Bélisle, la skip de 37 ans de l'équipe féminine championne, est programmeuse informatique au Centre de recherche en calcul thermochimique de l'École polytechnique, à l'Université de Montréal. Deux de ses complices habitent aussi Gatineau. Elles essaient de se rejoindre sur une glace de Cornwall.
«Le Scotties, c'est un gros show et on est traitées comme des princesses pendant toute la semaine. Le but de notre saison est de se rendre là et on espère faire la ronde des médailles, mais je ne cache pas que ça ne sera pas facile», poursuit celle qui affrontera les Jennifer Jones et Rachel Homan, restant confiante de pouvoir les battre. En 2006, son équipe avait fini quatrième. Elle a déjà vaincu Jones, championne olympique en titre.
«Je m'entraîne deux, trois fois et je joue une partie par semaine. Le curling, c'est un loisir pour nous. Mais là-bas, ça va être notre job», résume Bélisle.