Le Dr Robert Delage demeure toujours fasciné et passionné par son travail de spécialiste en hémato-oncologie.

Dr Robert Delage, hémato-oncologue : la passion grandit avec l'usage

«L'hématologie fait partie des disciplines où la science évolue le plus rapidement depuis des années», affirme le Dr Robert Delage. Hémato-oncologue à l'Hôpital de l'Enfant-Jésus de Québec, il traite principalement des cas de leucémie. Il pratique la greffe de moelle tout en enseignant à l'Université Laval.
Contrairement à certaines disciplines de recherche où il est plus difficile d'avoir des organes pour les examens, le sang est facile à obtenir. «Il suffit d'allonger le bras et de prendre un peu de liquide. La matière est là en abondance», lance le Dr Delage. Les recherches de traitement ont été très profitables pour allonger l'espérance de vie des patients.
Dans le cas de la leucémie myéloïde chronique, le taux de succès des traitements était de 20 à 25 % en 1999, donnant une espérance de vie additionnelle de cinq ans. Maintenant avec les greffes de moelle et avec les médicaments le taux de survie est de 70 % avec une espérance de vie normale.
«Les médicaments sont de plus en plus perfectionnés et les traitements sont individualisés. Cependant, si la science fait des pas de géants et des découvertes phénoménales pour les traitements, les coûts explosent au point qu'on se demande si la société a les moyens de se les payer», ose le Dr Delage.
Il donne l'exemple d'un médicament autrefois efficace qui coûtait 400 $ par patient par année alors que de nouveaux produits reconnus amènent une facture de 131 000 $ par patient par année pour la durée de la vie de la personne. Mais ils sont très efficaces.
Il admet que la recherche coûte cher, que soutenir le développement de la science ne se fait pas sans argent, mais la société en a-t-elle les moyens? s'interroge-t-il. En décembre 2015, lors d'un congrès de la société américaine d'hématologie, le Texas présentait une étude économique démontrant que le prix des nouveaux traitements imposait des dépenses additionnelles de 1,5 milliard $US à l'État uniquement en hématologie. «Les représentants des sociétés médicales ont affirmé que le Texas ne pourrait pas se payer cela et qu'il fallait que les prix baissent», se rappelle-t-il.
Parmi les autres avantages de l'évolution technologique, le docteur Delage note la transmission et la diffusion rapide des connaissances. Il y a des ressources informatiques pour que tous soient au fait des dernières techniques, des nouvelles méthodes, des découvertes récentes. De plus, les spécialistes sont facilement joignables en quelques clics de souris. «En 20 minutes, je peux avoir une réponse, expose-t-il. La rapidité de l'accès à l'information pertinente est incroyable.»
Toutes les avancées technologiques permettent maintenant de traiter, voire de guérir des maladies rares, avec des traitements personnalisés à cause de la caractérisation moléculaire et chromosomique. Il y a même des moyens de stimuler le système immunitaire et dans d'autres cas de ralentir en utilisant une molécule pour freiner le développement d'un cancer. Tout cela a été possible à cause des recherches sur la maladie de Burton, celle des enfants vivant dans une bulle, car leur système immunitaire est bloqué.
Le choix
À l'âge de 8 ans, Robert Delage voulait être médecin. Il avait la passion, la détermination et la fascination pour la carrière.
Toutefois, il est arrivé plus tard à l'hématologie, car il a commencé comme microbiologiste et se dirigeait vers l'infectiologie. Sauf qu'il lui manquait le contact avec les patients. Mais lorsqu'il a fait un changement de cap, pendant les cours de tronc commun en médecine, il a été fasciné autant par le côté scientifique que par la relation à long terme avec les patients.
Et, visiblement, la passion a grandi avec l'usage.
Lorsqu'il parle de ses jeunes patients, il note que le médecin doit tenir compte non seulement de l'enfant malade, mais aussi de la famille. 
Plusieurs fois dans sa carrière, il a été confronté à la mort de patients. «Ce sont des moments touchants», avoue-t-il. «Heureusement, les recherches cliniques et pharmaceutiques ont permis de sauver davantage de patients au fil des ans. 
Dans bien des cas, ces années-ci, des cancers et des leucémies peuvent être traités avec une grande efficacité de sorte qu'il ne parle pas de rémission, mais de guérison.