L'Université Laval, le Domaine Forget et le Palais Montcalm ont marqué la carrière et la vie d'Élise Paré-Tousignant.

Élise Paré-Tousignant: la musique en partage

Lauréat: Élise Paré-Tousignant Occasion: pour l'hommage qui lui a été rendu lors des 14e prix Opus et pour l'ensemble de sa carrière.
Trois institutions ont marqué la carrière et la vie d'Élise Paré-Tousignant : l'Université Laval (UL), le Domaine Forget et le Palais Montcalm. Et chacun de ses établissements doit une fière chandelle à cette femme énergique, affable et déterminée, pour qui la musique est un art à faire briller et une passion à partager.
Mme Paré-Tousignant est née à Deschambault. «J'ai eu la chance de grandir dans une famille à deux volets», raconte-t-elle. Son grand-père paternel dirige le magasin général du village et son père est enseignant. Sa famille maternelle a plutôt la fibre artistique. Les soirs d'hiver de son enfance sont marqués par les chants de ses oncles marins, et sa mère est organiste de la paroisse. «Je me souviens qu'à l'époque, elle devait jouer accompagnée d'un chaperon!» souligne Mme Paré-Tousignant en riant.
Après le couvent, elle entre à l'Université Laval en musique. Elle prend rapidement sa place, puis devient professeure de solfège : «Je me souviens d'un gars qui faisait de la musique dans les clubs et arrivait dans mon cours le lundi matin. Il m'avait dit : "Madame, si je ne commence pas ma semaine avec vous, je ne la commencerai pas!"» raconte notre lauréate, pour illustrer l'effet tonique qu'elle avait sur ses étudiants.
Parmi ceux qui sont passés dans ses classes, notons, entre autres, un certain Bernard Labadie et une certaine Lyne Fortin... «C'est la fonction la plus exigeante, mais aussi la plus valorisante que j'ai eue. Il n'y a rien à faire, je crois que je vais être un prof toute ma vie», confie-t-elle.
La passionnée ne se contente pas d'enseigner... Elle organise, dès les tous débuts, des concerts avec la chorale de l'université, participe à la création de l'option musique au Cégep de Sainte-Foy, met sur pied l'atelier lyrique, l'une de ses plus grandes fiertés.
En 1985, elle devient la première doyenne de la faculté des Arts de l'UL, un titre qui impressionne beaucoup dans son village natal. «Et quand je suis devenue [la première] vice-rectrice, ça ne leur disait absolument rien!» rigole Mme Paré-Tousignant, qui déplore toutefois que 25 ans plus tard, il y ait encore seulement une vice-rectrice à l'UL. «Ça aurait dû changer plus rapidement», croit-elle.
D'une salle à l'autre
En 1993, Françoys Bernier, alors très malade [il s'éteindra peu après], l'invite à venir lui donner un coup de main au Domaine Forget. «Le lendemain des funérailles, je rencontrais le conseil d'administration, et il y avait un plan déposé séance tenante pour la construction d'une salle de concert...»
Mme Paré-Tousignant mène à terme le projet de son ami : la salle Françoys-Bernier, «la meilleure à l'est de Toronto» est inaugurée en 1996. «C'était la naissance d'un lieu merveilleux fait spécifiquement pour la musique. C'est un très beau souvenir.»
Lorsqu'elle participe, quelques années plus tard, à la transformation du Palais Montcalm, l'histoire se répète (avec quelques embûches supplémentaires) et l'enchantement se poursuit. «Pouvoir entendre la musique de Beethoven aussi bien que de la musique moderne, dans la même salle, ça révèle toute la beauté de la musique qui traverse le temps», dit Mme Paré-Tousignant, en jetant un regard affectueux sur la salle du Palais Montcalm.
Mine de rien, notre lauréate a pris sa retraite en 1997. «J'avais 60 ans, et je voulais quitter l'enseignement avant qu'il y ait un trop grand décalage entre les étudiants et moi», explique-t-elle. «Et puis je crois aussi que j'ai eu le syndrome des grands-mères; c'est une nouvelle étape de ma vie qui commençait».
Tout en menant mille et un projets, Mme Paré-Tousignant a trouvé le temps et l'énergie d'élever cinq enfants. «Ça prend de l'organisation et des enfants et un mari qui collaborent», répond-elle lors­qu'on lui demande son secret. «Jamais mon mari ne m'a suggéré de rester à la maison, et je pense que c'est exceptionnel pour un homme de son âge», dit-elle. Le 30 janvier, c'est sa petite-fille, la violoncelliste Camille Roberge, qui lui a remis son prix Opus. «Ça m'a beaucoup touchée...» nous dit-elle.
«J'ai eu beaucoup de collaboration. On ne peut rien faire tout seul», glisse Mme Paré-Tousignant en fin d'entretien. «Mais je crois que la musique dans la vie des gens est essentielle. C'est définitivement un facteur de santé.» Notre lauréate en est la preuve vivante.