Par l'entremise de Maude, son héroïne de 15 ans, Elizabeth Lepage-Boily pratique un humour vif qui frappe au rythme d'un sarcasme à la seconde.

Elizabeth Lepage-Boily: l'adolescence selon Maude

À l'échelle du Québec, la série Maude est ce qu'on appelle un best-seller. Les trois premiers tomes confondus, 12 000 exemplaires ont trouvé preneur. Avec le Prix de création littéraire que viennent de lui décerner la Bibliothèque de Québec et le Salon du livre de Québec, l'auteure Elizabeth Lepage-Boily a plus que jamais le vent dans les voiles.
Pas besoin de chercher bien longtemps pour découvrir la raison de son succès. Suffit de lire quelques pages. Par l'entremise de Maude, son héroïne de 15 ans, Elizabeth Lepage-Boily pratique un humour vif qui frappe au rythme d'un sarcasme à la seconde.
Pour relater son entrée dans le «monde merveilleux» de l'adolescence, le personnage choisit la voix mordante et savoureuse de l'ironie. Il s'agit toutefois d'une couverture. D'un chapitre à l'autre, les accents de vérité qu'on sent poindre sous la couche brillante du style trahissent une sensibilité à fleur de peau. Cette pudeur et cette sincérité ont d'ailleurs quelque chose d'infiniment touchant.
Certes, Maude L'Espérance ne mâche pas ses mots. Selon elle, les adolescents et les adolescentes appartiennent à une espèce qu'il faut tenter d'apprivoiser. Une fois entassés dans une école secondaire, ils forment un troupeau d'animaux sauvages au sein duquel règne la loi de la jungle. Heureusement, le personnage ne manque pas d'esprit ni de répartie. Hors de question de se laisser bouffer par les plus forts.
Elizabeth Lepage-Boily écrit d'abord et avant tout pour des adolescentes, mais elle se défend de proposer à ses lectrices des solutions toutes faites. «Au contraire, dit-elle, Maude porte un antimessage. Elle ne fait que raconter son adolescence. C'est plus une étude. On comprend qu'on n'est pas obligé de suivre le troupeau, que c'est correct d'être différente.»
L'auteure croit qu'on peut également reconnaître en Maude les traits d'une trentenaire un peu dépassée par sa propre impulsivité, qui aurait vieilli trop vite, sans expérience donc, et qui aurait de la difficulté à trouver sa place dans ce monde. Une sorte de grande soeur, en fait. Il y a en elle beaucoup de bienveillance.
Quand on lui demande ce qui l'a poussée vers le roman jeunesse, Elizabeth Lepage-Boily n'y va pas par quatre chemins. «Personnellement, je n'ai pas eu une très belle adolescence. J'ai subi de l'intimidation, et ça s'est terminé par une hospitalisation. À cette époque, je ne lisais pas beaucoup, mais si je l'avais fait, je n'aurais pas voulu lire quelque chose de noir. En m'adressant aux jeunes, je voulais éviter de parler de thématiques lourdes, que ça reste léger, que ça apporte une joie. L'adolescence, c'est un peu un grand mur que tu essaies d'escalader. Je voulais leur offrir une prise pour s'accrocher.»
Nul n'échappe à l'adolescence, rappelle l'auteure. «C'est la période où tu forges ta personnalité. C'est donc très important. Et tu ne peux pas la sauter. Pour y survivre, il faut que tu t'adaptes. C'est comme ça.»
Entre la littérature et la critique de cinéma, Elizabeth Lepage-Boily n'a pas trop le temps de s'ennuyer dans la vie. Ses romans, elle les écrit le soir et la fin de semaine. Elle se réveille parfois la nuit pour noter ses idées. Le jour, elle bosse pour le site Web Cinoche.com. «Pour moi, ce n'est pas difficile. Je suis amoureuse de mon travail et de mon personnage.»
La série Maude a été lancée il y a un an et compte déjà trois tomes. L'héroïne apprend dans les trois premiers à survivre à l'adolescence, au mariage de sa soeur, puis au temps des Fêtes. Dans le quatrième, à paraître le 9 avril, elle apprendra à survivre à un voyage scolaire, et, dans le cinquième, déjà en cours de rédaction, à survivre à un premier emploi.