Des nouvelles du front

Durant des années, les soldats du monde entier ont enduré sans broncher les tactiques guerrières insensées et l'enfer des tranchées. Mais en 1917, la patience atteint ses limites. Partout, la colère gronde. L'autorité vacille.
La Russie sera le premier pays à basculer. Le peuple a faim. L'armée est désorganisée. Beaucoup de soldats n'ont même pas de fusil! À l'été 1916, un million de Russes ont été tués ou blessés lors de l'offensive Broussilov. Ce qui n'empêche pas le tsar de la décrire comme un grand succès! «Encore quelques grands succès semblables, et il ne restera plus un seul soldat pour célébrer la victoire finale!» disent les révolutionnaires.
En février 1917, le tsar Nicolas II est renversé par une révolution. Mais le nouveau pouvoir commet l'erreur de poursuivre la guerre et de remettre les grandes réformes à plus tard. Le chaos s'empare du pays. En novembre, une seconde révolution, plus radicale, s'impose avec un slogan clair : la paix, le pain, la terre.
Entre-temps, la révolte gagne aussi l'armée française. Au printemps 1917, des centaines de milliers de soldats se mutinent. Ils acceptent de défendre leur position, mais ils refusent de participer à de nouvelles attaques. Quelques dizaines de mutins sont fusillés.
Sur le front, l'entrée des États-Unis dans la guerre enlève à l'Allemagne et à ses alliés tout espoir de victoire. L'Allemagne, avec ses deux millions de soldats morts au combat, est à bout de ressources. En novembre 1918, la révolution éclate. Le Kaiser Guillaume II doit renoncer au pouvoir.
Au sud, l'empire austro-hongrois se désintègre. En Hongrie, une république soviétique voit le jour brièvement. Même l'Empire ottoman ne tardera pas à céder sa place à une république laïque.
En quatre ans, la guerre a redessiné en profondeur la carte du monde. Pas toujours pour le mieux. Encore aujourd'hui, les frontières héritées de la guerre de 1914-1918 provoquent d'innombrables conflits au Moyen-Orient. On comprend mieux le cri du révolutionnaire Lénine, apprenant le déclenchement de la guerre, en 1914 : «C'est le plus beau cadeau que le tsar pouvait faire à la révolution!»