Pour décrocher une majorité à l'Assemblée nationale, un parti se doit d'obtenir 63 députés sur les 125 qui la compose.

En cas d'égalité de sièges, le vainqueur serait...

Que les sondages soient bons ou mauvais pour eux, les états-majors péquistes et libéraux s'attendent à un résultat serré ce soir en raison, notamment, des aléas de notre mode de scrutin. La remontée de la Coalition avenir Québec rend, de plus, à peu près impossible tout pronostic crédible, estiment-ils.
La question peut donc se poser : que se produirait-il en cas d'égalité des sièges entre les deux principaux partis au terme du scrutin? Qui de Pauline Marois ou de Philippe Couillard serait appelé à former le prochain gouvernement si le résultat des urnes donnait, à titre d'exemple, 56 députés péquistes, 56 libéraux, 11 caquistes et deux solidaires?
Le scénario est purement fictif, mais pas impossible. Il a été soumis à des libéraux et à des péquistes ces derniers jours. La question les a intrigués, mais elle les a laissés à peu près sans réponse.
Une telle situation ne s'est jamais produite, rappelle la direction de l'Assemblée nationale, où l'on se déclare bien en peine de dire ce qu'il adviendrait dans ce cas de figure. Le Soleil a été renvoyé au bureau du lieutenant-gouverneur du Québec.
Le gouvernement sortant
Contrairement à ce que plusieurs sont portés à croire, y compris chez quelques élus, il ne servirait à rien de comparer le nombre de votes recueillis par les deux partis arrivés à égalité de sièges, indique-t-on chez le lieutenant-gouverneur. Le pourcentage de voix récoltées par l'un et l'autre ne dénouerait pas le noeud gordien.
Le principe phare est le suivant : le choix du gouvernement est dans les mains des députés élus. En s'alliant à l'une des deux formations gagnantes, un parti comme la Coalition avenir Québec lui permettrait bien sûr de gouverner, c'est clair.
Mais sans alliance politique et sans coalition parlementaire, «l'initiative du jeu», si l'on peut dire, appartiendrait au gouvernement sortant, celui dirigé par Pauline Marois en l'occurrence - même si le Parti québécois recueillait moins de votes que les libéraux.
En cas d'égalité en termes de sièges, c'est d'abord Mme Marois, si elle le désire, qui devrait voir si elle peut obtenir la confiance d'une majorité d'élus du Salon bleu. Ou, dit autrement, si une majorité d'entre eux accepteraient, même à contrecoeur, que son groupe parlementaire forme de nouveau le gouvernement.
En cas de refus, les libéraux pourraient ensuite, à leur tour, prendre la température de l'eau; voir si une majorité de parlementaires consentiraient à les laisser gouverner.
Distorsions
Rappelons-le : le chiffre-sésame est 63. Il faut 63 députés pour décrocher une majorité parlementaire dans notre Parlement, qui compte 125 sièges.
Malgré l'avance globale des libéraux dans les derniers sondages, le résultat des urnes demeure difficile à prévoir. Le taux de participation, selon qu'il sera plus ou moins élevé, et des luttes à trois dans plusieurs circonscriptions peuvent brouiller les cartes. Il faut aussi compter avec les distorsions inhérentes à notre système électoral - des distorsions reconnues par tous.
On l'oublie : en 1998, le Parti québécois a formé un gouvernement majoritaire en obtenant moins de votes que les libéraux! Une situation rendue possible en raison d'une répartition plus large du vote des francophones sur le territoire québécois.
Le Parti québécois avait engrangé 42,87 % des suffrages. Les libéraux en avaient récolté 43,55 %.
Dirigée à ce moment-là par Lucien Bouchard, la formation souverainiste avait tout de même remporté 28 circonscriptions de plus que le Parti libéral du Québec.
Une telle aberration, si elle devait se reproduire, au détriment de l'un ou l'autre des partis, serait décriée par énormément plus de citoyens aujourd'hui qu'elle l'a été il y a 16 ans, pensent des observateurs. Elle ne passerait plus aussi facilement.