Dominique Maltais remise sa planche à neige

La reine du surf des neiges québécois abdique. La planchiste Dominique Maltais annonce sa retraite, après 11 saisons sur la scène internationale.
«J'avais mal les années avant et après Sotchi, mais je voulais tellement que ça ne dérangeait pas. Mais à un moment donné, tu viens que tu as mal... pis tu as mal.»
Maltais n'a pas pris le départ d'une course de snowboardcross depuis plus de 20 mois, soit en mars 2015. La saison dernière, la fierté de Charlevoix s'est accordé une sabbatique pour tenter de soigner des maux récurrents au dos et aux genoux.
«Le dos va beaucoup mieux. À pareille date l'an passé, j'avais de la misère à marcher. Mais quand ce n'est pas le dos, c'est les genoux et, à long terme, ça ne va pas en s'améliorant», a expliqué l'athlète de 36 ans, mardi matin, lors d'une conférence de presse où elle était vêtue de noir.
Pas de doute, les blessures n'ont pas usé que ses articulations. Sa motivation aussi. Même si elle a encore de la misère à croire que c'est terminé et se dit convaincue qu'elle pourrait encore rivaliser avec les meilleures.
«Je connais mon potentiel. C'est sûr que mes genoux plient moins que ceux d'une petite fille de 20 ans, mais je connais ma forme physique, mon potentiel et ce qu'une bonne équipe de professionnels peut faire. Je regarde les filles s'entraîner aujourd'hui et c'est toutes des choses que j'ai déjà faites», avance Maltais.
C'est là qu'elle se rappelle qu'il lui manque un disque dans le dos et qu'il lui est devenu impossible de s'accroupir en petit bonhomme. «Il faut que tu te raisonnes et que tu te dises : là, ça va bien. Mais si tu tombes, s'il arrive un accrochage... C'est une décision pour que dans quelques années, je sois capable de faire mes trucs sans trop de misère.»
Donc pas de «Dodo» dans le portillon de départ de la première épreuve de Coupe du monde, la semaine prochaine, en Autriche, à Montafon. Où elle a gagné l'or en 2012 en ouverture de sa meilleure saison en carrière.
Course à laquelle elle n'aurait jamais participé si elle avait gagné une médaille aux Jeux olympiques de Vancouver, en 2010. «Après ça, j'aurais fermé les livres et je serais redevenue pompier [ce en quoi elle est diplômée], mais ce n'est pas ce qui est arrivé», raconte celle qui, après une chute à l'entraînement lui infligeant une contusion pulmonaire et un pneumothorax, n'avait pu faire mieux que 20e.
«Ç'a été la plus grande déception de ma carrière, mais qui m'a ensuite amené les plus grandes joies. Si ça n'était pas arrivé comme ça à Vancouver, je n'aurais jamais vécu les cinq années suivantes où j'ai pratiquement tout raflé, tout gagné, où j'ai dominé», fait valoir celle qui a remporté les titres de saison en 2011, 2012, 2013 et 2014.
Du pire au mieux
Si le pire a été Vancouver, le mieux a été Sotchi aux Jeux de 2014. Une médaille d'argent, résultat d'«une grande préparation. Le moindre détail n'était pas pris à la légère».
Se disant aussi nerveuse qu'avant une course à l'amorce de son petit discours, Maltais s'est remémoré la jeune fille de 11, 12 ans qui, pour raccourcir la route de Petite-Rivière-Saint-François jusque chez ses grands-parents, à La Baie, s'imaginait sauter en planche les bancs de neige qui défilaient par la fenêtre de l'auto.
Plus encore que son entraîneur de l'équipe canadienne, Marcel Mathieu, elle a gardé ses remerciements les plus émotifs pour sa famille, présente. «Je suis désolée de vous avoir fait vivre autant de belles que de mauvaises choses, mais grâce à vous, chaque fois que je partais, j'avais le goût de revenir. Parce que ma base, ma fondation, c'est à Petite-Rivière que je la trouvais», a-t-elle exprimé, la voix étouffée par les sanglots.
Chef pompière bénévole par intérim de son village de 800 habitants en attendant le retour de congé maladie du chef, elle caresse plein de projets : écrire un livre, faire des conférences, enseigner la planche et donner des cours de conditionnement physique.
En chiffres
2 médailles olympiques
5 fois championne de la saison de Coupe du monde
11 saisons sur le circuit mondial
16 victoires et 44 podiums en 89 courses sur la scène internationale
36 ans à l'annonce de sa retraite
4118 jours entre son premier et son dernier départ en Coupe du monde, soit 11 ans, 3 mois et 10 jours
Ce qu'ils ont dit...
«Elle est une femme passionnée et déterminée. J'ai toujours eu confiance en ses capacités et ses décisions»
Élisabeth, sa soeur aînée
«Elle a toujours été un bon exemple pour moi, comme chaque grande soeur. Je transpose ça dans ma propre vie»
Alexandrine, sa soeur cadette
«Elle nous a fait vivre des grands stress, mais surtout des moments merveilleux. C'était vraiment une championne»
Marjolaine, sa mère
«Elle me procure une très grande fierté. Je n'aurais jamais pensé que sa carrière aurait une telle ampleur»
Gérald, son père