Les produits dits légers ne comptent pas toujours moins de calories puisque ces derniers contiennent souvent plus de sucre, ce qui n'est pas très intéressant sur la balance.

Des produits allégés... pas si légers

Lendemain des Fêtes, crise de culpabilité aiguë. La grande bouffe collective a laissé des traces sur le tour de taille et vous partez à la chasse aux calories. Mais règle générale, ce ne sont pas les produits «allégés» qui vont vous aider!
Le marché des produits allégés en gras a connu une explosion dans les années 90, alors que les maladies cardiovasculaires faisaient des ravages, souligne Paul Boisvert, «coach poids santé» et docteur en kinésiologie. Avec les campagnes de sensibilisation sur les méfaits du cholestérol, l'industrie nous a offert une foule de produits réduits en lipides : vinaigrettes, mayonnaises, fromages, yogourts... Mais alors que les maladies cardiovasculaires ont plafonné, l'obésité et le diabète ont grimpé en flèche!
Le problème, c'est qu'en réduisant le gras dans les portions, la proportion de sucre a augmenté. Et au bout du compte, la quantité de calories n'est pas beaucoup moindre, à moins qu'il s'agisse d'un produit relativement pur, comme le lait ou le fromage. Mais vous avez déjà goûté un fromage à 4 % de gras? Entre ça et le caoutchouc...
La nutritionniste Marie-Josée Leblanc, du centre de recherche Extenso à l'Université de Montréal, prône plutôt la consommation des vrais produits - de la vraie crème glacée faite avec de la vraie crème -, mais en petite quantité et de façon occasionnelle.
La mention léger est souvent imprécise, dit-elle, et peut induire de fausses croyances. «S'il est écrit 25 % moins de sodium par rapport au produit régulier, c'est clair. Mais le mot léger n'est pas toujours significatif.»
Bien souvent, on remplace le gras par des additifs de toutes sortes afin de conserver la texture et le goût de l'aliment, qui ne sont pas toujours mieux.
La nutritionniste Anne Deslauriers, de la clinique Nutrition santé à l'Université Laval, abonde dans le même sens. Elle distingue par contre une catégorie de produits allégés plus intéressante, celle des terrines, pâtés de foie, cretons... «Ce sont des aliments avec des pourcentages élevés de gras qui ne sont pas intéressants, des gras saturés en grande partie.»
Les deux nutritionnistes se rejoignent pour dire que manger des produits allégés pour perdre du poids n'est pas une option très prometteuse. Parce qu'ils contiennent (en principe) moins de calories, il n'est pas rare que l'on mange davantage, disent-elles.
Paul Boisvert reconnaît pour sa part qu'il conseille les aliments allégés à ses clients, qui sont souvent des gens obèses qui veulent perdre du poids. Et pour ça, «les calories, c'est le nerf de la guerre», dit-il. Par contre, lorsque ses clients atteignent leur objectif, ils doivent revenir à une alimentation régulière de contrôle de poids tout en augmentant leur apport calorique.
Petites portions
Une autre option pour réduire les calories est celle de la réduction des portions. C'est ce qu'ont compris les fabricants de boissons gazeuses, qui offrent maintenant de petits formats. Mais encore là, Marie-Josée Leblanc émet des doutes. «Est-ce que les gens sont capables de se discipliner? Si oui, tant mieux. Mais si ça ouvre la porte, par exemple, à en donner à de jeunes enfants, ce n'est pas bon», dit-elle à propos de ce qu'elle appelle les «aliments camelotes».
D'ailleurs, elle souligne que plusieurs boissons gazeuses allégées, qui ne contiennent pas de calories, sont néfastes pour les dents et les os. C'est l'acide phosphorique, qui produit l'effervescence et l'acidité, qui en serait responsable.
Histoire de prendre le pouls de l'industrie des produits allégés et de son potentiel, voici quelques données tirées d'une étude canadienne* réalisée en 2012 et transmise par Metro.
42 % des Canadiens maintiennent toujours/souvent une diète faible en sodium.
37 % des Canadiens maintiennent toujours/souvent une diète faible en gras.
65 % des Canadiens considèrent qu'ils devraient consommer moins de gras saturés.
62 % des Canadiens considèrent qu'ils devraient consommer moins de gras trans.
En outre, les informations que les Canadiens veulent le plus voir sur le dessus de l'emballage d'un aliment afin de connaître son contenu sont :
Sodium/sel (à 41 %)
Calories (à 39 %)
Sucre (à 36 %)
Gras trans (à 24 %)
Gras (à 24 %)
Gras saturés (à 24 %)
Néanmoins, on observe que le développement de produits légers semble avoir atteint un plafond et laissé la place aux produits «améliorés». Améliorés en quoi? Par l'ajout d'omégas-3, de polyphénols, de probiotiques...
Modération, variété, équilibre
Ce qui est clair, en tout cas, c'est que tout ça n'est pas toujours clair, justement, pour ceux qui essaient de choisir de bons aliments sans sacrifier pour autant le plaisir de manger.
Selon Paul Boisvert, les trois grands principes d'une alimentation santé sont la modération, la variété et l'équilibre. Fort bien. Mais dans la vraie vie, il arrive qu'on triche. Alors, peut-on le faire simplement, avec plaisir, en prenant le temps de savourer aussi bien une bonne salade qu'une petite poutine... de temps en temps, bien sûr.
Au fond, c'est ce que prône l'organisme ÉquiLibre (voir monequilibre.ca), qui recommande en ce début d'année de ne prendre qu'une seule résolution, celle de ne pas faire de diète.
Le dira-t-on assez : les diètes miracles n'existent pas, pas plus que les aliments miracles. Le seul truc qui ait fait ses preuves est vieux comme le monde : manger sainement et bouger régulièrement.
* HealthFocus International, 2012 HealthFocus® International Trend Report, Primary Food Shoppers and Their Quest for Health and Nutrition