Les musiciens d'Ébène projettent une image assez conviviale. Le quatuor a même laissé entrer les caméras dans le studio de répétition. «On veut lutter un petit peu contre la tour d'ivoire des musiciens classiques. Nous avons un immense amour et un profond respect pour cette musique, mais on a peur qu'elle devienne une sorte de privilège réservé aux élites», explique le violoncelliste Raphaël Merlin.

Éclectique égale Ébène

Ce n'est pas parce qu'Ébène s'aventure régulièrement hors des sentiers battus qu'il quitte sa zone de confort. Beethoven, Bartók ou les Beatles sont autant d'occasions d'enrichir l'expérience musicale. Si les membres du quatuor considèrent le classique comme une vraie drogue, chacun d'eux se passionne pour d'autres styles, que ce soit le jazz, le funk, la chanson, l'électro ou le trad, sans oublier l'improvisation.
À l'occasion des débuts d'Ébène à Québec - un concert présenté dans le cadre de la saison du Club musical, lundi soir -, Le Soleil s'est entretenu avec le violoncelliste Raphaël Merlin.
Q    Ébène a réussi à attirer l'attention des mélomanes autant par ses interprétations des quatuors à cordes de Mozart que par ses arrangements de morceaux populaires et par ses improvisations. Vous ouvrez décidément beaucoup de portes...
R    On essaie, oui. C'est très important pour nous de ne pas seulement aller en profondeur dans un sujet, mais d'avoir aussi une vision des différents styles et des différentes fonctions que la musique peut remplir. Autrement, on a l'impression de se déconnecter de la vraie vie. Les gens que vous croisez dans la rue n'écoutent pas forcément les derniers opus de Beethoven. Même si vous aimeriez bien les intéresser à ça, pourquoi ne pas les intéresser à des choses plus populaires, à condition que ce soit de qualité.
Q    Vous choisissez des pièces populaires pour les emmener plus loin. Ça n'a rien à voir avec la complaisance ou la facilité...
R    Merci de le dire. C'est exactement ce qu'on recherche. La chanson est un prétexte pour utiliser des outils qui appartiennent habituellement au langage de compositeurs qui ont écrit pour quatuor à cordes. De toute façon, en musique comme ailleurs, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Plus le temps passe, plus on sent que l'évolution ne fait que transmettre des idées d'une génération à l'autre. Et on fait beaucoup d'arrangements aussi parce qu'on a envie de créer ensemble.
Q    Vous projetez une image assez conviviale. Rares sont les quatuors à cordes qui laissent pénétrer les caméras dans le studio de répétition...
   On veut lutter un petit peu contre la tour d'ivoire des musiciens classiques. Nous avons un immense amour et un profond respect pour cette musique, mais dans l'époque à laquelle on vit, on a peur qu'elle devienne une sorte de privilège réservé aux élites. Alors qu'il n'y a pas de raison. C'est juste une musique qui demande du silence, un grand amour et une grande qualité d'écoute.
Q    À Québec, votre programme comprend trois quatuors tirés du répertoire classique. Vous ouvrez le concert avec le mi bémol majeur, K. 428 de Mozart. Pouvez-vous nous en parler?
R    Il s'agit d'une des oeuvres que Mozart a trouvées le plus difficile à écrire. Il a dû y mettre du temps. Il en sort quelque chose d'assez extraordinaire. C'est un moment où il se met à nu. Ce quatuor est aussi moins éclatant et un peu plus philosophique que certains autres, mais il a quelque chose de pétillant.
Q    Vous avez choisi d'enchaîner avec le 3e de Bartók...
   Ce choix repose sur le contraste. Après le quatuor Mozart, qui est très soyeux et assez profond, il y a la rugosité de celui de Bartók, l'un des plus intenses sur le plan rythmique. C'est une oeuvre qui, entre deux parenthèses ludiques, mène l'auditeur vers une sorte d'élévation spirituelle.
Q    Et vous concluez avec le fa mineur de Mendelssohn...
R    Une oeuvre très forte et très éclatante qu'on a enregistrée il y a un peu plus d'un an, mais qui nous fait encore peur parce qu'elle est physiquement exigeante. À chaque fois qu'on la joue, on retrouve une émotion comparable à un Beethoven qui céderait à l'expression populaire. C'est comme un cri du coeur. Pour finir un concert, c'est bien, parce qu'on ne peut rien jouer après ça.
Vous voulez y aller?
Quoi : Club musical de Québec
Qui : le quatuor à cordes Ébène
Où : salle Louis-Fréchette
Quand : lundi à 20h
Billets : à partir de 42 $ (30 ans et moins : 21 $)
Tél. : 418 643-8131