La jeune Béatrice Godin avait passé une belle journée entourée de deux de ses amies avant que le drame ne se produise.

Drame à Saint-Isidore: les dernières heures de Béatrice

«La dernière image que j'ai de Béatrice, quand je suis allé la porter chez elle, c'est celle d'une fille très heureuse», raconte Patrick Pouliot. Lui et sa fille Élisabeth sont probablement les dernières personnes à avoir vu Béatrice Godin avant qu'elle ne soit assassinée samedi soir dernier à Saint-Isidore, possiblement par son propre père. Depuis, il se dit : «Et si...»
Samedi, la famille Pouliot a passé une bonne partie de la journée à Jonquière, pour encourager le plus grand au hockey. Mais Élisabeth, 12 ans, une amie de Béatrice Godin «depuis la garderie», est restée à la maison, à Saint-Isidore. Elle avait invité une amie. 
Au début, les deux copines ne devaient pas inviter Béatrice puisque son père Martin Godin avait dit qu'il voulait «peut-être passer la journée en famille», se souvient M. Pouliot.
Mais les deux ados n'en ont fait qu'à leur tête. Elles ont sorti la motoneige. «Elles ont décidé de couper à travers les champs pour aller chercher Béatrice» chez elle, précisant au paternel qu'elles ont été très prudentes. M. Godin n'en a pas fait de cas, au contraire. Quand Élisabeth et son amie sont arrivées, il les a «serrées dans les bras et tout».
Bref, les trois ados ont remonté sur la motoneige pour rappliquer chez les Pouliot. Quand le reste de la famille est revenue, vers 18h, «le gros fun était là, y'avait pas de problème». M. Pouliot et M. Godin se sont parlé au téléphone. «Ma fille est encore chez vous?»
Les deux pères ont jasé un peu, de tout et de rien. «Dans sa voix, il n'y avait rien qui laissait présager qu'il pouvait se rendre jusque-là», insiste M. Pouliot en référence au drame qui allait se jouer plus tard. Rien d'anormal, donc.
Élisabeth a ensuite demandé à M. Godin si son amie Béatrice pouvait rester à souper. «Il savait qu'elle était entre bonnes mains», alors il a accepté. Elle ne devait pas revenir trop tard puisque les Godin devaient aller à l'église le lendemain matin.
La journée entre amies s'est donc terminée vers 20h, après le souper. M. Pouliot a fait monter les trois ados dans son camion pour aller les reconduire chacune chez elle. 
«C'était les grosses accolades sur les sièges arrière. "Oui, on va se voir vendredi après l'école, on s'appelle", disaient les filles. Il n'y a pas eu de lendemain» pour Béatrice.
On ignore encore à quelle heure précisément s'est produit le drame, mais il était environ 20h15 lorsque M. Pouliot a déposé Béatrice chez elle. Le corps de sa mère, Nancy Samson, et du nouveau conjoint de cette dernière, Benoît Daigle, ont été trouvés une demi-heure plus tard dans un chalet de Sainte-Croix. Les policiers ont trouvé Martin, Medora et Béatrice Godin vers 0h30 dans la résidence familiale de Saint-Isidore.
L'heure des regrets
Bien malgré lui, Patrick Pouliot «laissait le petit chaperon rouge directement dans la gueule du loup», a-t-il écrit sur Facebook, comme pour se vider le coeur. «Si seulement il y aurait eu un signe quelconque, tu ne serais jamais débarquée de mon camion.»
Évidemment, il n'a rien à se reprocher. Mais il ne peut empêcher une certaine forme de «regret». «Les filles auraient pu écouter un film chez nous, on ne sait pas. Ma conjointe a dit qu'avoir su, on l'aurait gardée à coucher.»
Martin Godin n'est pour l'instant qu'un suspect et aucune accusation ne pèse contre lui. Il repose à l'hôpital dans un état grave mais stable.
Les victimes honorées
Les funérailles des quatre victimes du drame de Saint-Isidore et de Sainte-Croix seront célébrées demain et mercredi. Un dernier hommage sera rendu mercredi à Nancy Samson et à ses deux filles, Médora et Béatrice Godin, à la chapelle du complexe Claude Marcoux, à Saint-Romuald. «On ne doit garder du passé que les plus doux souvenirs»; c'est le message qui coiffe leur avis de décès. Les funérailles de Benoît Daigle, dont le corps sans vie a été retrouvé avec celui de Nancy Samson, dans un chalet à Sainte-Croix de Lotbinière, se tiendront demain matin à Québec.  Olivier Parent