En passant par Rivière-du-Loup

J'ai roulé vers L'Isle-Verte sur la 132. La route longe le fleuve sur la gauche, coupe à travers champs, revient au fleuve. Un long spectacle de neige et de rives glacées.
J'entendais un long silence. Comme si tout avait été dit, chaque pierre retournée, chaque âme au village déshabillée de ses souvenirs et de ses peines.
C'était samedi matin. J'ai vu en passant devant l'église des collègues et curieux sur le parvis. La cérémonie avait commencé. Des familles et des dignitaires de toutes couleurs et de toutes ambitions. Ils sauraient trouver - ils trouvent toujours - les mots pour dire encore.
J'ai vu plus loin les toiles tendues autour de la Résidence du Havre et le bras dressé d'une pelle mécanique.
Je ne me suis pas arrêté. Qu'aurais-je trouvé à dire?
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Il faisait nuit quand la bourrasque s'est levée sur la route vallonnée de l'arrière-pays de Rivière-du-Loup. Une visibilité tout à coup presque nulle.
J'appréhendais déjà le retour quand la neige a cessé, aussi brusquement qu'elle avait commencé.
Au fil des ans, les tournois de hockey m'ont mené dans toutes sortes d'arénas de village. Estrie, Bellechasse, Portneuf, Mauricie, Lac-Saint-Jean, plusieurs fois dans le Bas-Saint-Laurent.
J'en ai vu de tout petits, des plus grands, plusieurs avec des glaces naturelles. Le plus souvent, des installations minimales, qui «font la job» et le plaisir.
Je n'attendais rien de particulier de celui de Saint-Cyprien, un bled de 1200 personnes à 55 km dans les terres.
Je le dis en toute candeur, j'ai été ébahi. Un bâtiment d'allure moderne. Une large façade vitrée, un grand hall, des chambres de joueurs amples et impeccablement tenues.
Une élégance sans luxe, insoupçonnée, avec une glace lumineuse et un système de réfrigération à l'ammoniac avant-gardiste et peu polluant.
De quoi faire baver la plupart des quartiers de Québec, une capitale de 500 000 citoyens, dont les arénas sont à des années-lumière derrière. C'en est parfois gênant.
La rénovation du Complexe Louis-Santerre et de la rue voisine a coûté 7,8 millions $, payés en parts égales par le fédéral, le provincial et la municipalité.
Cela représente 6500 $ par citoyen. Un même ratio appliqué à la ville de Québec donnerait 3,2 milliards $. C'est beaucoup. Trop pour un si petit village? Je ne saurais dire.
Un aréna de village est plus qu'un équipement de loisir. Il en est un peu l'âme et, ici, une de ses fiertés. Il y a un prix public à payer pour garder des villages en vie et assez attrayants pour y garder ou ramener ses enfants.
J'ai retrouvé dans le journal en ligne Infodimanche.com les propos du maire Michel Lagacé à l'ouverture en 2011.
«C'est sûr qu'il n'y a que des avantages : aréna plus performant, plus grand, de meilleure qualité, plus écologique, mais surtout, ce que je retiens, c'est le fait que le projet a été porté par les citoyens de Saint-Cyprien.»
C'est le cas de le dire. Un projet porté par ses citoyens. Une hausse de taxes de 184 $ pour la maison moyenne de 71 600 $. Il y a un prix à tout.
Dans une grande ville, les factures finissent par être noyées à travers le reste. Dans un village, c'est plus difficile.
Ce qui n'avait pas été raconté à l'époque, c'est que la firme d'ingénieurs BPR, associée aux travaux devant l'aréna, avait fait du lobbyisme illégal auprès des «titulaires de charges publiques» de Saint-Cyprien et du gouvernement.
Cela n'enlève rien aux qualités du projet. Mais peut-être un peu à la qualité de ceux qui l'ont fait.
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Le tournoi nous a aussi menés à Saint-Hubert-de-Rivière-du-Loup. Une glace naturelle et des espaces plus exigus. La sobriété attendue d'un aréna qui dessert 1300 habitants.
À la différence que celui-ci porte le nom d'un fils du village, Marcel Aubut. Un nom que n'évoque pas la modestie du lieu.