Le projet VUE (véhicule urbain électrique) : des étudiants en génie de l'Université de Sherbrooke ont converti une Smart Fortwo en véhicule électrique muni d'applications pour la conduite autonome.

Du génie à profusion

À ceux qui pensent que la profession d'ingénieur se limite à deux ou trois spécialisations, détrompez-vous! Si les génies civil, physique ou mécanique demeurent les plus connus, le futur ingénieur a l'embarras du choix parmi les multiples programmes de baccalauréat, allant du génie agroenvironnemental au génie biotechnologique, en passant par les génies logiciel ou forestier.
<p>L'Épervier, un avion monoplace acrobatique composé entièrement de matériaux composites, a été conçu par des étudiants en génie de l'Université de Sherbrooke.</p>
«On a connu énormément de diversification», souligne Patrik Doucet, doyen de la Faculté de génie de l'Université de Sherbrooke, qui regroupe de 1500 à 1800 étudiants au premier cycle. Par exemple, en 2003, la faculté a créé un nouveau programme en génie biotechnologique, qui vise notamment à développer «des produits qui font appel aux organismes vivants pour les domaines médical, alimentaire, cosmétique ou des biocarburants, entre autres. Un bon exemple est le vaccin qui a été développé pour la grippe H1N1», explique M. Doucet.
À Polytechnique Montréal, les dernières nouveautés sont apparues en 2008. Il s'agit de baccalauréats en génie aérospatial et génie biomédical. «En génie, on est très branché sur les besoins de la société. Nous sommes constamment en mouvance par rapport à la technologie et aux besoins», mentionne Yves Boudreault, directeur des études de premier cycle à Polytechnique Montréal. M. Boudreault donne aussi en exemple la mobilité et la sécurité informatiques, qui prennent une place de plus en plus importante dans notre quotidien. D'où l'intérêt grandissant pour les programmes de génies informatique et logiciel, justement.
L'engouement pour la formation en génie civil ne se dément pas, indique le directeur à Polytechnique Montréal. Avec un millier d'étudiants en génie civil au premier cycle, ce programme a «le vent dans les voiles», signale M. Boudreault.
Le son de cloche est le même à l'Université Laval, où «le génie civil demeure très populaire», selon le doyen de la Faculté de sciences et de génie, André Darveau. Les étudiants sont toujours intéressés, car ils «voient les problèmes actuels liés aux infrastructures», ajoute-t-il.
Le programme de génie industriel est le plus récent des 12 baccalauréats en génie offerts à la Faculté de sciences et de génie de l'Université Laval. Cette dernière souligne d'ailleurs être la seule à offrir un baccalauréat en génie des eaux au Québec. D'autres programmes tels que génie du bois ou génie alimentaire sont offerts par d'autres facultés, soit celle de foresterie, de géographie et de géomatique, et celle des sciences de l'agriculture et de l'alimentation.
Taux de placement
À l'Université de Sherbrooke, qui offre un régime coopératif implanté dès 1967, l'expérience passe par la pratique. Les futurs ingénieurs alternent entre des sessions de cours théoriques et de stages pratiques, et doivent effectuer cinq stages en tout. «Au terme de leur dernier stage, le taux de placement de nos étudiants avoisine les 100 %», affirme le doyen Patrik Doucet.
Pour trois des six programmes de génie, les étudiants doivent aussi réaliser un projet de fin d'études qui consiste en l'élaboration d'un prototype fonctionnel. M. Doucet donne en exemple la création en 2008 de l'Épervier, un avion acrobatique fait entièrement de matériaux composites et qui a été homologué par Transports Canada. «Les étudiants passent d'un an à deux ans et demi sur leur projet. Ils ont un client réel.»
À Polytechnique Montréal, les programmes de baccalauréat incluent un stage obligatoire de quatre mois. Les étudiants peuvent toutefois faire jusqu'à quatre stages reconnus au cours de leur formation. «À partir de leur deuxième année, les étudiants peuvent alterner entre une session de cours et un stage», soulève Yves Boudreault. Le directeur des études de premier cycle note également une plus grande «internationalisation» de la formation, puisque de plus en plus de futurs ingénieurs manifestent le désir d'effectuer une session à l'étranger. Ils vont alors chercher une formation équivalente, ou encore complémentaire.
L'Université Laval, de son côté, n'oblige pas ses étudiants à faire des stages, mais les encourage en ce sens. La formule de stages Sigma+ permet aux étudiants d'alterner travail et études et d'effectuer le nombre de stages qu'ils souhaitent.
Note : D'autres institutions scolaires, autres que les trois citées dans cet article, offrent également des formations en génie reconnues au Québec.
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Obtenir le titre d'ingénieur
Pour obtenir le titre d'ingénieur, le diplômé d'un baccalauréat en génie doit par la suite obtenir un permis d'ingénieur et être inscrit au tableau de l'Ordre des ingénieurs du Québec. Afin d'y parvenir, l'aspirant doit d'abord s'assurer que son diplôme est reconnu, puis s'inscrire au tableau de l'Ordre à titre d'ingénieur junior. Il devra par la suite, sous la direction et la surveillance immédiates d'un ingénieur, acquérir une expérience pertinente totalisant au moins 36 mois. L'Ordre impose aussi la réussite d'un examen professionnel comme condition de délivrance du permis. L'ingénieur junior peut, s'il le souhaite, bénéficier d'un programme de parrainage pour faciliter son intégration dans la profession.
Lorsque toutes les conditions sont remplies, dont celle relative à la connaissance de la langue française, l'Ordre délivre à l'ingénieur junior un permis d'ingénieur et l'inscrit au tableau à ce titre. Il l'informe également des modalités pour obtenir le sceau d'ingénieur.
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Peu de vagues sur les campus
Les répercussions de la commission Charbonneau ne semblent pas avoir eu un impact négatif sur le nombre d'inscriptions dans les programmes de génie jusqu'à présent. Toutefois, les responsables à qui Le Soleil a parlé ont tous indiqué que des discussions ont eu lieu avec les étudiants, qui sont plus sensibilisés aux questions d'éthique.
«Les étudiants sont bien lucides qu'une poignée d'individus a plombé la profession. L'éthique et la déontologie sont très présentes [dans l'enseignement], mais il y a eu plus de discussions avec les étudiants dans ce contexte [celui de la commission Charbonneau]», indique le doyen de la Faculté de génie de l'Université de Sherbrooke, Patrik Doucet.
«Nous n'avons pas senti de baisse [des inscriptions]. Pour cette session [hiver 2014], nous avons même connu une hausse par rapport à l'année d'avant», révèle pour sa part le directeur des études de premier cycle à Polytechnique Montréal, Yves Boudreault. «Nous avons fait un événement avec des représentants en génie-conseil et une personne en éthique [...] On a toujours eu une formation en éthique, mais on sent qu'il y a davantage de conscientisation», ajoute M. Boudreault.
Le doyen de la Faculté des sciences et de génie de l'Université Laval, André Darveau, dit aussi ne «pas encore» avoir constaté d'impact négatif de la commission Charbonneau sur les inscriptions dans les programmes de génie. «C'est quelque chose qui est discuté en classe, et nous offrons un cours sur l'éthique et le professionnalisme», souligne M. Darveau, précisant qu'il ne s'agit pas d'une nouveauté.
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Faible présence féminine
Si certains programmes de génie attirent plus les filles que d'autres, force est de constater que la présence féminine y demeure relativement faible. À l'Université Laval, la Faculté des sciences et de génie compte environ 25 % de filles, indique le doyen André Darveau.
«C'est difficile d'aller les chercher», admet-il, soulignant toutefois que le programme de génie des eaux compte «près de 50 % de filles».
Du côté de Polytechnique Montréal, la proportion des filles dans les programmes de génie est «autour de 20 % en général», indique Yves Boudreault.
«En génie biomédical, on a déjà eu une cohorte avec 75 % de filles. Les génies chimique, puis civil et industriel attirent également bon nombre de filles, mais elles sont peu nombreuses dans les génies électrique, informatique, logiciel, mécanique, physique et aérospatial.»
Le constat est semblable à l'Université de Sherbrooke, où les programmes de génie biotechnologique et chimique sont les plus populaires auprès de la gent féminine - avec 35 % à 40 % de filles, selon le doyen Patrik Doucet -, tandis que le génie informatique attire «très peu» de filles.
«Par rapport à l'informatique, les filles ont l'image des gamers, des gars qui développent des jeux vidéo. Mais il y a aussi la robotique, qui permet de développer des machines pour simplifier la vie des êtres humains», un aspect qui devrait les intéresser davantage, croit M. Doucet.