Belle et Sébastien repose avant tout sur l'amitié entre un jeune garçon et son chien.

Dimitri Storoge, ambassadeur du cinéma québécois

Par un beau lundi de janvier, à Paris, la seule journée où Dimitri Storoge ne joue pas Mercutio dans Roméo et Juliette, l'acteur de 36 ans se plie malgré tout au rituel des entrevues de promotion pour Belle et Sébastien. Après quelques questions, il devient évident qu'il est ravi de discuter avec un journaliste québécois - il garde un souvenir impérissable de ses deux tournages chez nous. À tel point qu'il agit à titre non officiel d'ambassadeur de notre cinéma.
«Je me bats et je gueule parce qu'on ne passe pas assez de films québécois en France. Il y a un malentendu que j'essaye de dissiper à mon petit niveau. Les Québécois, à juste titre, ne veulent pas qu'on sous-titre leurs films. Mais je pense que les sous-titres pourraient être une étape pour éduquer le public français [à votre accent]», explique-t-il. D'autant qu'il sait de quoi il parle.
Dimitri Storoge a «adoré» son premier contact avec le Québec, même si pendant «les 15 premiers jours, je n'ai rien compris». L'immersion a été totale puisqu'il s'est glissé dans la peau de Patrick Esposito Di Napoli, l'harmoniciste des Colocs, dans l'excellent Dédé à travers les brumes (Jean-Philippe Duval, 2009). Sa performance tombe dans l'oeil de la réalisatrice Anne Émond, qui lui offre le rôle de Nikolai dans l'audacieux Nuit #1 (2011).
«Mais je ne suis pas revenu depuis et ça me manque. On ne me propose pas de film. Je suis très en colère, dit-il en rigolant. Je connais très peu parce que c'est très grand, mais c'est un pays que j'adore, le Québec.»
Lui, le pur Parisien, a fait connaissance avec les rigueurs de l'hiver québécois. Il n'a donc pas été trop dépaysé quand il s'est retrouvé au coeur des Alpes pour l'adaptation de Belle et Sébastien, un tournage physique, mais moins dur qu'on pourrait le penser. Il a jeté un coup d'oeil sur la célèbre série télévisée inspirée de l'oeuvre de Cécile Aubry, mais c'était «trop daté».
Dimitri Storoge a néanmoins accepté avec beaucoup d'enthousiasme d'incarner le docteur du village situé à proximité du chalet du jeune garçon et de sa grosse chienne blanche. «D'habitude, on me propose des sales types. Pour une fois, c'était un type sain, bien. C'était un film populaire et familial comme on n'en fait plus vraiment en France, qui a très bien marché d'ailleurs [2,7 millions d'entrées, ce qui est énorme]. Et c'est le premier film que j'ai pu montrer à mes garçons de cinq ans et de deux ans et demi.»
Il y avait évidemment plus. L'acteur dit avoir été séduit par l'idée d'un long métrage d'époque, en décors naturels, filmé sur trois saisons, qui reposait «sur une très bonne histoire».
<p>Dimitri Storoge incarne le docteur du village situé à proximité du chalet du jeune Sébastien (Félix Bossuet).</p>
Menace de la guerre
D'autant que le scénariste Fabien Suarez a transposé le récit en pleine Seconde Guerre mondiale et que le docteur Guillaume aide des Juifs à traverser en Suisse, la nuit, au nez et à la barbe des nazis. Une douce ironie pour ce petit-fils de réfugiés. «Ça m'a touché parce que ma famille est venue [ici] en 1917 pendant la Révolution russe parce qu'ils ont fui les pogroms, parce qu'ils étaient juifs.»
L'acteur signale qu'il ne s'agit pas du sujet principal - qui est plutôt celui de l'amitié entre un garçon et son chien. «Ce n'est pas un film sur l'Occupation, ni un film à thèse. Mais ça ajoutait une sorte de menace sur le village et je trouve que c'est une bonne idée. C'est une période dont on ne parle pas encore assez sérieusement en France. C'est un problème qu'on n'a pas encore réglé.»
Il faut reconnaître que ce sont les superbes images, davantage que le récit, qui retiennent l'attention. Nicolas Vanier, grand explorateur et documentaliste, a conféré au film une facture qui prend parfois des airs de documentaire animalier. «C'était tout l'intérêt et toutes les raisons pour lesquelles seul Nicolas pouvait faire ce film. Il aime les grands espaces et les animaux et il les filme très, très bien.»
Comme il s'agissait de sa première vraie fiction, les acteurs ont eu aussi à jouer un rôle de conseiller, souligne Dimitri Storoge. «On pouvait, Tchéky Karyo et moi, dans une moindre mesure, faire des suggestions parce qu'on avait plus d'expérience que lui. Tout l'enjeu était pour lui de passer à la fiction et nous d'avoir l'air vrai autour de notre jeu, surtout dans ces décors [naturels] de fou.»
Mais quand on y pense un peu, ce qui a tant séduit parents et enfants dans Belle et Sébastien, c'est «cette liberté qu'a Sébastien de pouvoir partir toute la journée. De nos jours, un enfant ne peut plus jouer du matin au soir sans donner de nouvelles, sans répondre aux textos de sa mère qui panique. Je me souviens d'avoir joué dans la rue. Mais je ne peux pas envisager de laisser mes enfants jouer dans la rue sans surveillance...»
Belle et Sébastien prend l'affiche le 21 février. Les frais de ce voyage ont été payés par UniFrance.