C'est par un samedi soir très froid que les concurrents ont descendu la piste qui aboutissait à l'Îlot Fleurie.

Doublé canadien au big air

Il ne restait qu'un seul planchiste à s'élancer pour empêcher le favori de la foule, Maxence Parrot, de remporter le big air de la Coupe du Monde de Québec pour une deuxième année consécutive, samedi soir. Dans un cas ou dans l'autre, l'hymne national canadien résonnerait pour le vainqueur quelques minutes plus tard, au parc de l'Îlot Fleurie.
Regardant du bas de la pente en attente de son sort, Parrot, 22 ans, n'était pas en territoire inconnu. Au sommet de la rampe surplombant la basse-ville de Québec, son compatriote, ami et rival Mark McMorris, coqueluche mondiale de la planche à neige, s'apprêtait à s'élancer. 
Victime d'une vilaine chute à son deuxième saut, Parrot avait joué le tout pour le tout, quelques minutes plus tôt, à sa troisième et dernière tentative. Un triple saut périlleux désaxé avec une rotation à 1440° parfaitement réussi permettant à l'athlète de Bromont de s'emparer du premier rang provisoire de la compétition. 
Fort d'une note de 96 à son premier saut, McMorris, dernier planchiste à s'élancer de la soirée, avait besoin d'un résultat supérieur à 88,75 pour mettre la main non seulement sur la victoire, mais aussi sur le Globe de cristal remis au meneur du classement cumulatif de big air à la fin de la saison de la Coupe du monde. Essayant le même saut que Parrot, le natif de Regina l'a réussi de manière un peu moins convaincante, déposant une main au sol à l'atterrissage. 
Une fois au bas de la pente, il a patiemment attendu son résultat, un généreux 93,50, avant de lancer sa planche dans les airs, laissant exploser sa joie. Dans les mots de McMorris lui-même, «on ne sait jamais avec les juges, ça aurait pu aller d'un bord comme de l'autre». Samedi soir, les juges ont décidé que la soirée appartenait au Saskatchewanais de 23 ans, Parrot et le Russe Anton Mamaev complétant le podium. 
«Au début de la semaine, je ne planifiais même pas de faire deux triples sauts en finale. J'ai réussi à faire deux triples et j'ai réussi à composer avec la pression sur ma troisième descente. Si je ne l'atterrissais pas, je n'étais même pas sur le podium. Je suis vraiment content. Il méritait de gagner ce soir», a concédé Parrot, bon joueur, avant de laisser toute la place à son compatriote. 
«Réussir cela ici au Canada, sur ma dernière tentative, la dernière de toute la soirée, c'est tellement spécial», a reconnu McMorris comblé, Globe de cristal en main. On pouvait le comprendre. 
Il y a un an, un atterrissage raté lors d'une compétition à Los Angeles laissait le multiple champion des X Games avec un fémur fracturé et une longue route pour revenir au sommet de son art. «Pour une fois, je suis en santé. Il me reste le slopestyle demain [dimanche] et puis les choses s'annoncent bien pour 2018», a expliqué le planchiste, soulagé.
Mark McMorris et Anna Gasser ont remporté le <i>big air</i> de Québec. Les deux ont également mis la main sur le Globe de cristal remis au meneur du classement cumulatif de la saison en <i>big air</i>.
Bonne saison 2016-2017
Année olympique, 2018 pourrait bien être l'année de McMorris, mais également des planchistes canadiens en général. Le doublé à Québec était loin d'être le premier cette année sur le circuit mondial.  «Ça arrive presque à chaque compétition», a fait remarquer Parrot.
Les Canadiens ont aussi signé deux triplés, dont celui du 20 janvier au X Games, en slopestyle, de Parrot, McMorris, et Tyler Nicholson. Le Montréalais Sébastien Toutant, qui tentera de racheter son élimination en qualification, au big air de Québec, avec une victoire en slopestyle, dimanche, n'est jamais bien loin non plus. 
«2016-2017 a été extraordinaire pour les Canadiens. C'est cool d'être entouré des meilleurs planchistes au monde. Voyager ensemble partout et se pousser les uns les autres, ça élève notre niveau», a souligné McMorris. «À un an de Pyeongchang, c'est quelque chose et ça en dit long sur la profondeur de l'équipe canadienne. Ce sera très difficile de faire l'équipe. Il y a quatre places et pratiquement sept planchistes canadiens qui sont de toutes les finales à travers le monde toutes les fins de semaine.»
Mark McMorris en action
Une ado sur le podium
Chez les femmes, qui effectuaient leurs descentes en alternance avec les hommes durant la finale du big air, l'Autrichienne Anna Gasser a devancé de justesse l'Américaine Julie Marino, mettant la touche finale à une saison dominante. Marino a réalisé le meilleur saut de la soirée, mais le cumulatif a favorisé Gasser, qui s'est également vu remettre le Globe de cristal de la saison de big air. La Néozélandaise Zoi Sadowski Synnott, âgée d'à peine 15 ans, a complété un podium sur lequel elle a débouché le champagne plus timidement que ses deux aînées. 
Si le big air a été l'affaire des Canadiens chez les planchistes masculins, ce sont les Helvètes qui en ont mis plein la vue en ski. Ils ont monopolisé cinq des six places du podium, voyant Kai Malher et Mathilde Gremaud l'emporter. Cette dernière a réussi à la perfection ses deux premiers sauts, devançant ses compatriotes Giulia Tanno et Sarah Hoefflin pour le triplé féminin.
Le Suédois Henrik Harlaut a privé les Suisses d'un balayage des deux podiums en s'immisçant entre Malher et le jeune Andri Ragettli, en fin de soirée.
Blouin et la pression d'être à la maison
«J'ai l'impression que quand je suis ici, je ride pour le monde, pour impressionner les gens de Québec, pas pour moi.» Forte d'une deuxième place en slopestyle en Italie sur le circuit de la Coupe du Monde de planche à neige, fin janvier, Laurie Blouin était en droit d'espérer monter sur le podium devant les siens, dimanche, à Stoneham. Des chutes à chacune de ses deux descentes de qualification, samedi midi, ont cependant mis fin prématurément à la compétition de la planchiste de 20 ans. «Ce n'est pas la première fois que quand je suis à Québec, ça ne va pas si bien», a reconnu l'athlète, déçue, après son élimination. «J'essaye de me convaincre que je ne me mets pas plus de pression parce que c'est à Québec, mais force est d'admettre que j'ai de la misère.»
À surveiller dimanche
Deux skieurs de la région de Québec, Alex Beaulieu-Marchand et Kim Lamarre, tenteront de l'emporter devant les leurs, dimanche, lors des finales de slopestyle (13h à 14h33) de la Coupe du monde de Québec à Stoneham. Alex Bellemare, chez les hommes, et Anouk Purnelle-Faniel, chez les femmes, seront également des finales. Chez les planchistes, fort de son triomphe de samedi soir au big air et du meilleur résultat des qualifications en slopestyle, Mark McMorris sera encore à surveiller lors de la finale (10h à 11h41). Le Montréalais Sébastien Toutant figure également parmi les favoris, tout comme les Ontariens Tyler Nicholson et Michael Ciccarelli. Ce dernier l'avait emporté, à Québec, en 2015.