Constance (Sylvie De Morais) et Tristan (Étienne Pilon), se sont enrôlés pour l'essai clinique d'un nouvel antidépresseur. La psychiatre Lorna (Véronika Makdissi-Warren, au centre), responsable de l'essai, s'assure que leurs conditions de vie soient réglées au quart de tour.

Effets secondaires: romance clinique

Entre âme et cerveau, y a-t-il une différence? Sommes-nous seulement le pur produit de réactions chimiques qui peuvent être altérées ou contrôlées par la médication? La pièce Effets secondaires, à l'affiche au Théâtre du Bic cet été, ne laisse aucun spectateur sortir de la salle sans ces questions en tête.
Du théâtre d'été, le Théâtre du Bic n'en a que le lieu typique : une grange, fort bien rénovée, d'ailleurs. Depuis des années, son résident principal, le Théâtre les gens d'en bas, programme pendant la saison estivale des pièces dramatiques qui contrastent avec les habituelles comédies présentées en région.
Effets secondaires n'y échappe pas. La pièce, une traduction de l'oeuvre originale de la Britannique Lucy Prebble, sera présentée à Québec cet automne, au Périscope. Il s'agit d'une coproduction entre le Théâtre des gens d'en bas, du Bas-Saint-Laurent, et le Théâtre Niveau Parking, de Québec.
L'histoire est celle de Constance (Sylvie De Morais) et de Tristan (Étienne Pilon), deux jeunes qui s'enrôlent pour l'essai clinique d'un nouvel antidépresseur. Durant quatre semaines, ils sont séquestrés dans un laboratoire impersonnel. Leurs conditions de vie sont réglées au quart de tour. Peu à peu, une attirance physique, puis un amour fulgurant se développent entre les deux jeunes. Est-ce une relation naturelle ou un effet secondaire de la médication? La psychiatre Lorna (Véronika Makdissi-Warren), responsable de l'essai, peine à garder le contrôle devant cette anomalie. Au fil de la pièce, sa propre histoire se mêle à celle de son patron (et ex-conjoint), Toby (Jean-Sébastien Ouellet).
Jeu hésitant 
D'entrée de jeu, le décor futuriste d'une clinique d'essais médicaux impressionne par son fini soigné (chapeau à Jean-François Labbé pour le réalisme). L'ambiance est froide et impersonnelle, tout comme le début de la pièce où on ne sait trop sur quel pied danser. Le jeu est un peu hésitant, jusqu'à ce que la chimie s'installe entre Constance et Tristan. Étienne Pilon s'en sort particulièrement bien dans son rôle d'adulescent allergique à l'engagement.
La première scène entre Lorna et son ex, Toby, se révèle elle aussi un peu laborieuse. Est-ce une question de traduction? De rythme? Dans tous les cas, il faut un bon moment avant de vraiment comprendre la nature du lien entre les deux, du temps précieux qu'il faut ensuite rattraper à rebours quand on commence à vraiment comprendre ce qui se trame. 
Effets secondaires est une proposition costaude et bien tassée. Le discours scientifique qui vient de pair avec le sujet paraît un peu lourd et appuyé à certains moments - comme dans cette longue chicane entre Lorna et Toby sur le refus de médication de cette dernière. 
N'empêche, la tension grandissante entre les deux amoureux et l'ambiance anxiogène de cette clinique aseptisée contribuent à créer une belle montée dramatique qui ne laisse pas indemne. 
Le sujet est exigeant, mais l'effort en vaut la chandelle : Effets secondaires pose des questions troublantes et très contemporaines sur le libre arbitre, la sincérité des sentiments, la surmédication et notre très faible connaissance du fonctionnement de notre propre cerveau. Tout un contraste avec l'air salin et la fraîcheur des grands espaces qui attendent le spectateur au sortir de la salle...
Effets secondaires est présentée au Théâtre du Bic jusqu'au 16 août.