Des spectacles plus difficiles à vendre à Québec

Slayer déplacé du Pavillon de la jeunesse au Capitole, Hedley du Colisée au Pavillon de la jeunesse, Killswitch Engage et Lamb of God, Carla Bruni, Lo'Jo, D.J. Champion et Ben Charest carrément annulés. Les spectacles sont plus difficiles à vendre par les temps qui courent dans la capitale.
Même s'il concède que les annulations ne sont pas un phénomène nouveau, le directeur de la programmation du Grand Théâtre de Québec, Michel Côté, invite quand même à faire preuve de réalisme. «Il ne faut pas jouer à l'autruche, il faut avouer que c'est plus difficile pour tout le monde présentement. Et ce n'est pas mieux à Montréal», déclare-t-il.
Lui-même a dû annuler récemment les spectacles de Carla Bruni et de D.J. Champion en raison de faibles ventes de billets. «On a été très transparents, on n'a pas essayé de dire que c'était un conflit d'horaire. C'est toujours la mort dans l'âme qu'on annule un spectacle, mais je ne crois pas à l'idée de donner des billets de faveur simplement pour remplir une salle.»
Même chez evenko
La porte-parole d'evenko, qui a produit les spectacles de Slayer et Hedley ainsi que celui que devaient donner Killswitch Engage et Lamb of God au Pavillon de la jeunesse, a avoué elle aussi que les billets étaient plus difficiles à vendre pour certains spectacles.
«C'est vrai que c'est plus lent pour certains spectacles, Slayer en est un bon exemple. Peut-être y a-t-il moins d'intérêt pour ces groupes-là à Québec? Pourtant, Québec a toujours eu la réputation d'être un peu plus rock...», déclare Christine Montreuil au sujet du spectacle qui a finalement eu lieu au Capitole.
«Nous n'avons pas fait d'étude de marché là-dessus, mais traditionnellement, c'est toujours un peu plus dur en janvier et février, après la période des Fêtes», ajoute-t-elle.
Hiver rude
Le producteur Michel Brazeau, lui, parle d'une situation normale. «Des spectacles annulés ou déplacés, il y en a toujours eu, peut-être un peu plus cette année car il y en a eu plusieurs en ligne. Certains artistes mettent la barre trop haute et, finalement, se rajustent et tiennent le spectacle dans la salle où ils auraient dû le tenir au départ.»
Il ajoute que l'hiver froid et neigeux qui vient de prendre fin n'a sûrement pas aidé aux ventes de billets. «Penses-tu vraiment que les gens se garrochent pour acheter des billets quand il fait - 40 °C? Les fans convaincus le font, les autres attendent le soir du spectacle et, s'il ne fait pas beau, ils resteront chez eux.»
Tant Michel Brazeau que Michel Côté estiment que l'offre de spectacles est très grande pour la population de Québec. «Il y a beaucoup de salles de spectacle et, j'ai l'impression de le répéter souvent, le dollar-loisir n'est pas extensible! Les 11 jours du Festival d'été nous livrent aussi une compétition féroce», déclare le directeur de la programmation du Grand Théâtre.
Le facteur fric
Le prix des billets pourrait aussi y être pour quelque chose, selon Michel Brazeau. «Avec des billets à 80 $, c'est beaucoup plus cher que ça a déjà été. La majorité des amateurs de musique n'ont pas les moyens de voir 10 spectacles par année, alors ils sont plus sélectifs.»
Michel Côté est d'accord, d'autant plus que l'un de ses spectacles les plus populaires a été celui du jeune chanteur américain Philip Phillips, dont les billets étaient vendus 35 $. «Même pour un lundi soir, c'était plein et on aurait pu faire une supplémentaire! Je ne pensais pas que ça marcherait comme ça, mais il y a une grosse machine publicitaire télévisuelle américaine derrière ça et, avouons-le, le prix a sûrement aidé.»
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Un monde à part?
Même s'il a dû annuler récemment le spectacle du groupe français Lo'Jo, le Palais Montcalm ne subirait pas autant que les autres salles de spectacle de Québec les contrecoups d'un marché plus difficile.
«Honnêtement, c'est très rare que nous annulons des spectacles et c'est à cause de circonstances exceptionnelles. Gregory Porter a simplement été reporté au mois de juin et pour Lo'Jo, ce n'est pas uniquement à cause des ventes qu'on a annulé, mais il y avait d'autres circonstances liées à la production», déclare Chantal Bourque, coordonnatrice aux communications.
«Chez nous, ça va bien. Nous sommes un peu un monde à part en dehors des pressions de ventes. Nous avons notre clientèle qui n'est pas nécessairement dans le mainstream, nous offrons un produit de niche, alors nous ne sommes pas nécessairement en compétition avec les autres salles», résume-t-elle.