«J'ai brodé une fiction pour tirer le lecteur vers l'avant, pour qu'il ait envie de voir le reste du chemin» - L'auteure Mylène Gilbert-Dumas

Détours sur la route de Compostelle: une marche au bout de soi

Inutile de demander à Mylène Gilbert-Dumas si elle a déjà fait Compostelle. La réponse se trouve dans le livre. Suffit de lire pour s'en convaincre : l'auteure connaît parfaitement la mesure de l'épreuve.
<p><i>Détours sur la route de Compostelle </i>s'appuie sur une authentique expérience de son auteure Mylène Gilbert-Dumas.</p>
Détours sur la route de Compostelle s'appuie sur une authentique expérience du terrain. Quiconque a parcouru le chemin ne peut oublier la fatigue ni les ampoules qui attendent Mireille, Christian et les autres personnages au bout de chaque étape du pèlerinage. De fait, Mylène Gilbert-Dumas a elle aussi porté son sac à dos le long des sentiers, et deux fois plutôt qu'une. 
Son premier contact avec le Camino remonte à 2007. La romancière se préparait à écrire sa série historique Lili Klondike. Elle voulait comprendre le défi que pouvait représenter la marche au long cours, un poids considérable sur le dos, pour les prospecteurs de l'époque de la ruée vers l'or. Compostelle lui semblait un bon moyen de le découvrir. 
Sur place, l'évidence d'un nouveau roman s'est rapidement imposée. Si bien qu'elle a décidé d'y retourner, trois ans plus tard, avec cette fois l'intention d'observer attentivement chacun des lieux, de bien éprouver chacune des sensations et de récolter autant d'anecdotes que possible. Elle a tout noté. «J'écrivais tout le temps, dit-elle. Tel endroit, tel découragement. Je le faisais en sachant que j'allais écrire un roman.»
Le quotidien du pèlerin n'est pas que misérable, loin de là. Il compte des moments de grâce, des instants privilégiés, des rencontres inattendues, parfois aussi fortes qu'éphémères. Dans le livre aussi, on voit tout un fil de relations humaines se tisser. 
Mireille n'aurait jamais pris la route de Compostelle si Louise, son aventurière de soeur, ne lui avait pas forcé la main. C'est elle qui l'a convaincue. C'est pour l'accompagner dans son projet fou qu'elle a accepté de se séparer de son conjoint, de ses trois garçons et de son épicerie pendant quelques semaines. Or, au bout d'à peine quelques jours de marche, Louise s'enfuit à Londres avec un Anglais qu'elle vient de rencontrer. 
Mireille se sent trahie et découragée. Cette marche se révèle beaucoup plus difficile qu'elle l'avait imaginé. Il lui faut rentrer sur le champ. Le destin va toutefois en décider autrement. 
À cause de l'abondance de détails qu'il donne sur Lyon, sur Puy-en-Velay et sur les défis que pose chacune des étapes du pèlerinage, Détours sur la route de Compostelle tient un peu du guide de voyage. «Quelqu'un qui a lu mon livre pourra reconnaître les lieux, acquiesce l'auteure. Le fond est authentique. Tous les détails sont à la bonne place. Il s'agit du vrai décor, des vraies difficultés de la route, et du genre de surprises qu'elle vous réserve.»
Le roman n'a rien du récit personnel, nous rassure Mylène Gilbert-Dumas. À son avis, le quotidien du pèlerin n'intéresse personne. «On se lève le matin, on déjeune, on marche, on arrive, on se lave, on remange, on se couche et on repart le lendemain. Au bout de 15 pages, tout le monde serait ben tanné. J'ai donc brodé une fiction pour tirer le lecteur vers l'avant, pour qu'il ait envie de voir le reste du chemin. Ce qui est intéressant, c'est de vivre l'évolution du personnage de l'intérieur, un peu comme dans mes autres romans.»
Mystérieuses synchronicités
Celui qui marche a souvent l'impression de perdre le contrôle des événements. Il ne choisit plus, le Camino choisit pour lui. De mystérieuses synchronicités apparaissent. Ce phénomène fascine l'auteure. «À chaque fois, dit-elle, j'ai eu l'impression d'être un personnage dans un roman écrit par quelqu'un d'autre.»
Chose certaine, marcher change selon elle votre vision du monde et de la vie. Si le train-train quotidien vous oblige à vous définir par ce que vous faites, une fois sur le chemin, «tout cela n'a plus la moindre importance. C'est à se demander si le reste du monde continue d'exister.»
Tout le monde est capable d'accomplir le pèlerinage, assure-t-elle. Il suffit d'être attentif et de trouver le rythme qui convient.
Partir pour Compostelle serait d'ailleurs bien plus facile que d'en revenir. Et d'ailleurs, en revient-on seulement un jour? Mylène Gibert-Dumas ne le croit pas. «Chaque personne y trouve quelque chose de différent. On s'y retrouve soi-même finalement. Je suis revenue transformée, à chaque fois.»