André Tardif, directeur général de GRIS-Québec, et Martin Masson, président du C. A. de l'organisme

Dévoilement de l'homosexualité: le rôle essentiel des parents

Chaque parent confronté au dévoilement de l'homosexualité de son enfant réagit différemment : étonnement, soulagement, joie, déception, colère, inquiétude... Une fois le choc passé, les questions ne tardent pas à surgir. Vers qui alors se tourner pour trouver des réponses?
GRIS-Québec (pour Groupe régional d'intervention sociale de Québec) a été créé il y a 15 ans déjà par des parents placés devant le manque flagrant de ressources pour leur fils homosexuel. Que cette initiative soit née d'un père et d'une mère n'a rien d'anodin. Les parents jouent un rôle essentiel dans l'acceptation de la différence, souligne André Tardif, directeur général de GRIS--Québec, rencontré en compagnie de Martin Masson, président du C. A. de l'organisme.
«Le milieu familial reste la clé pour faciliter le coming out des jeunes. Si le milieu familial est dans le coup, c'est génial, mais si les parents sont absents de ça, c'est beaucoup plus difficile», note André Tardif.
Au Québec, l'acceptation de l'homosexualité a progressé, mais tout n'est pas rose. «Ça s'améliore lentement, mais encore aujourd'hui, on a des jeunes qui vivent de l'homophobie importante de la part de leurs deux parents», souligne Martin Masson. «À l'opposé, on a des parents qui viennent reconduire des jeunes ici [à L'Accès, la "maison des jeunes" de l'organisme] en leur disant : "Vas-y, ça va te faire du bien, tu vas rencontrer des jeunes comme toi." Les deux extrêmes cohabitent encore», renchérit André Tardif.
Ce qu'il faut garder en tête, continue-t-il, c'est que le dévoilement de l'orientation sexuelle de son enfant constitue «une marque de confiance énorme», une décision souvent longuement mûrie. «La principale crainte d'un jeune qui fait son coming out, c'est de décevoir ses parents, de leur faire de la peine, d'être rejeté, et ce, même si le milieu familial est ouvert à la diversité sexuelle. La crainte est toujours là», pense Martin Masson.
Un choc normal
Il est tout à fait normal pour un parent d'avoir un choc à la suite d'une telle révélation, rappellent les deux hommes. «Un coming out, pour un parent, c'est toujours quelque chose d'assez difficile à différents niveaux. Aujourd'hui, c'est un peu plus facile, mais ça reste quand même une période où le temps doit faire son temps», insiste Martin Masson.
Surtout, au-delà du choc, il faut savoir garder le contact avec l'enfant. Ne pas couper les ponts ou en venir au silence, «même si on a le droit de dire "Mon Dieu, ça me surprend tellement ce que tu viens de m'apprendre, laisse-moi un peu de temps, j'aimerais ça en reparler avec toi, plus tard..."», nuance André Tardif.
C'est là qu'entre en jeu le GRIS-Québec. Son programme Accès-Parent permet de jumeler des pères et des mères en quête de réponses avec d'autres qui sont déjà passés par là. Bref, l'aide vient des pairs. Écoute téléphonique, rencontres avec des bénévoles... L'important, c'est de fournir une oreille attentive et expérimentée.
Démystification
Il n'est d'ailleurs jamais trop tôt pour préparer le terrain avec son enfant, pensent le dg et le président du C. A. de GRIS--Québec. C'est possible de le faire en lui demandant s'il a «quelqu'un» dans sa vie, plutôt que de préciser «une blonde» ou «un chum». «C'est un cadeau à leur faire. C'est une marque d'ouverture que de dire à ses enfants : "Si un jour vous m'apprenez que vous êtes différents au niveau de votre orientation sexuelle, je vais continuer à vous aimer"», poursuit André Tardif.
Le nerf de la guerre, pour un organisme comme GRIS-Québec, est de démystifier l'homosexualité et de faire comprendre que ce n'est pas un choix d'être homosexuel ou bisexuel, mais plutôt quelque chose «d'inné», soulignent les deux hommes.
Cette démystification commence dans les écoles, où il se voit encore beaucoup d'homophobie, selon Martin Masson. GRIS--Québec envoie des gais et lesbiennes, en duo, parler de leur situation et laisser les jeunes poser les questions qui les turlupinent.
«La beauté de ce qu'on fait, résume Martin Masson, c'est de montrer un côté positif, de défaire des mythes face aux jeunes, de montrer que l'homosexualité, ou la bisexualité, c'est pas juste de la sexualité, c'est d'abord de l'amour.»