Raymond Brodeur, collectionneur et idéateur de l'exposition, et Martin Labrie, commissaire de l'exposition

Dialogues formels: De la chambre à coucher au musée

Raymond Brodeur est un collectionneur aguerri. Depuis longtemps, il rêvait de réunir sous un même toit des oeuvres jusqu'ici rarement ou jamais vues, puisque cantonnées dans les salles de séjour et les salons de leurs propriétaires. Avec Dialogues formels (Coups de coeur de grands collectionneurs), c'est maintenant chose faite.
Le terme-clé de cette exposition? Coup de coeur. «L'exposition aurait été impossible sans quelqu'un comme Raymond Brodeur qui ouvre les portes des grands collectionneurs. Le résultat est un panorama de l'aventure moderne de l'art québécois des années 40 à aujourd'hui, des jeunes artistes qui ont eu l'audace d'explorer, de réinventer la peinture, chacun avec son style. Pas un tableau ne ressemble à un autre», explique le commissaire Martin Labrie.
De grands noms ont volontairement été laissés dans l'ombre. «Nous avons voulu mettre en valeur quelques artistes moins connus du public, mais reconnus par la communauté artistique, qui ont eu un rôle très important : des initiateurs, des signataires de textes fondateurs et de manifestes. On n'en parle pas à leur juste valeur», de poursuivre M. Labrie. À la demande de M. Brodeur, les collectionneurs comme Yves Legault ont accepté de dépouiller leurs murs. «Je ne refuse jamais une invitation de montrer mes oeuvres et d'en faire profiter à d'autres. J'ai appris ça de Serge Lemoyne qui déplorait que les oeuvres étaient confinées dans des espaces spécifiques au lieu d'être sur la place publique et montrées à tout le monde», explique M. Legault.
Il a notamment prêté des oeuvres de Lemoyne et Vaillancourt. Raymond Brodeur a aussi pigé dans sa collection personnelle. Le résultat final le ravit. «C'est une exposition de grande qualité qui pourrait facilement aller dans les grands musées», constate-t-il, remerciant les collectionneurs d'avoir acquiescé à sa demande. Le choix des tableaux et des sculptures présentés n'a pas été laissé au hasard. «Chacune des oeuvres a été choisie avec un double mandat.
Est-ce que ce tableau a sa raison d'être au niveau de sa pertinence historique, de style, de techniques? Et est-ce que le visiteur va l'apprécier? Les gens sont déjà tombés en amour avec ces tableaux, on a un peu la confirmation que ça va plaire à d'autres personnes», résume Martin Labrie. Les «dialogues formels» du titre renvoient à l'idée de communication. «Par tableau interposé, les artistes parlent aux artistes», avait dit Nathalie Bondil dans une conférence. «Je regarde ces oeuvres-là et elles se parlent. J'aime imaginer qu'on ferme la salle et que les tableaux discutent entre eux comme les artistes dialoguaient entre eux dans les cafés. L'ultime dialogue, c'est entre le tableau et le visiteur. Les tableaux ont tous un lien parce qu'ils ont construit cette histoire de la peinture par échange. Quand on parle de coups de coeur de collectionneur, c'est pour rappeler que malgré tous les dialogues formels, la base, c'est l'émotion. Le coup de coeur de collectionneur, je souhaite qu'il devienne coup de coeur de visiteur», de conclure Martin Labrie.