L'ancien président de la FTQ Michel Arsenault devant la Commission Charbonneau, mercredi

Écoute électronique : «Je me suis senti violé», dit Arsenault

Le témoignage de l'ancien président de la FTQ Michel Arsenault devant la Commission Charbonneau a pris fin, jeudi, après qu'il eut raconté dans quelles circonstances il a appris qu'il avait été placé sous écoute par la Sûreté du Québec.
Tony Tomassi
Du même souffle, il a précisé comment il a su qu'il n'aurait finalement pas le poste au conseil de la Caisse de dépôt et placement auquel il devait être nommé, à titre de président de la FTQ - même si le premier ministre Jean Charest s'était engagé à l'y nommer, le 12 janvier 2009. Il fait d'ailleurs un lien entre les deux faits.
Une première fois, le grand patron de la caisse à l'époque, Henri-Paul Rousseau, lui avait dit qu'il n'aurait pas le poste. Puis M. Arsenault avait vérifié auprès du ministre des Finances, Raymond Bachand - un ancien pdg du Fonds de solidarité - qui le lui a confirmé.
Quand M. Arsenault lui a demandé si c'était parce qu'il avait été placé sous écoute électronique par la Sûreté du Québec, M. Bachand n'a pas répondu. M. Arsenault en a conclu qu'il avait donc visé juste.
M. Arsenault a précisé qu'il a été bouleversé quand il a appris en mai 2009 qu'il avait été placé sous écoute électronique par la Sûreté du Québec, lui le président de la plus grande centrale syndicale du Québec.
«Je me suis senti violé. Je ne pensais jamais que ça m'arriverait d'être mis sous écoute, surtout quand j'ai appris qu'on me soupçonnait d'être un sympathisant des Hells Angels. J'ai tombé en bas de ma chaise», a-t-il relaté à la commission.
Il a indiqué qu'il l'a su du capitaine Éric Martin, qui a demandé à le voir dans l'édifice de la SQ, puis dans un hôtel. Lui préférait que les policiers viennent le rencontrer à son bureau. Finalement, deux policiers sont effectivement venus le voir à son bureau, le 25 ou le 26 mai 2009, et l'en ont informé.
«Maintenant que tout ça est fini, je suis content: il y a eu deux procureurs de la Couronne qui ont passé là-dessus et il n'y a pas eu d'accusations au criminel. Et cette semaine, je me suis fait dire (par la juge France Charbonneau) qu'il n'y a personne ici qui a la prétention que j'ai une relation avec le crime organisé. Disons que ça met un peu de baume sur ma plaie», a commenté M. Arsenault.
«Faveur» pour Tomassi
Durant sa quatrième et dernière journée de témoignage, M. Arsenault a rapporté que l'ex-ministre libéral Tony Tomassi lui avait déjà demandé «une faveur» pour un entrepreneur.
Ainsi, dans un extrait d'écoute électronique qui date de février 2009, l'ex-ministre libéral de la Famille demande à M. Arsenault, aussi président du conseil d'administration du Fonds de solidarité, s'il pouvait l'«aider» avec un dossier.
M. Tomassi lui demande alors si le Fonds de solidarité peut aider financièrement un entrepreneur d'Anjou qui fabrique des congélateurs pour des supermarchés et qui éprouve des difficultés financières. Il lui manque quelques millions de dollars.
M. Arsenault s'engage alors à demander au Fonds de regarder le dossier.
Il laisse ensuite un message sur le répondeur téléphonique d'un responsable du Fonds: «Tony m'a demandé ça comme une faveur. Tu sais comment ils sont? Et moi, j'ai souvent besoin de Tony aussi, comprends-tu?»
La procureure-chef de la commission, Sonia LeBel, voulait faire dire au témoin que cet extrait prouve qu'il avait bel et bien une influence pour faire approuver ou refuser un dossier par le Fonds - ce qu'il a toujours nié.
Mais M. Arsenault a fait remarquer qu'il avait plutôt référé le dossier à un responsable du Fonds de solidarité. Puis il a objecté qu'à sa connaissance, ce dossier n'a même pas été retenu par le Fonds.
«J'avais tout avantage à garder une relation correcte avec les différents ministres du gouvernement de l'époque. Je n'ai jamais mis de pression. Je n'ai jamais dit à un conseiller financier «il faut que tu le fasses et si tu ne le fais pas, je le passe à un autre', jamais, jamais, jamais», a tonné M. Arsenault.
Mais il n'a pas nié l'utilité de faire une faveur à un ministre. «C'est l'avantage du Fonds: si on a une bonne affaire, et en plus t'as rendu service à un ministre, à partir de là ça t'aide dans ton lobby», a-t-il admis
Cadeau et rénovations
La commission s'est aussi attardée à un cadeau et à des rénovations faites à la résidence de M. Arsenault.
M. Arsenault a ainsi indiqué que l'entrepreneur en construction Tony Accurso avait offert des boucles d'oreilles valant 12 500 $ à son épouse, après que le couple eut offert à l'entrepreneur un décanteur à vin et un tire-bouchon de luxe valant 600 $ pour le remercier du voyage en bateau avec M. Accurso.
Mais il assure que son épouse a ensuite rendu les boucles d'oreilles à l'entrepreneur, à sa demande. Après réflexion, il se disait mal à l'aise, après qu'il eut appris la valeur de ce bijou.
«Je vous suggère, monsieur Arsenault, que votre réflexion a été grandement aidée par le fait que l'histoire du bateau est justement sortie publiquement au début mars et que si cette histoire-là n'était pas devenue publique, peut-être que les boucles d'oreilles seraient encore en la possession de votre femme aujourd'hui», a avancé Me LeBel.
Mais M. Arsenault a répété qu'il était devenu mal à l'aise, après y avoir réfléchi, lorsqu'il a appris l'importance de la valeur du cadeau.
Il a par ailleurs nié avoir reçu une montre Rolex ou une plume Mont-Blanc de la part de Tony Accurso, comme l'avaient rapporté certains médias.
Me LeBel l'a aussi questionné sur des rénovations faites à sa résidence personnelle en 2009.
M. Arsenault a martelé qu'il avait payé ces rénovations en totalité, mais Me LeBel a encore une fois cherché à démontrer que s'il l'avait fait, c'est parce que les journalistes avaient alors commencé à enquêter sur son voyage en bateau avec M. Accurso. Donc, selon la théorie de l'avocate, craignant que les médias vérifient ses dépenses, M. Arsenault se serait donc assuré de payer rubis sur l'ongle ses rénovations, surtout qu'au départ, il avait lancé le projet avec M. Accurso.
«De mémoire, tout ça a coûté en tout 97 000 $. Et mon épouse et moi, on a payé 100 pour cent des rénovations qui ont été faites dans notre maison en 2009», a martelé M. Arsenault, qui a même fait faire une vérification par un évaluateur professionnel, après coup, pour se prémunir contre d'éventuelles questions sur la justesse du montant facturé.
De façon générale, M. Arsenault a admis avoir fait du lobbying auprès des représentants politiques, dans l'espoir qu'il n'y ait pas d'enquête sur l'industrie de la construction, mais «le plus gros du lobbying que j'ai fait, je l'ai fait au Parti libéral», a-t-il indiqué, précisant qu'il en a parlé au premier ministre d'alors, Jean Charest, et «à tous les ministres aussi à l'époque».
«On l'a fait auprès des libéraux bien plus qu'au Parti québécois», a-t-il dit.
Les audiences reprendront le 10 février.