Dominique Maltais a partagé des moments émouvants avec son père (de dos) à Sotchi, mais elle était aussi très émue en pensant à deux amis décédés à des moments différents de sa vie. «Depuis que je suis arrivée à Sotchi, il s'agit des deux personnes à qui je pense beaucoup. Je suis certaine qu'ils sont contents pour moi. J'ai fait mes descentes avec et pour eux.»

Dominique Maltais: la médaille de l'amitié

Peu importe l'endroit où elle se trouve dans le monde, Dominique Maltais n'est jamais seule. Et son séjour dans la ville olympique ne fait pas exception à la règle. «Il y a bien du monde qui m'accompagnent», nous confiait la médaillée d'argent de snowboardcross, 36 heures après avoir grimpé sur le podium du Parc extrême Rosa Khutor.
Pour la première fois depuis sa réalisation, la planchiste avait un peu de temps à consacrer à ceux qui ont fait le voyage jusqu'à Sotchi pour l'appuyer, dont son père et son commanditaire. Dans la chaleur de la Maison du Canada, à l'ombre du Stade Fisht, les retrouvailles étaient aussi émotives que la veille.
Son père, Gérald Maltais, et le directeur général du concessionnaire Mercedes-Benz de Québec, Denis Lefrançois, étaient présents, tout comme son préparateur physique. Mais discrètement, l'âme de deux amis de Dominique la suivait pas à pas.
Dans une petite salle privée du deuxième étage, la planchiste de 33 ans rencontre Le Soleil pour tracer le bilan des dernières heures. Célébrations, entrevues, conférences de presse, appel à la maison, elle n'a pas eu vraiment le temps de savourer pleinement le moment, ce qui ne l'empêche pas de le partager avec deux amis qui sont toujours à ses côtés malgré leur décès à des moments différents de sa vie.
Emporté par un cancer
Ami du Massif de Charlevoix, Marc était à la fois skieur et photographe. Avant d'être emporté par la maladie, il avait réalisé son rêve d'exposer ses photos. Dominique y était, une rencontre à la fois triste et inspirante.
«Il est décédé d'un cancer du cerveau à 43 ans un peu avant les Fêtes. J'avais acheté une photo qui me rappelait les années où l'on s'était connu. Moi, j'étais une petite fille, lui, c'était un top-modèle. On avait 12 ans, pis on allait garder les enfants du beau Marc... Ce soir-là, sa mère était là, sa blonde aussi, on s'était serré dans nos bras, on braillait comme des enfants.»
De sa voix faible, il avait glissé un mot à son oreille. Personne n'avait entendu, sauf Dominique. «Il était dans sa chaise et il m'a dit : Sotchi. On s'est mis à pleurer, je lui ai dit que j'allais faire la course avec lui, de me promettre d'être là pour qu'on remporte la médaille ensemble. Il m'avait répondu oui, je vais être là, je vais t'aider», ajoutait la petite fille de Petite-Rivière-Saint-François.
Décès d'un petit voisin
Lorsqu'elle a franchi le fil d'arrivée, Dominique a levé les bras au ciel. Une façon de souligner son exploit, bien sûr, mais aussi de remercier son petit voisin, mort il y a 12 ans dans un accident de motocyclette.
«J'ai grandi avec Émile, c'était mon voisin. On se chicanait une journée, on jouait ensemble le lendemain. Il a toujours été avec moi dans cette aventure et c'était important qu'il soit là pendant la course», ajoutait la double médaillée olympique.
Depuis le début de sa carrière, Dominique ne se sépare jamais d'un petit morceau de la moto en question, histoire de ne jamais oublier. «Il est dans mon manteau de course, je l'avais avec moi, dimanche», indiquait-elle.
«Dans la vie, il faut croire à quelque chose. Ils seraient extrêmement fiers de ce que je fais, j'en suis sûre. Ils m'appuieraient à fond. Depuis que je suis arrivée à Sotchi, il s'agit des deux personnes à qui je pense beaucoup. Je suis certaine qu'ils sont contents pour moi. J'ai fait mes descentes avec et pour eux.»
Après la pause olympique et un arrêt à la maison, elle reprendra le collier sur le circuit de la Coupe du monde. Encore deux courses pour s'assurer du globe de cristal. Cette fois, pas question de faire appel à Marc et Émile.
«J'ai une dernière demande à vous faire, que je leur ai dit avant la course. Après ça, je ne vous écoeure plus, c'est fini, je ne demande plus rien! Les dernières courses, je vais essayer de les faire par moi-même, pour voir où je peux aller toute seule...»