La résidence de Martin Godin, à Saint-Isidore, où les corps de Béatrice et Médora Godin ont été retrouvés, tout comme celui de leur père.

Drame de Saint-Isidore: mandat complexe pour le coroner

Est-ce que la folie meurtrière de Martin Godin aurait pu être freinée avant qu'il mette son terrible plan à exécution? Telle est la délicate question à laquelle le coroner Luc Malouin devra tenter de répondre, à la suite du décès du principal suspect dans cette sordide affaire.
<p>Le coroner Malouin reconnaît que le dossier du drame familial de Saint-Isidore est très complexe, surtout que le suspect, Martin Godin, est décédé avant d'avoir pu être rencontré par les enquêteurs.</p>
En entrevue avec Le Soleil, le coroner a reconnu qu'il s'attaque à un dossier d'investigation fort complexe. Au début février, Godin aurait assassiné son ex-conjointe, Nancy Samson, et le nouvel ami de coeur de celle-ci, Benoit Daigle, dans un chalet de Sainte-Croix, pour ensuite abattre ses deux filles de 11 et 13 ans, Béatrice et Medora, au domicile familial de Saint-Isidore. L'homme de 54 ans a ensuite retourné l'arme contre lui, mais il a survécu à sa tentative de suicide. Il a rendu l'âme dimanche à l'Hôpital de l'Enfant-Jésus, sans jamais être rencontré par les enquêteurs de la Sûreté du Québec (SQ).
«Est-ce qu'on peut détecter la folie meurtrière, à ce stade-ci, je ne le sais pas, affirme M. Malouin, lors d'un court entretien téléphonique. Mon mandat dans ce type d'histoire est clair. Est-ce qu'on aurait pu détecter ce drame avant qu'il se produise, et en tant que société, est-ce qu'on peut poser des gestes afin de les prévenir?»
«Pour le moment, je n'ai pas eu connaissance de tous les faits de la cause, alors je ne peux pas me prononcer sur ce sujet pour l'instant.»
D'entrée de jeu, les différents témoignages recueillis dans les médias ont permis de savoir que Godin ne faisait pas usage de violence physique envers Nancy Samson ou ses enfants. Un ancien voisin, Yan Chenel, a par contre déclaré avoir vu Godin battre certains chiens de son chenil et même faire preuve de violence verbale auprès de Mme Samson, alors qu'ils formaient toujours un couple.
Le coroner aura donc comme mission de refaire le fil précis des événements. Il pourrait aussi se pencher sur des aspects connexes aux drames familiaux, comme l'aide qui est offerte aux hommes en crise. Certains organismes qui viennent en aide à cette clientèle dénoncent le peu de ressources offertes aux hommes en détresse ou en difficulté, comparativement à ce dont les femmes peuvent bénéficier.
M. Malouin pourrait aussi s'inspirer d'autres drames familiaux survenus au Québec, s'ils présentent des similitudes à la tragédie de Saint-Isidore susceptibles de faire progresser son enquête.
L'aspect de la maladie mentale pourrait aussi être touché par le coroner, si ce dernier le juge pertinent, car Martin Godin en souffrait. Était-il médicamenté pour sa condition au moment du carnage ou était-il bien entouré pour faire face à ce défi quotidien? Le coroner consultera bien sûr le dossier médical de Martin Godin.
«C'est évident qu'il y aura beaucoup d'éléments à analyser», ajoute M. Malouin.
Dès qu'il aura en main le rapport d'enquête produit par la SQ, M. Malouin affirme qu'il devrait avoir besoin de deux ou trois mois pour achever son propre rapport. Par contre, la porte-parole de la SQ, Ann Mathieu, n'était pas en mesure de dire quand le fruit du travail des enquêteurs serait soumis au coroner.
Le plus rapidement possible
«Je veux écrire le rapport le plus rapidement possible, par respect pour les familles impliquées», explique M. Malouin.
Au cours de sa carrière, le coroner Malouin a rédigé plusieurs rapports qui ont défrayé la manchette, dont ceux portant sur le décès de la jeune Rébecca Lévesque dans les installations du Centre jeunesse Chaudière-Appalaches, sur la tragédie des Éboulements, ainsi que sur la mort de Gabriel Lessard, cet homme atteint d'un cancer de la prostate qui était suivi par le Dr Fernand Labrie.