Ce que la Dre Mirabelle Kelly, microbiolo-giste infectiologue à l'hôpital de Granby, aime principalement dans sa spécialité, c'est pousser l'analyse des dossiers.

Dre Mirabelle Kelly, microbiologiste et infectiologue à Granby: une contagieuse fièvre pour la médecine

Il y a de ces gens qui, sans artifices, communiquent instantanément leur passion pour leur profession. C'est le cas de la Dre Mirabelle Kelly. Dès sa prime jeunesse, elle se voyait porter le sarrau blanc et le stéthoscope. C'est finalement le microscope qui a retenu son attention.
Déjà à cinq ans, Mirabelle Kelly avait la fibre d'une future médecin : toujours sur le qui-vive, prête à soigner ses proches. « Je veux réparer ton trou dans ta fesse », se remémore-t-elle, sourire en coin, avoir écrit à sa tante sur un bout de papier à l'époque. Cet intérêt pour la médecine n'a jamais cessé de s'enraciner par la suite.
Après le récit d'une telle anecdote, on pourrait croire que la spécialiste allait se diriger vers la chirurgie. Or, c'est la curiosité de la jeune fille originaire de Québec pour l'activité cérébrale et le comportement humain qui a jalonné son parcours vers ses études en médecine, à l'Université de Sherbrooke. « Mes parents avaient un foyer d'accueil. Ils ont gardé jusqu'à 20 handicapés avec des problèmes de santé mentale à la maison, raconte-t-elle. Je voulais comprendre ce qui se passait dans leur tête. Leur façon de penser, d'agir. Puis un ami de la famille était psychiatre. Ça m'allumait. C'était clair que je voulais aller dans cette branche. »
Son premier stage dans ce créneau l'a néanmoins désillusionnée. « Dès que j'ai touché à la psychiatrie, j'ai compris que ce n'était pas pour moi. À l'hôpital, on voyait la personne dans une fenêtre très précise, sans le contexte social. Contrairement à ce que j'avais constaté chez nous, où je voyais les personnes interagir avec les autres. En psychiatrie, souvent on fait une évaluation dans un bureau. Je trouvais ça limité, avec beaucoup d'empirisme. C'est aussi très difficile émotivement. »
Toutefois, il a suffi d'une journée de stage en externat avec un microbiologiste pour allumer la flamme de Mirabelle Kelly pour cette discipline. « L'homme était super passionné par ce qu'il faisait. C'était vraiment un très bon pédagogue, indique-t-elle. Pour moi, ça a été le déclic. »
Enquête
Ce que la Dre Kelly aime principalement dans sa spécialité, c'est pousser l'analyse des dossiers, trouver la faille qui fait qu'une personne développe certaines pathologies. « Souvent, quand les gens nous sont transférés, c'est que leur cas est complexe. J'aime relever des défis au quotidien et je suis bien servie dans mon travail. Parfois, il ne faut pas hésiter à sortir du cadre, illustre-t-elle. Ça arrive souvent que j'appelle les familles [des patients] pour savoir ce qui s'est passé au départ. Je regarde les notes d'ambulanciers. Ce que les gens ont mangé ? Dans quel domaine ils travaillent ? À quoi ils ont été exposés ? De l'enquête en quelque sorte. Chaque personne guérie est une petite victoire. »
Un des autres attraits de la microbiologie-infectiologie est de faire l'aller-retour entre le laboratoire et le cabinet de consultation, idéalement dans une proportion quasi équivalente. « J'ai une pratique variée et j'ai la chance de voir des gens de toutes les tranches d'âges. Je ne suis pas seulement confinée à un bureau. Et chaque action que je pose a des retombées concrètes dans la vie des patients. »
Évolution
En 14 ans de pratique, la spécialiste affirme avoir vu s'opérer des changements majeurs dans le diagnostic de certains problèmes de santé, notamment en raison de nombreuses mutations de bactéries. « Contrairement au début de ma carrière, je constate que des bactéries deviennent de plus en plus résistantes, mentionne celle qui a terminé ses études spécialisées en microbiologie et infectiologie en 2003 à Sherbrooke. C'est vraiment en évolution avec la mondialisation, les patients qui voyagent et la surutilisation d'antibiotiques. »
Même les changements climatiques ont une influence sur la pratique de la spécialiste. « On voit maintenant au Québec des tiques que l'on n'apercevait qu'aux États-Unis. Le réchauffement de la planète fait notamment en sorte qu'elles migrent davantage vers chez nous. Ça engendre toutes sortes de problèmes et il faut en tenir compte dans l'équation en médecine. »
Et à part la médecine?
Question de faire une coupure avec le milieu effervescent dans lequel oeuvre la Dre Kelly, elle et son conjoint ont décidé de s'installer à la campagne. Plus précisément à Dunham. «On a une ferme avec des chevaux, des poules, des lamas. Mon conjoint a aussi une cabane à sucre. Ça fait du bien d'être en pleine nature. Ça me permet de déconnecter», confie-t-elle.
La flore et la faune font aussi partie de ses passe-temps. En fait, la spécialiste a développé une passion pour le dessin technique de plantes. Cela consiste à reproduire fidèlement ce qui se trouve devant elle, sous tous les angles. «J'ai toujours eu un côté artiste que j'ai continué d'alimenter quand le temps me le permet. Je suis vraiment à l'affût de la façon dont la nature se développe autour de moi», dit-elle. 
Mirabelle Kelly a aussi un faible pour la musique. Particulièrement le piano, un instrument qu'elle a apprivoisé lors de son passage au conservatoire durant ses études collégiales. Pour la mère de deux garçons, parcourir à vélo les contrées viticoles et prendre le pouls de la nature luxuriante qui l'entoure est un pur bonheur. «J'ai toujours voyagé à vélo pour aller au travail. Malheureusement, l'hôpital est trop loin de chez moi maintenant. N'empêche que j'aime toujours autant le cyclotourisme. Je trouve que c'est une des plus belles façons de découvrir une région, tout en faisant de l'activité physique.»