Dick Rivers: traverser le temps

Avec Johnny Hallyday et Eddy Mitchell, il a introduit le rock'n'roll en France. Dick Rivers soulignera l'an prochain 50 ans de carrière et ce qu'il souhaite, c'est faire découvrir qu'il est un homme sans âge, comme la chanson qui a donné son titre au très bel album paru l'an dernier. L'interprète français sera à la salle Albert-Rousseau le 25 mars ; une belle occasion de causer avec un artiste légendaire, qui vous accueille par votre prénom en répondant au téléphone.
Q    Alors, vous faites une grande tournée pour L'homme sans âge?
   Une très grande tournée. C'est beau de parler de ses grands succès passés, mais j'ai des nouveautés et sans elles, je n'existerais plus. C'est formidable à mon âge de pouvoir toucher deux générations et demie de gens et de remettre au goût du jour les succès d'hier. L'homme sans âge est l'album qui me ressemble le plus et je m'étais promis de venir le présenter au Québec, qui est un peu comme ma deuxième patrie depuis 1965. Il y a deux Dick Rivers, un pour les Français et un autre pour les Québécois.
Q    En quoi les deux sont-ils différents?
   En France, il est plus basé sur les chansons récentes que sur celles qui ont fait mes gros succès dans les années 60-70 au Québec. Mais c'est de ma faute parce qu'au lieu de venir chez vous souvent comme mon ami Francis Cabrel l'a toujours fait, je suis resté en France. Cela dit, je ne faisais pas de scène en France, ni ailleurs, entre 1976 et 1995. Donc, je ne suis revenu au Québec qu'à ce moment-là, et c'est normal que ma carte de visite ait été le souvenir. Ce que je souhaite maintenant, c'est de faire connaître les nouveautés. Le spectacle comporte la moitié de nouveautés et la moitié de succès modernisés, des chansons qui ont bien traversé le temps. Je viendrai avec mes musiciens québécois.
   Comment avez-vous rencontré le jeune Joseph d'Anvers, qui a écrit les chansons de L'homme sans âge?
R    Par hasard. Il participait à une fête pour Dick avec des chanteurs et parmi ceux avec qui on m'avait proposé de chanter, c'est lui que j'ai choisi pour Walk the Line de Johnny Cash. J'ai découvert qu'on avait des goûts communs et à la fin, je lui ai dit que je n'étais qu'un interprète et que s'il avait une idée de chanson pour moi, il fallait me la proposer. Plus tard, il m'a déposé trois maquettes et il y avait Sur le toit du monde, qui m'a tellement touché... Ensuite, il a eu d'autres idées et, à la huitième chanson, je lui ai dit qu'il valait mieux faire tout l'album! Ça me ressemble quand il dit : «Dans l'arrière-cour d'une voie de garage/J'ai écrit mon nom proprement/Puis j'ai regardé l'homme sans âge/Emporter avec lui l'enfant». C'est ma vie. Mon premier disque est sorti le jour de mes 15 ans, et le petit Hervé Forneri (son vrai nom) a créé Dick Rivers. Ma vie a commencé et j'ai vécu plus longtemps avec Dick qu'avec Hervé. Je n'avais jamais expliqué ça à ce jeune garçon (d'Anvers).
Q    Travailler avec des jeunes pour les deux derniers albums, était-ce par volonté de vous débarrasser de certaines étiquettes?
R    Non. L'album précédent est un peu dans l'humour et l'autodérision. Les auteurs ont écrit ce qu'ils souhaitaient entendre de moi et c'est une sorte de patchwork. Benjamin Biolay, lui, s'est approché de ce que je chante sur L'homme sans âge. Là, j'ai eu l'impression que ce jeune garçon (d'Anvers) que je ne connaissais pas est entré dans l'homme que je suis. À chaque chanson que nous faisions, je voyais une page de ma vie. J'ai l'impression d'être l'auteur des textes, il me fait dire des choses que je pense profondément.
   J'y reviens, y avait-il une volonté chez vous de faire taire ceux qui associent Rivers à ringard?
R    Un moment, je suis à la mode; un moment, je ne le suis plus. La fidélité à être soi-même, par moments, vous devenez ringard et à d'autres vous êtes branché. J'ai toujours mis mes bottes de cow-boy. Quand Madonna en a mis, c'est devenu à la mode, et Dick était soudainement branché! Des fois, j'ai l'impression d'être un personnage de bd, mais je ne suis pas déguisé, je suis né comme ça. La mode vous quitte et vous rattrape, c'est cyclique. Moi, je n'aime pas la mode, j'aime les choses bien.
Vous voulez y aller?
QUI : Dick Rivers
QUAND : 25 mars, 20h
OÙ : salle Albert-Rousseau
BILLETS : 44 $
TÉL. : 418 659-6710