Le chef du PLQ Philippe Couillard

Deux éléphants dans la pièce

Les téléspectateurs qui espéraient des opérations de salissage dans le débat de jeudi soir à TVA ont été mieux servis pendant les heures qui ont précédé cet événement. La révélation du compte bancaire de Philippe Couillard dans un paradis fiscal pendant les années 90 a donné des munitions au PQ qui a lancé ses ministres aux trousses du chef libéral toute la journée. Le débat de jeudi soir ne pouvait cependant ignorer les questions d'intégrité.
Sans surprise, c'est M. Couillard et Pauline Marois qui ont été les plus malmenés. Même si tout le monde a convenu que l'utilisation d'un paradis fiscal par le chef libéral était parfaitement légal, François Legault et Françoise David ont qualifié l'affaire «d'éléphant dans la pièce». C'est Mme David qui a porté le coup le plus dur en demandant si une telle pratique était «moralement acceptable au moment où tout le monde prépare sa déclaration d'impôt».
L'autre éléphant dans la pièce a pris le nom de Nicolas Girard. Pauline Marois a passé un mauvais quart d'heure aux mains de François Legault qui s'est attaqué aux nominations partisanes et tout particulièrement à celle de cet ancien député péquiste à la tête de l'Agence métropolitaine de transport. Il lui a reproché d'avoir nommé un attaché de presse, qui n'avait jamais géré personne, à la tête d'un organisme qui compte plus de 400 employés.
Dans l'ensemble, le débat de jeudi a permis des échanges intéressants sur la plupart des dossiers soulevés. Mais si l'événement a une influence quelconque sur le scrutin du 7 avril, ce qui n'est pas évident, c'est la Coalition avenir Québec qui devrait en profiter. Tout comme au débat de Radio-Canada, c'est François Legault qui a été le plus animé et le plus concret dans ses interventions.  
Pauline Marois a connu un moment difficile sur la question de la charte de la laïcité quand Françoise David l'a accusée d'avoir «profondément divisé les Québécois». François Legault lui a reproché d'avoir «étiré ce débat pendant huit mois pour des fins électoralistes» et de ne pas avoir accepté les compromis de la CAQ sur le sujet.
La question référendaire a permis à Mme Marois de faire un petit pas de plus pour rassurer les électeurs qui ne veulent pas d'un référendum. Mais elle s'est retrouvée au milieu d'un chassé-croisé entre Philippe Couillard et Françoise David, le premier l'accusant de vouloir un référendum, Mme David lui reprochant de ne pas vouloir en tenir un. Assez loufoque comme situation...
Le débat sur l'économie ne nous a rien appris, pour la bonne raison qu'aucun des cadres budgétaires de ces candidats ne tient véritablement la route. Il est assez surprenant, à ce chapitre, d'entendre Philippe Couillard et Pauline Marois défendre l'ampleur des investissements promis dans les infrastructures, quand on sait qu'il s'agit là de la principale cause de l'endettement du Québec depuis une décennie.
Le débat sur la santé a été plus intéressant, mais là encore, les chefs ont consacré plus de temps à discuter de structures que du sort des patients. Il faut dire que le temps alloué ne permettait pas de véritables discussions.
Comme à Radio-Canada, on a oublié l'environnement, même si les débats sur Anticosti ou l'utilisation du pétrole des sables bitumineux sont des enjeux bien réels et très préoccupants.
Dans l'ensemble, la plupart des tirs ont ciblé Pauline Marois et Philippe Couillard, parce qu'ils sont en tête.
Généralement, les sondeurs constatent que «le ciment est pris» une fois les débats terminés. Les prochains sondages nous diront si les échanges de jeudi ont changé quelque chose à la tendance observée au cours des derniers jours. Si la CAQ devait profiter de ce débat, les Québécois pourraient bien réélire un gouvernement minoritaire...