On retrouve chez les personnages de Détour de chant les thèmes qui traversent l'oeuvre de Réjean Ducharme.

Détour de chant: une poétique plongée musicale

Ceux qui aiment aller au théâtre pour être dans leur bulle, sans être dérangés, devraient oublier Détour de chant. Ceux qui au contraire aiment être déstabilisés pourront profiter au maximum de cette poétique plongée musicale dans l'univers de Réjean Ducharme.
La compagnie Campe et le metteur en scène Jean-Sébastien Ouellette ont décidé de faire voler en éclats le principe de la salle de spectacle en l'occupant de tout bord, tout côté. Il n'y a pas de gradins, tout le monde est libre de circuler et de s'asseoir où bon lui semble, en tout temps. Le concept demande d'être un spectateur actif et d'accepter d'être dérangé quand on est dans le chemin, tout comme de se déplacer quand l'action nous interpelle ailleurs.
Le concept peut causer un certain inconfort, surtout quand on se retrouve tout à coup très près de l'action sans trop savoir où se placer. Pour entrer réellement dans l'intimité des personnages de Détour de chant, il faut sacrifier sa propre intimité de spectateur.
Le jeu en vaut la chandelle. On se retrouve immergés dans un monde fait d'objets hétéroclites assemblés dans un bric-à-brac inventif à l'image des Trophoux de Roch Plante, alias Réjean Ducharme. Arbre en vieux skis de fond et raquettes en babiche; enseigne de bar illuminée sur un jeu Lite-Brite; tapis en vieilles chaussettes; plafonnier en boîtes de conserve; le patchwork de matières recyclées donne quelque chose de très chaleureux à la salle de théâtre. Les éclairages simples des lampes domestiques contribuent aussi à cette atmosphère de confidences.
On retrouve chez les personnages et les textes rafistolés par Geneviève Tremblay à partir de l'univers romanesque de Réjean Ducharme les thèmes qui traversent son oeuvre. Le spectacle débute avec une citation de L'avalée des avalées : «Chaque page d'un livre est une ville. Chaque ligne est une rue. Chaque mot est une demeure.» Mais la suite est réellement un collage où il devient inutile de chercher à reconnaître les références.
Des enfants éternels apeurés par la vie d'adulte côtoient de grands solitaires ratés et éperdument amoureux. Ce sont tous des «carencés» de la vie qui ont mal tourné et ne demandent maladroitement qu'un peu de tendresse.
Musique
La musique de Patrick Ouellet et les chansons qui s'enchaînent (sans trop de fausses notes, et surtout avec une interprétation sincère), nous plongent dans une tendre mélancolie. Par contre, la propension à vouloir trop bien prononcer - probablement puisqu'il s'agit d'extraits littéraires - fatigue un peu à la longue, surtout dans les parties dialoguées. La plupart du temps, une prononciation plus naturelle aurait été profitable, sans gâcher la beauté et la force des images si singulières de Ducharme.
La pièce Détour de chant est présentée jusqu'au 1er mars à Premier Acte.