Devon Kershaw

Devon Kershaw : «Mon coeur voulait, pas mon corps»

«Je suis désolé, mon coeur voulait à 100 %, mais mon corps n'était pas là», constatait Devon Kershaw, qui peinait encore à retrouver son souffle après l'infernal sprint par équipe qu'il venait de se taper avec Alex Harvey.
Quelques heures avant la course, l'Ontarien de 31 ans avait reçu le feu vert du médecin pour participer à l'épreuve. Depuis quatre jours, il combattait un virus de la grippe, mais on estimait qu'il était suffisamment remis pour tenter sa chance. «Ouf, ç'a été dur, c'était une piste extrême. Au dernier tour, les conditions ont changé un peu et j'étais trop fatigué pour pousser dans la montée, j'ai dû le faire en arêtes de poisson. Je suis déçu, ce n'est pas ce que je voulais», indiquait le champion du monde de 2011 à cette épreuve.
Dès le premier tour, Kershaw s'est retrouvé 10e au sommet de la montée initiale pour rentrer sixième, ce qui a forcé Harvey à rouler à un train d'enfer pour combler l'écart... et tomber en zone rouge. Lors des deux tours suivants, l'élastique s'est encore allongé entre les Canadiens et leurs rivaux. «Je suis déçu, ce n'est pas ce que je voulais. On a vu que tout le monde a eu des problèmes avec les conditions dans le dernier tour, mais je n'avais pas la puissance dans les jambes pour affronter ces changements.»
Kershaw pensait être capable de livrer une performance à la hauteur après sa rencontre avec la Dre Mireille Belzile, la mère d'Alex Harvey. Et les entraîneurs ont jugé qu'il valait mieux y aller avec l'équipe habituelle au lieu d'effectuer un changement. «Si j'avais eu un remplaçant à 100 %, ça aurait rendu ma décision plus difficile, mais Lenny [Valjas] était aussi un point d'interrogation. Alex n'était pas à 100 % non plus, bien que c'est Devon qui en a le plus arraché», notait l'entraîneur-chef Justin Wadsworth.
Le stratège de l'équipe nationale ne parvenait pas à trouver la raison des insuccès de son groupe. Il vit présentement ses pires moments depuis qu'il est à la barre de l'équipe nationale.
«Une semaine avant les Jeux, j'aurais dit que tout était parfait. Nous avons eu la même préparation en Italie que les Suédois, les Norvégiens et les Américains. Il y a deux ans, on avait fait une répétition et on a grimpé sur le podium à quelques reprises. Peut-être que l'histoire du fartage a grugé plus d'énergie qu'on le pense. Je prends tout le blâme pour ce qui est arrivé, ce n'est pas un job plaisant, présentement», répondait l'Américain, visiblement émotif.
*****************
Un autre revers, mais personne à blâmer
La chasse au coupable n'est pas une nouvelle discipline olympique, foi de Louis Bouchard. Bien qu'il parlait d'une «déception complète», l'entraîneur d'Alex Harvey ne cherchait pas de responsables pour cet autre revers du ski de fond canadien, mercredi.
En raison du virus ayant tenu Devon Kershaw à l'écart cette semaine, il savait que le défi était énorme au sprint par équipe. «Tu espères, mais il n'y a pas de miracle non plus. C'est déjà arrivé de performer au retour d'un rhume, mais on l'a vu et il le disait lui-même, Devon perdait l'équilibre dans la montée. Les deux étaient conscients de l'état de l'équipe avant de prendre le départ, ils ont poussé au maximum avec un bon équipement.»
Selon lui, Harvey a tout donné pour revenir dans le peloton au premier tour et ça lui a coûté cher par la suite. Il s'agissait de la stratégie adoptée par le duo au cas où l'autre tirait de l'arrière. «On vit avec l'équipement et le fartage, mais aujourd'hui, c'était une autre situation. Devon sortait d'un rhume, ça aurait pu marcher. Il faut expliquer comment ça s'est passé, ce n'est pas de se trouver des défaites. Si Devon avait été avec le groupe de tête, je pense qu'Alex aurait fait mieux, mais quand tu fais du rattrapage, les deux paient le prix. Je sais qu'il est déçu, mais pas autant qu'en début de championnat parce qu'ils ont donné leur maximum.»
Bouchard cherchait à remettre les derniers jours dans leur contexte. Il persiste à croire que son protégé connaît une bonne saison et qu'il entrevoit la fin de l'hiver d'un bon oeil. «Je suis jeune, il y a aura des déceptions pires que ça. Les Jeux olympiques, c'est gros, mais on fait du sport. Au début, on est émotif, on veut réussir, on vise des médailles et on est déçu si on n'en a pas. Mais il faut aussi revenir sur terre, on n'est pas en train de changer la vie de tout le monde.»
Comme Harvey, l'entraîneur poursuivra son aventure internationale. Mais pas question de délaisser son travail avec les jeunes au Centre national d'entraînement Pierre-Harvey (CNEPH). «Je veux continuer à coacher encore pour le prochain cycle olympique. J'ai de la relève à Québec, je n'ai pas juste un ou deux athlètes, mais une douzaine. J'ai aussi un projet d'été avec d'autres jeunes qui se greffent au Centre Pierre-Harvey. Pour moi, c'est motivant, et si je ne faisais que la Coupe du monde, peut-être que ça me déprimerait au point où je ferais pas quatre autres années...»