Le Dr David Fortin, neurochirurgien et neuro-oncologue au CHUS, a implanté un procédé révolutionnaire permettant de tripler l'espérance de vie de certains patients atteints d'une tumeur cérébrale.

Dr David Fortin, neurochirurgien et neuro-oncologue à Sherbrooke: espoir de curabilité

Jusqu'à maintenant, les tumeurs cérébrales demeurent incurables. Un jour ou l'autre, la maladie finit par l'emporter sur la personne qui en souffre. Mais depuis que le neurochirurgien et neuro-oncologue David Fortin a perfectionné et implanté, au début des années 2000, un procédé révolutionnaire permettant l'ouverture transitoire de la barrière hématoencéphalique au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS), certains individus atteints d'un cancer du cerveau voient leur espérance de vie tripler. Et le Dr Fortin a bon espoir de voir le jour où cette technologie pourrait même permettre la guérison d'un certain pourcentage de patients.
«Les vaisseaux sanguins au niveau du cerveau ne sont pas comme les vaisseaux sanguins dans le reste du corps, explique le Dr Fortin. Dans le reste du corps, il y a des trous entre les cellules qui forment la paroi des vaisseaux sanguins : on appelle ça des fenestrations, et les médicaments peuvent circuler par ces trous-là. Mais ces trous-là n'existent pas dans le cerveau. Les cellules sont attachées serrées les unes aux autres : c'est ce qu'on appelle la barrière hématoencéphalique, et on a besoin de ce mécanisme-là pour que le cerveau puisse fonctionner adéquatement.»
Or, cette barrière devient un obstacle lors des traitements de chimiothérapie, puisqu'elle empêche les médicaments d'atteindre le cerveau, ce qui les rend inefficaces contre les tumeurs cérébrales.
«Alors nous, ce qu'on fait ici - et l'essentiel du travail de recherche que je fais -, c'est d'essayer de contourner cette barrière-là, dit le neurochirurgien et neuro-oncologue. On veut prendre des médicaments de chimiothérapie qui ne traversent pas la barrière, et s'organiser pour qu'ils la traversent.»
Que ce soit grâce à l'amélioration de ce procédé ou au développement d'un autre, le Dr Fortin croit fermement qu'il verra l'incurabilité des cancers du cerveau devenir chose du passé au cours de sa vie.
«Si je regarde juste mes 16 années de pratique, il y a déjà eu pas mal d'avancées, constate-t-il. La médiane de survie a augmenté de manière assez importante, et je pense qu'on a plusieurs pistes de solution. Le problème, c'est qu'on manque d'argent pour la recherche. On a vécu des années pas mal plus agréables de ce côté-là. Si on pouvait potentialiser toutes les idées qu'on a, ça irait beaucoup plus vite. Mais c'est certain qu'il y a de la lumière au bout du tunnel.»
«Vous n'êtes pas des statistiques»
Ce qui différencie les tumeurs cérébrales des autres types de cancer, c'est non seulement la faible possibilité d'en guérir, mais aussi leur caractère particulièrement dévastateur.
«C'est un cancer qui produit pas mal d'atteintes fonctionnelles, que d'autres cancers n'ont pas, indique le Dr David Fortin. Par exemple, avec un cancer du poumon, tu vas avoir des problèmes de respiration, tu vas cracher du sang, c'est une chose. Mais un cancer dans ta tête, ça peut compromettre ta personnalité, tes émotions, ta vision. Bref, le cancer cérébral, d'entrée de jeu, attaque vraiment ton intégrité, autant psychologique que physique.»
Bien que l'annonce de tout cancer soit loin d'être réjouissante, on s'en doute, celle d'un cancer du cerveau est donc spécialement pénible.
«J'ai développé un genre de routine, mentionne le Sherbrookois. Le premier message que je veux livrer au patient, c'est que ça vaut la peine de se battre, parce qu'on a beau regarder des statistiques sur Internet, mais les statistiques ne sont que des statistiques. Un patient précis, on ne sait pas, sur la courbe statistique, où il va être. Moi, j'ai commencé à traiter des cancers cérébraux en 2000 ici, et les patients que j'ai commencé à traiter il y a 16 ans qui sont sans signe de progression tumorale, j'en ai. Donc, ce que je dis à mes patients, c'est : "Si vous allez voir des statistiques sur Internet, c'est très décourageant; mais vous n'êtes pas des statistiques, vous êtes un individu."
«Ça se peut que ça n'aille pas bien, et ça fait partie de notre job de le leur dire, mais on orchestre vraiment la première rencontre sur une note positive, parce que si on décapite l'espoir tout de suite en partant, ça ne donne rien, ça ne rime à rien. Et il y en a, de l'espoir.»
Et à part la médecine?
À l'extérieur du travail, vous avez le temps d'avoir des passions, Dr Fortin? «Ah, bien sûr, il faut!» de répondre aussitôt celui-ci.
«Je suis un maniaque de musique, de cinéma - surtout de science-fiction -, de jeux vidéo, et j'adore faire de la moto!» énumère-t-il.
Maniaque, le mot est juste : le Dr David Fortin écoute de la musique constamment, même en opérant! 
«Peu importe ce que je fais, il me faut de la musique. J'écoute de tout : du heavy rock au classique, en passant par les trames sonores de films et l'alternatif. La musique avec des paroles, si j'ai un travail très intense à faire, ça me va moins. S'il faut vraiment que je me concentre, je vais plutôt écouter de l'instrumental.
«Pour ce qui est des jeux vidéo, je joue surtout à des jeux de stratégie, dit-il. Je suis capable de partir là-dedans un vendredi soir et jouer trois ou quatre heures d'affilée sans m'en rendre compte. Je suis un fan fini de ça depuis que j'ai 12 ans.»