Yan Chenel a été locataire de Martin Godin de 2008 à 2012, au 103, rue de la Grande-Ligne, à Saint-Isidore.

Drame de Saint-Isidore: un sombre portrait du suspect

Le principal suspect derrière le drame familial de Saint-Isidore de Beauce, Martin Godin, n'était pas le bon père de famille que certains proches ont décrit dans les médias, affirme un ancien voisin, Yan Chenel.
<p>Plusieurs messages de sympathie et autres marques d'affection couvrent entièrement le casier de Medora Godin, à l'école secondaire privée l'Eau-Vive, de Neufchâtel. </p>
Ce dernier et les membres de sa famille ont été les locataires de Martin Godin dans sa maison de Saint-Isidore entre 2008 et septembre 2012. M. Chenel a accepté avec réticence de se confier au Soleil, car il ne voulait pas nuire à l'enquête de police et ne pas brusquer les proches de Martin Godin et de Nancy Samson. Mais il a choisi de le faire, afin que les citoyens aient un portrait qu'il juge plus fidèle à la réalité.
M. Chenel se souvient de Martin Godin comme d'un homme très croyant qui était aux prises avec un problème de santé mentale. Il prenait des médicaments pour traiter sa maladie, selon M. Chenel qui ajoute que son voisin pouvait aussi consommer de la marijuana.
«Écoutez, les fins de semaine au cours desquelles Nancy travaillait, Medora et Béatrice pouvaient passer le plus clair de leur temps chez nous», a raconté M. Chenel, toujours sous le choc des derniers développements de la fin de semaine.
«On pouvait les faire déjeuner, dîner et souper, a-t-il ajouté. Elles jouaient avec nos enfants; il y avait une ambiance de famille chez nous. Lui, il se levait régulièrement à trois ou quatre heures de l'après-midi. Il vivait la nuit et dormait parfois toute la journée.»
Violence verbale
M. Chenel ajoute qu'il a déjà été témoin de scènes de violence verbale au cours desquelles Godin engueulait sa conjointe Nancy Samson, qui a aussi perdu la vie dans ce drame. Il précise cependant qu'il n'a jamais vu l'homme de 54 ans frapper Mme Samson ou ses deux filles.
Il se rappelle aussi des nombreuses fois où il a vu Godin battre les chiens de son chenil «à coups de pelle ronde et à coups de poing».
«Une de ces fois-là, mon fils l'a vu donner des coups à un chien. Il a fallu que je ramasse mon gars pour qu'il cesse d'être le témoin de ça. Ça l'a traumatisé un bon bout de temps.»
Une journée de juillet 2012, M. Chenel a pris la décision de déménager sa famille quand il aurait vu Godin formuler de nombreuses menaces téléphoniques à sa conjointe Nancy Samson. En furie, il tournait en rond sur sa propriété alors qu'il la couvrait de commentaires peu élogieux. Le différend aurait reposé sur un simple bracelet du Festival d'été de Québec et sur le fait que Mme Samson avait les médicaments de son conjoint dans sa voiture.
«Il raccrochait et il la rappelait tout de suite pour lui crier des bêtises. Il l'avait carrément menacée de vouloir mettre le feu à leur maison! Les petites étaient cachées chez nous avec quelques-unes de leurs amies et elles étaient terrorisées! Moi, je me tenais devant la porte avec une pelle. S'il essayait d'entrer, je lui cassais les deux jambes!»
«Ce soir-là, j'étais tellement à l'envers de ce que j'avais vu que j'ai décidé de coucher ailleurs avec ma famille.»
«Deux anges»
Quelques mois plus tard, M. Chenel quittait sa résidence de Saint-Isidore pour aller s'installer dans une autre maison sur la Rive-Sud. Malgré tous les excès de Godin, M. Chenel pense que Medora et Béatrice, «deux belles filles très intelligentes», aimaient tout de même leur père.
«C'étaient deux anges et elles avaient une belle joie de vivre. On est tellement affectés de ce qui leur est arrivé.» Mme Samson, croit M. Chenel, sous-estimait le danger que pouvait représenter son conjoint.
«Quand on lui parlait de ça, elle disait que ça allait s'arranger, qu'il fallait pas s'en faire. Quand elle est venue nous voir avec les deux petites il y a deux mois, Nancy nous avait alors dit que le comportement de Martin n'avait pas changé; que c'était du pareil au même.»