Electronic City: en direct de notre monde

Affirmer qu'on vit dans un monde où les technologies sont omniprésentes est presque un euphémisme. «C'est tellement omniprésent qu'on se met à avoir une relation économique avec les gens qui nous entourent», soutient Jocelyn Pelletier, metteur en scène d'Electronic City.
La pièce de Falk Richter, qui sera présentée au Périscope du 11 février au 1er mars, parle justement de cette paradoxale incapacité à communiquer sincèrement, même si les technologies nous permettent plus que jamais d'être en contact. «Le propos aurait pu être poussiéreux, ça aurait pu faire un peu Matrix, dans le sens où on est tous des individus pareils sans émotion... Mais on est loin de ça», assure Jocelyn Pelletier.
La forme très éclatée du texte de Richter y est pour quelque chose, analyse le metteur en scène. À proprement parler, l'histoire d'Electronic City est celle de Tom et Joy. Le premier est un homme d'affaires toujours pris entre deux rendez-vous, perdu dans ses chiffres, «qui cherche son humanité à travers tout ça», raconte Jocelyn Pelletier. La deuxième est une caissière dans un kiosque de nourriture à l'aéroport. C'est d'ailleurs à l'aéroport qu'ils se rencontrent, s'engueulent, en viennent aux coups, pour finalement être placés en isolement dans une cellule de détention de l'aéroport. Là, ils feront l'amour. «Depuis ce temps-là, ils se courent l'un après l'autre et n'arrivent jamais à se rejoindre. On a l'impression qu'ils s'aiment, mais ne sont pas capables de vivre leur histoire», complète Jocelyn Pelletier, qui est s'est pris d'affection pour le travail de Richter lors de ses études au Conservatoire de Québec.
Un film en direct
Là où ça se corse, c'est que cette histoire nous est racontée en même temps qu'elle est tournée sous forme de film, devant nos yeux. «Il y a des corrections de l'histoire qui se font à travers ce passage au cinéma», explique le metteur en scène. Huit comédiens «jouent» aux techniciens de plateaux, déplacent les décors à vue... Et pour complexifier davantage la chose, Jocelyn Pelletier a décidé de faire interpréter Tom et Joy par tous ces comédiens, à tour de rôle. «On s'y retrouve par tout un jeu de codes autant visuels que de jeu physique», promet-il.
Les codes sont au coeur de la démarche du metteur en scène. «J'ai décidé que toutes les technologies allaient être représentées par des gestes corporels très clairs des comédiens. Les technologies sont tellement présentes dans nos vies qu'on a juste besoin d'un petit référent physique. Ouvrir son ordinateur, texter, prendre des vidéos, ce sont des gestes qui sont en nous», plaide Jocelyn Pelletier, qui voulait éviter de tomber dans le piège que la pièce dénonce en utilisant trop de technologies.
Même si le propos peut sembler galvaudé, le message rendu par la pièce ne l'est pas, insiste le metteur en scène. «J'espère rendre intelligible le texte de Falk Richter et toute la beauté et toute l'humanité que j'y vois», explique-t-il. «Il y a un côté catchy, un côté pop à ça, mais ce n'est pas racoleur, ni quétaine. [...] C'est du théâtre du moment présent, on est complètement en 2014.»
<p>C'est lors de ses études au Conservatoire de Québec que Jocelyn Pelletier s'est intéressé à l'auteur Falk Richter. </p>
Une expérience complète
Dans le désir de faire d'Electronic City une expérience artistique complète, Jocelyn Pelletier et son équipe ont préparé plusieurs représentations spéciales.
D'abord, le compositeur de L'Île-d'Orléans Marc-Olivier Morin, alias Uberko, mixera en direct la musique qu'il a créée pour la pièce lors des représentations des 14 et 22 février et du 1er mars. «Quand il est là en live, il a un piano, et ça amène un côté organique très doux, très humain, vers lequel on tend dans la pièce», décrit Jocelyn Pelletier.
Les 20, 21 et 22 février, c'est la danse qui sera mise à l'honneur, avec une première partie concoctée par Fabien Piché et Ariane Voineau. Les deux danseurs avaient présenté un spectacle lors des derniers Chantiers du Carrefour de théâtre, un volet sous la responsabilité de la compagnie de théâtre Tectonik_, dont fait partie Jocelyn Pelletier. L'occasion était belle de les inviter. «Ça fait un autre écho, pour ouvrir le sens de ce discours sur les technologies qui est peut-être un peu galvaudé», estime le metteur en scène.
Finalement, pour compléter le tout, des oeuvres de Justin Roy créées à partir de photos des comédiens seront exposées dans le hall d'entrée.
À l'affiche
Titre : Electronic City
Texte : Falk Richter
Mise en scène : Jocelyn Pelletier
Interprètes : Jean-Michel Déry, Gabriel Fournier, Laurie-Ève Gagnon, Éliot Laprise, Johanie Lehoux, Jean-René Moisan, Noémie O'Farrell, Alexandrine Warren
Salle : Périscope
Dates : 11 février au 1er mars
Synopsis : Courant entre hôtels et aérogares, Tom et Joy tentent de se retrouver, de se croiser, au moins l'espace de quelques instants. Pour exister un peu dans cet océan de chiffres et de données, où l'humain est condamné à jouer sans relâche le rôle qu'on lui a distribué.