Emmanuel Bilodeau, qui s'est décrit comme «le plus vieil humoriste débutant de l'histoire du Québec», a pris d'assaut la salle Albert-Rousseau mardi avec son premier spectacle solo.

Emmanuel Bilodeau: à toute allure

«Ça va, le débit? J'ai pas respiré encore une seule fois depuis le début.» En pleine tirade sur ses enfants pendant la première partie de son spectacle, Emmanuel Bilodeau s'est inquiété pour son public. Vrai que le texte déboulait à une vitesse folle... Mais vrai aussi qu'il nous avait mis en garde en début de parcours : «Avez-vous faim? J'ai des barres tendres en coulisse. Ça demande beaucoup d'énergie de me suivre», avait-il prévenu.
Celui qui s'est décrit comme «le plus vieil humoriste débutant de l'histoire du Québec» a pris d'assaut la salle Albert-Rousseau mardi avec son premier spectacle solo, ou plutôt son One Manu Show, comme il l'a baptisé. Comédien reconnu («J'ai pas juste joué dans des films indépendants plates», a-t-il plaidé), il a forgé son humour loin des canaux habituels (lire : l'École nationale de l'humour, d'où sont issus bien des visages qu'on voit sur les scènes en ce moment). Et c'est à son avantage.
brochette de références
Plus conteur que chercheur de punch à tout prix, Bilodeau arrive avec une proposition bien personnelle, assise sur un texte imagé jouant sur les lapsus, les jeux de mots et une dose respectable d'esprit de bottine. Armé d'une brochette échevelée de références - on passe de La mélodie du bonheur au Roi lion en passant par Lol :-), Unité 9, Le seigneur des anneaux ou La princesse astronaute -, et d'une galerie de mimiques pas piquées des vers, le nouveau venu nous amène avec succès dans son univers.
Ça commence par une description pour le moins surréaliste de sa famille. Manu le père nous dressera un portrait hilarant - quoique peu flatteur! - de ses enfants, rebaptisés «Terrible Two», «Fucking Four» et «Sweet Sixteen». Manu le fils nous emmènera dans le délire de la famille Bilodeau : 12 enfants apparemment aussi énervés que lui et particulièrement inspirés pour se donner des surnoms cruels, une mère mauvaise cuisinière en état constant d'allaitement, un père «loser, chicken et polyglotte» qui, visiblement, a transmis son stress à son plus jeune fils.
Boucler la boucle
Une fois la table mise en première partie, Emmanuel Bilodeau plonge dans ses propres angoisses. Celles attisées par l'émission de Denis Lévesque (on a notamment droit à une solide crise de paranoïa liée à sa crainte des invasions de domicile) ou celles dictées par ses convictions, qui ne sont pas toujours compatibles avec son mode de vie. Comment conjuguer des valeurs écolos et un amour du Costco sans perdre la raison? Le comédien devenu humoriste prouve ici que la tâche n'est pas mince... Mais pas impossible non plus. On en veut pour preuve le discours de citoyen engagé qu'il prononce en fin de spectacle et qui revient sur presque tous les thèmes abordés pendant la soirée. Belle manière de boucler la boucle.
Une supplémentaire du One Manu Show est prévue à la salle Albert-Rousseau le 19 février.