Dominic Paquet n'est pas de ceux qui soulèvent la polémique.

Dominic Paquet: Dieudonné? Oui, mais...

Reconnu pour sa folie, ses mimiques et les personnages qu'il fait vivre sur scène, Dominic Paquet n'est pas de ceux qui soulèvent la polémique. Près de sept ans après avoir coanimé un gala du Grand Rire avec le controversé Dieudonné, l'humoriste n'est pas prêt à condamner son collègue... Ni à tout cautionner non plus.
Remonterait-il sur scène avec Dieudonné dans le contexte actuel? D'emblée, Dominic Paquet serait porté à répondre oui. Mais pas aveuglément, précise-t-il. «J'ai regardé plusieurs reportages sur lui, je pense que j'approfondirais encore un peu plus mes recherches avant d'accepter. Mon style d'humour ne va pas du tout dans la lignée de choquer les gens. Mais quand j'ai animé avec lui, il n'y avait rien non plus qui allait dans ce sens», note l'humoriste, qui agit cette année à titre de porte-parole du Comédie Club du Grand Rire.
Paquet dit avoir suivi avec intérêt les démêlés de celui qui porte désormais l'étiquette de polémiste : encore mercredi, Dieudonné a été placé en garde à vue pendant quelques heures après avoir été accusé de «violences» par un huissier. Le comique québécois ne se prononcera pas sur le contenu du spectacle Le mur, taxé d'antisémitisme et frappé d'une interdiction par la justice française. Mais il plaide néanmoins pour la protection de la liberté d'expression.
«Je n'ai pas tout vu. C'est difficile de dire s'il est allé trop loin, opine Paquet. Mais en même temps, c'est un spectacle présenté dans une salle. Les gens paient pour aller le voir. Présentement, c'est la seule place dans le domaine artistique où on peut faire ce qu'on veut. En télé, il y a les avocats, le producteur, le réalisateur qui ont leur mot à dire... La scène, c'est le seul endroit où on peut se permettre de dire ce qu'on pense vraiment.»
Pour Dominic Paquet, le double tranchant de cette liberté réside dans la perception du public, dans l'interprétation qui peut être faite d'un gag mordant ou provocateur. «Les gens qui écoutent ne sont pas tous capables de comprendre le deuxième sens, estime-t-il. L'humour, tu peux trouver ça drôle ou pas. Mais si tu le prends pour du cash, il est là le problème.»
Dominic Paquet ne garde que de bons souvenirs de l'artiste qu'il a côtoyé au Grand Rire. Il ne croit pas Dieudonné raciste ni antisémite, assure qu'il «a fait des gags sur toutes les religions». «Mais je trouve qu'il commence à y avoir de l'acharnement dans les jokes contre les juifs, nuance-t-il. Si j'étais lui, je mettrais les freins un peu là-dessus, parce qu'il en fait beaucoup. Peut-être qu'il y a de l'acharnement envers lui aussi... C'est un gars qui est très drôle, c'est un bon artiste. Mais il se pourrait qu'avec les années, la frustration ait embarqué. Un peu comme Lenny Bruce, dans le temps, aux États-Unis. Il donnait dans la critique sociale heavy et à un moment, il est tombé dans la rage, dans la frustration. Il est devenu de moins en moins drôle à cause de ça.»
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Un cinquième Comédie Club
Ces jours-ci, Dominic Paquet collabore à l'émission de radio À la semaine prochaine à ICI Radio-Canada Première, planche sur son troisième spectacle solo, est impliqué dans l'écriture de la comédie Les pêcheurs de Martin Petit, travaille sur un concept télé de son cru et sur d'autres projets d'écriture... Un gala du Grand Rire? «On le saura en février», laisse-t-il tomber.
Le nouveau papa a quand même trouvé le temps de jouer au porte-parole pour le Comédie Club du Grand Rire. «Il me restait quatre heures à meubler dans ma semaine», rigole celui qui animera aussi la première soirée de cette cinquième saison, le 12 février, en remplacement du maître de cérémonie Olivier Martineau.
Chaque mercredi jusqu'à la fin avril, l'Impérial ouvrira ses planches à des comiques en émergence. Les meilleurs numéros seront immortalisés pendant le Grand Rire, en juin, et profiteront d'une vitrine télévisuelle sur les ondes de Canal D. Le conseil du porte-parole à ceux qui tenteront leur chance? Y aller à fond! «L'humour, c'est une question de confiance, lance Dominic Paquet. Si tu penses que quelque chose est drôle et que ça l'est vraiment, il ne faut pas mettre les freins. Je pense que le secret, c'est de ne pas se censurer, d'être le plus soi possible.» Détails au grandrire.com/comedie-club