Des principes à deux vitesses

Pendant 16 mois, le Journal de Québec a été en lock-out. Seize mois. Rien à voir avec le battement d'ailes d'un papillon. Seize mois. Ça donne le temps de réfléchir un peu.
À l'époque, il semble que le sort des employés n'inquiétait pas beaucoup les chroniqueurs-vedettes, le plus souvent basés à Montréal. D'ailleurs, leurs articles continuaient à être publiés dans le Journal de Québec, malgré le conflit de travail, sans que cela ne provoque trop de vagues.De même, la possibilité que Quebecor utilise des briseurs de grève ne privait pas grand-monde de sommeil. Même chez les chroniqueurs qui se réclamaient de la gauche. Même chez ceux qui se gargarisent de solidarité sociale. «Paroles, paroles, paroles», chantait Dalida.
Sauf erreur, Lise Payette fut la seule figure connue à renoncer à sa chronique, en signe de solidarité.
Les autres? Ils ont regardé ailleurs. Ils ont collectionné les excuses, comme d'autres collectionnent les coléoptères. Certains, comme l'avocat Julius Grey, ont expliqué qu'il fallait que la «gauche» conserve une voix dans le Journal, malgré le conflit. D'autres, comme l'animatrice de télé Marie-France Bazzo, ont commencé à collaborer avec Quebecor en plein milieu du conflit, comme si de rien n'était.
Plus délicat et solidaire que cela, tu expédies du charbon de bois en enfer. Et tant qu'à jouer les grands seigneurs, pour être vraiment sûr de ton effet, tu ajoutes un allume-barbecue dans le paquet cadeau.
 
Quelques mois seulement après le règlement du conflit à Québec, voilà que le Journal de Montréal se trouve à son tour en lock-out.
Finie la rigolade. Cette fois, la publication de chroniques dans le quotidien déclenche la controverse. Les vedettes sont plus nombreuses à quitter le navire. Et même les ministres du gouvernement de Jean Charest jonglent avec l'idée de boycotter les demandes d'entrevues en provenance du Journal de Montréal, pour la durée du conflit.
Comprenez-moi bien. Il ne s'agit pas d'exiger que tout le monde joue les héros. Seulement de comprendre. Comment expliquer que l'on accepte moins facilement pour le Journal de Montréal ce qu'on tolérait pour le Journal de Québec?
Serait-ce parce que le conflit attire davantage l'attention des médias de Montréal, dès lors qu'il touche des copains, et non plus des journalistes situés à 250 kilomètres?
Au Québec, il n'y a pas que les soins médicaux qui se révèlent parfois à deux vitesses. Les beaux principes aussi.
Finalement, devant tant d'hypocrisie, je pense que je préfère encore Richard Martineau. Le gars parlera du piercing du nombril comme s'il s'agissait de la huitième merveille du monde, après avoir dit exactement l'inverse trois jours auparavant. Et comme toute bonne girouette, il sait toujours dans quelle direction le vent dominant souffle.
Mais au moins, Richard Martineau ne joue pas les Che Guevara de pacotille, en faisant semblant d'embrasser de grands idéaux auxquels il n'a jamais cru.
 
LE PIRE. Quelques mots sur le projet d'hôtel de la côte d'Abraham, dévoilé la semaine dernière, à Québec.
On s'attendait au pire, mais ce fut pire encore. Oublions des détails comme les couleurs, si déprimantes qu'elles font presque regretter le rose et le gris perle des années 80. L'aspect le plus spectaculaire du projet consiste à déménager la façade de l'ancienne église Saint-Vincent-de-Paul, si possible grâce à de juteuses subventions. Avec l'argent des autres, c'est plus facile d'être créatif...
On cherche encore un aspect positif à la construction, que ce soit pour les résidants du quartier ou même pour le tourisme. En fait, l'énorme hôtel de style «néo-cheapo-kétaine» apparaît tellement dépourvu d'originalité qu'on se demande si les concepteurs n'ont pas expédié par erreur les plans d'un autre édifice.
Le bâtiment passerait presque inaperçu le long d'une autoroute, ou dans un parc industriel.
Mais juste à l'entrée du Vieux-Québec?