Geneviève Tremblay dit qu'elle a l'oeuvre de Ducharme dans la peau depuis qu'elle a lu L'hiver de force au cégep.

Détour de chant: Réjean Ducharme rafistolé

En écrivant des chansons pour Robert Charlebois, l'auteur Réjean Ducharme a commis une rare incursion dans le monde de la musique. Pourtant, de l'avis de Geneviève Tremblay et de Patrick Ouellet, c'est toute l'écriture de Ducharme qui «appelle des mélodies».
Avec Katia Talbot, les trois comparses de la compagnie Campe ont décidé de bricoler Détour de chant, un collage d'extraits de neuf romans de Réjean Ducharme mis en musique. C'était en 2011, pour le festival Québec en toutes lettres consacré à l'auteur de L'avalée des avalés.
Le parcours extérieur a fait mouche. En 2012, le concept a été présenté à l'Escale du livre de Bordeaux, puis au Festival de théâtre de l'Assomption, où il a remporté le prix coup de coeur du public. Cette année, en plein coeur de l'hiver, la troupe a décidé de présenter une nouvelle mouture du spectacle à l'intérieur de la salle de Premier Acte.
Une décision qui a demandé un tout nouvel habillage pour le concept. «On a décidé de garder le côté déambulatoire, en investissant la salle à 360 degrés», raconte Geneviève Tremblay, qui est derrière l'assemblage des extraits de l'oeuvre de Ducharme.
Au moment du passage du Soleil dans les locaux de Premier Acte, de petites scènes s'élevaient ici et là, ornées d'un décor bric-à-brac digne des Trophoux de Roch Plante, le pseudonyme d'artiste visuel de Réjean Ducharme. «On est partis de récupération, de recyclage, de dons», raconte Geneviève Tremblay.
Les sept personnages dont on suit la vie durant une journée sont aussi fortement inspirés de l'univers de Ducharme. Mais ils ne sont pas clairement issus d'un roman ou d'une autre oeuvre parmi les neufs utilisées, soit L'avalée des avalés, Les enfantômes, L'océantume, Le nez qui voque, La fille de Christophe Colomb, L'hiver de force, Dévadé, Va savoir et Gros mots. Geneviève Tremblay, qui a l'oeuvre de Ducharme dans la peau depuis qu'elle a lu L'hiver de force au cégep, dit avoir usé de «beaucoup de scotch tape» pour fusionner les extraits.
Patrick Ouellet a mis en musique les 13 chansons entrecoupées de dialogues qui constituent la trame de ce théâtre musical. «Le défi, c'était de varier le ton, de colorer chaque chanson», raconte le compositeur. «C'est un beau défi, c'est une matière brute fantastique», a-t-il ajouté, en précisant que les comédiens n'ont pas été nécessairement choisis pour leur voix, mais parce qu'ils étaient capables de «faire chanter leurs personnages»
À l'affiche
Titre: Détour de chant
Texte: Geneviève Tremblay, d'après Réjean Ducharme
Mise en scène: Jean-Sébastien Ouellette
Musique: Patrick Ouellet
Interprètes: Joëlle Bond, Paul Patrick Charbonneau, Véronika Makdissi-Warren, Patrick Ouellet, Claudiane Ruelland, Nicola-Frank Vachon et Stéphane Caron
Salle: Premier Acte
Date: 11 février au 1er mars
Synopsis: Le texte de Détour de chant est un bricolage d'extraits des neuf romans de Réjean Ducharme, choisis et réassemblés pour en faire des dialogues et des chansons. Une incursion dans l'univers romanesque de Ducharme, où l'on suit sept personnages dans une journée de leur vie, jusqu'à ce que leurs destinsse croisent le soir venu.
Temps durs pour les petites compagnies
Un décor fait de matières recyclées allait de soi, esthétiquement parlant, avec l'univers de Réjean Ducharme. Mais la pièce Détour de chant a failli être présentée sans décor tout court, raconte Geneviève Tremblay, visiblement excédée. «C'est passé proche qu'on joue dans une boîte noire, parce qu'on n'a eu aucun appui financier, ni de la Ville, ni du CALQ, ni du Conseil des arts du Canada.»
La situation de sa compagnie de théâtre est semblable à celle de bien d'autres petits joueurs, qui finissent par débourser de leur poche pour pouvoir présenter leur travail. Et pas question de reculer, puisqu'ils ont un engagement avec Premier Acte, et qu'ils ont «profondément envie de le faire», poursuit-elle. Reste que la situation est «démoralisante» et pousse Geneviève Tremblay à se demander si «l'art est vraiment considéré». «On comprend qu'il n'y a pas assez d'argent disponible pour tous les spectacles qui voudraient être créés, alors pourquoi on programme autant de spectacles?», s'interroge la scénographe, pour qui ce sont les artistes au bout de la chaîne qui en font les frais.
La faute ne revient pas du tout au public, mais «en même temps, je pense qu'il faut être conscient de ça, qu'il y a des gens qui ne sont vraiment pas rémunérés pour leur travail», conclut-elle.