Jean-Luc Brassard, adjoint au chef de mission, est d'avis que les succès du Canada en ski acrobatique et en slopestyle pousseront plusieurs jeunes à suivre les traces des nouveaux médaillés.

Des pionniers à leur tour

Ça ne s'appelle pas les Jeux de l'ère moderne pour rien! Au parc extrême de Rosa Khutor, l'ambiance est plus décontractée qu'ailleurs, la tension n'est pas la même. Avant tout, on est ici pour offrir un spectacle et pousser plus loin un sport qui est encore jeune. La génération d'aujourd'hui a poussé plus loin la tradition développée par les pionniers d'hier.
Adjoint au chef de mission, Jean-Luc Brassard a été l'un des promoteurs de cette école du ski acrobatique, il y a 20 ans. Inspiré par les idées folles des frères La Roche et autres précurseurs du genre, il a à son tour inspiré les petits qui l'ont regardé remporter la médaille d'or aux Jeux de Lillehammer, en 1994.
Médaillée de bronze en slopestyle, cette semaine, l'héritière de Lac-Beauport Kim Lamarre lui racontait avant sa descente qu'il avait déjà signé une affiche pour elle lorsqu'elle avait six ans. «Kim, c'est à mon tour de te demander ton autographe», lui lançait-il pendant qu'on lui remettait les fleurs sur le podium.
Le ski acrobatique s'avère un sport très productif à ces Jeux olympiques avec six des 10 médailles récoltées par le Canada. Du nombre, cinq trouveront refuge dans des maisons québécoises. Le «Québec Air Force», tel que l'on surnommait le groupe à l'époque, a fait des petits!
«Nous sommes tous des produits du Québec Air Force. Je me souviens des frères La Roche, de Llyod Langlois, etc., parce que j'ai fait des compétitions avec eux. Les jeunes d'aujourd'hui les connaissent moins, mais nous leur sommes redevables», admettait Brassard, qui ne s'attendait pas à vivre une telle ruée vers l'or en s'amenant à Sotchi.
Lui, il avait eu la piqûre en regardant une compétition de bosses à l'Univers des sports - une ancienne émission de télévision à Radio-Canada - dans la petite roulotte basée au mont Olympia, dans les Laurentides. Après l'avoir visionnée une vingtaine de fois, il était sorti dans les pentes avec ses amis, sa vie venait de changer.
«À partir de ce moment, nous n'avons fait que des bosses. Ce qui se passe, ici, aura le même effet chez nous, on ne sait pas encore qui sera affecté», estimait le porte-étendard de l'équipe canadienne aux Jeux de Nagano en 1998.
L'effet slopestyle
Les frères La Roche ont popularisé les sauts, Jean-Luc et ses potes ont pris le contrôle des bosses et voilà que le slopestyle passe à un autre niveau avec cette première présence aux Jeux olympiques.
«Toutes les disciplines du ski acrobatique sont bonnes pour les centres de ski québécois. On ne développe pas des descendeurs [ski alpin] en quantité industrielle, mais nos montagnes conviennent parfaitement pour ces nouveaux sports qui attirent les jeunes. Ça pogne partout dans le monde, on voit des Anglais, des Irlandais, des Belges, etc. Et tout cela origine de chez nous», précisait-il.
En fait, Brassard et ses coéquipiers de l'époque sont indirectement responsables de la naissance du slopestyle. Parce qu'ils étaient indélogeables de l'équipe nationale, ceux qui restaient sur le perron en ont eu assez de cogner sans qu'on leur ouvre la porte. Ils ont tourné le dos aux bosses pour développer un nouveau sport.
«Je pense à Jean-François Cusson, Vincent Dorion, les trois Phil à Québec, Jean-François Auclair qui continue de faire carrière en Suisse en tournant des films. Ils étaient super bons en bosses, mais ils se sont écoeurés de ne pas faire l'équipe. Ils ont fait autre chose, créé une nouvelle école du ski, dérivée de la planche», leur rendait-il hommage.
Comme les «anciens», l'impact des médailles des soeurs Dufour-Lapointe, le coup double d'Alexandre Bilodeau et Mikaël Kingsbury, les deux podiums des filles en slopestyle, voilà autant d'exploits qui auront un impact dans l'avenir. «Ce qu'ils ont fait, comme nous dans le passé, c'est de laisser un héritage qui nous permettra d'être encore parmi les meilleurs dans 20 ans.»
D'ici là, les jeunes écouteront les histoires des plus vieux, comme Brassard prêtait l'oreille aux récits des frères La Roche et leurs amis. L'horloge du temps tourne, mais les dominos ne cesseront pas de tomber!