En canot à glace jusqu'à l'Unesco

Le symbole du canot hivernal se fige dans la mémoire collective. Pendant que le ministre de la Culture décrète le canot à glace «élément du patrimoine immatériel du Québec», la capitale lance un concours d'art public pour honorer les canotiers et le président du Carnaval de Québec évoque l'idée de pousser l'embarcation jusqu'au rang de tradition du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO.
Journée faste pour les défenseurs du caractère identitaire du canot survolant les eaux gelées du fleuve Saint-Laurent.
En marge de la traditionnelle course du Carnaval, le ministre québécois de la Culture a confirmé l'entrée du canot à glace dans des eaux patrimoniales. «Ce moyen a servi autrefois pour le transport, pour l'utilitaire, transporter les marchandises, des hommes et des femmes, et même le courrier», a rappelé le ministre Maka Kotto. «Ce sont des savoir-faire qui incarnent un signe distinctif au Québec.»
Le ministre a soutenu que la décision d'immortaliser le canot dans sa Loi sur le patrimoine culturel n'est pas reliée à la démarche souverainiste de son parti. «Vous savez combien les questions identitaires nous tiennent à coeur au Québec», a-t-il simplement dit, en rappelant que la démarche d'authentification historique du canot à glace avait été amorcée avant l'arrivée au pouvoir du Parti québécois.
Le gouvernement a d'ailleurs annoncé le versement d'une subvention de 40 000 $ à la Société québécoise d'ethnologie pour documenter la pratique hivernale ancestrale.
Concours d'art public
Au même moment, la Ville de Québec a lancé un concours d'art public de 150 000 $ pour faire du canot un résident permanent de la capitale. «C'est unique au monde, le canot à glace. C'est vraiment quelque chose qui nous appartient au Québec», a souligné la responsable des arts au sein du comité exécutif, Julie Lemieux. «On veut immortaliser cette tradition. On trouve que c'est important pour la pérennité.»
L'oeuvre d'art choisie sera située près du départ de la course de canot à glace du Carnaval, au Bassin Louise. Elle sera érigée d'ici la prochaine course des embarcations, à l'hiver 2015.
Le président du Carnaval de Québec, Denis Simard, était ravi de cette consécration patrimoniale du canot, que le festival hivernal porte à bout de bras dans la capitale depuis 1955.
Mais il voit encore plus loin. «La prochaine étape pour nous, c'est le gouvernement du Canada, qui doit faire une demande officielle à l'UNESCO», avance-t-il en entrevue au Soleil. «On va demander officiellement au ministre Denis Lebel de prendre le dossier pour faire une demande au nom du Canada à l'UNESCO.»
La démarche, si elle arrive à bon port, ferait du canot à glace une tradition répertoriée au sein du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO. «À partir de ce moment-là, on devient sur la liste des biens et traditions à protéger. Ça serait une belle reconnaissance internationale», plaide le président du Carnaval.
Le Carnaval vise un niveau international
Le canot à glace doit prendre un virage international, fait valoir le président du Carnaval de Québec, Denis Simard. «On aimerait ça propulser cette course-là dans une compétition internationale, qu'on aille un circuit, que ça soit à Saint-Pétersbourg, en Norvève ou autre. On veut propulser ce sport-là à un haut niveau international», dit-il au Soleil.
Ce tremplin requiert une meilleure télédiffusion. Dimanche, le Carnaval a ramé vers cet objectif en diffusant pour la première fois la course sur écrans géants. «La diffusion en direct, des deux côtés du fleuve, ça nous a fait vivre la course comme on l'a jamais vécue. On voyait les montagnes de glace, l'effort... On était enchantés.
Mais c'est quand même coûteux, les caméras, les télévisions, la captation, avec l'hélicoptère qui prenait des images.» La course - en version écourtée - sera diffusée dans 120 pays, selon le Carnaval. «C'est un sport extrême, et il y a des acheteurs sur la planète pour ça», conclut le président.